Une ville déserte : dans tous les villages de la région de Thaï N'Guyên, flotte le drapeau rouge à étoile jaune. Mais la division d'élite a passé sans mal entre les mailles du filet.
Après un court sommeil de deux heures, on reprit la progression vers Cao Bang, toujours de nuit. A un tournant de route, nous trouvâmes le commandant de Vismes, venu au-devant de nous avec une escorte à bicyclette - bicyclettes trouvées à Cao Bang.
Dans l'après-midi, la colonne entrait à Cao Bang, ayant franchi 70 kilomètres en 24 heures. (...) Dans cette ville presque déserte d'habitants, les rues encombrées de meubles que les Viets avaient fait sortir parce qu'ils allaient détruire la ville au moment du parachutage.
Il nous fallut attendre la colonne motorisée à Cao Bang. Dès qu'elle arriva, je découplai, toujours de nuit, la colonne motorisée, tous phares allumés, le R.I.C.M. en tête.
Malgré quelques accrochages, la progression se fit assez vite. Comme prévu, nous atteignions Bac Kan en quarante-huit heures, avec des pertes très légères. L'opération - parachutages et liaison- avait pris moins de dix jours.
Du 20 octobre à la fin novembre fut entreprise une série d'opérations de détail tendant à étendre notre action, d'abord jusqu'à la frontière chinoise, ensuite pour renforcer notre liaison avec Lang Son où, déjà sur la R.C.4, plusieurs embuscades très dures nous avaient causé des pertes.
Dans la région de Bac Kan, toutes les archives, la presse à billets d'Hô Chi Minh avaient été saisies. La région avait été parcourue jusqu'au lac Ba Be.
Au nord, nous avions rouvert les mines d'étain de Tin Tuc et nous avions rallié les Man Kok. Par contre, dans l'ensemble, les populations Tho, emmenées dans les forêts par les Viets, n'avaient pu - sauf à That Khé - être libérées.
Nous tenions cette longue « route coloniale n° 4 » (R.C. 4), mais la sécurité y était précaire, faute de renseignements que, seule, la population eût pu fournir.
Dans cette situation, il eut été logique de continuer nos opérations de dégagement. Mais la situation générale commandait une autre attitude :
Nous étions en pourparlers avec Bao-Daï, et l'on voulait le convaincre de traiter avec nous.
Pour cela, le général Valluy estimait nécessaire de lui montrer la précarité de la situation d'Hô Chi Minh en reprenant le nettoyage de la zone du « réduit » vietminh, au sud-ouest de Bac Kan.
A cet effet, on me reprit la plupart des unités parachutistes et, tout en me laissant les mêmes charges territoriales, on m'ordonna d'entreprendre ce nettoyage avec une colonne légère de deux bataillons, prélevés sur mes forces.
Ce fut une aventure assez particulière : pendant un mois, avec cette colonne entièrement à pied composée d'un bataillon marocain et du bataillon parachutiste de choc, une batterie d'artillerie de montagne, une section du génie et une antenne chirurgicale, nous avons parcouru en zigzag ce fameux réduit.
Tous nos déplacements se faisaient de nuit par les routes et par les pistes en forêt, avec, parfois, de très longues étapes pour surprendre les Viets.
Nous avons trouvé des dépôts d'armes, de munitions, des paillottes transformées en ateliers.
Notre ravitaillement se faisait par parachute (...).
Les hommes pitonnent dans la haute région tonkinoise, capturent quelques prisonniers ayant encore le boudin de riz.
A ce moment, le général Salan (pour impressionner Bao-Daï, sans doute) me demanda de remonter à Cho Chu, mon point de départ.
Toutes les routes étant piégées, je résolus d'y aller par les pistes de forêt et, en fait, nous atteignîmes Cho Chu sans un coup de fusil, surprenant là aussi une unité viet à l'exercice!
Le retour fut un peu plus difficile (...). Revenant vers Hanoi par Thai Nguyên (c'est-à-dire par le sud), nous eûmes à traverser le Delta, lui aussi truffé de mines.
Après quelques incidents, dont l'incendie d'un village où nous campions et où nous avions failli être rôtis, après un combat rapide avec les tu vé locaux, nous arrivions, la veille de Noël, au pont des Rapides.
Notre aventure était terminée.
L'ensemble de cette opération montrait qu'à cette époque, à condition de manœuvrer constamment pour tromper l'ennemi, une force de quelques bataillons suffisait pour semer le trouble réduit vietminh et pour forcer le « gouvernement » à se réfugier de forêt en forêt.
Un moment l'ennemi crut sa fin arrivée. Giap lui-même a raconté qu'ayant à côté de lui Hô Chi Minh, ils avaient vu, cachés dans un buisson, le passage de ma colonne et qu'ils avaient pensé être capturés.
Il aurait donc fallu continuer ce genre d'opérations qui n'eussent pas manqué d'être très payantes, à la longue.
Tout au contraire, à peine Bao-Daï rallié par la conférence de la baie d'Along, on retira une partie des troupes qui tenaient la R.C.4.
Moi-même, j'étais affecté en Cochinchine.
La R.C. 4, laissée à elle-même, avec des moyen insuffisants, devenait un élément de faiblesse au lieu d'être une force. (...)
On laissa pourrir cette région de 1947 à 1950, jusqu'à ce que l'évacuation devienne inévitable (...). Notre magnifique succès à Cao Bang de 1947, passé inaperçu à l'époque, aurait le triste privilège de conférer au nom de Cao Bang le souvenir du nom d'une défaite.
Récit du GENERAL BEAUFRE
Source Internet : patrianostra.forum-actif.eu/
Le 7 octobre, alors que les premières vagues de parachutages se déroulaient sur Bac Kan, le Catalina qui assurait les transmissions, annonça la capture d'Hô Chi Minh demandant l'arrêt de l'opération :
"Opération Bac Kan parfaitement réussi, tenons le gouvernement, Ho-Chi-Minh, à 11h35, demande de cesser la guerre."
Le lendemain, le même radio signala que Bac Kan demandait des renforts. 180 parachutistes du bataillon Fossey-François sont alors déroutés à tort.
Tous les messages transmis par le Catalina étaient faux. Une commission d'enquête désigna le maître Tanguy, de l'aéronavale, sans déterminer s'il était mû par la malveillance ou la trahison.
L'enquête conclut au dérèglement mental du radio.
Record du monde des sauts opérationnels Le III/1er RCP du commandant Fossey est dérouté sur Bac Kan, suite au message erroné du Catalina.
Seule, une partie du détachement avait sauté dont J.Fossey. Il fut immédiatement renvoyé par avion léger (Morane) sur Hanoi, et sauta, de nouveau, l'après-midi même, sur son véritable objectif, Cho Don, battant ainsi, avec deux sauts de guerre le même jour, le record du monde des sauts opérationnels.
Il trouve la mort au cours d'un meeting aérien à Bordeaux-Mérignac, en septembre 1958.
LEA - Moyenne Région, Octobre 1947 :
1630 hommes largués, demi-brigade parachutiste (trois bataillons) agissant au profit de deux groupements tactiques (8 000 et 4 000 hommes).
20 DAKOTA et 16 JU52. Isolement et contrôle du réduit national vietminh. Prise de quatre objectifs par les TAP (Bac Kan, Cho Moï, Cho Dan, Cao Bang).
Pertes : 1 JU52 abattu avec une partie des parachutistes transportés.
CEINTURE-Thaï Nguyen, Nov./déc. 1947 :
Groupement parachutiste (2 bataillons, 5 détachements) formé à partir de la DB de marche parachutiste et de 2 compagnies SAS.
10 JU52 et 6 DAKOTA pour la 1ère vague. Destruction des forces vietminh dans la région Ouest d'Hanoï.
Succès partiel malgré les pertes vietminh (corps de bataille non détruit). 108 tués et 277 blessés pour les TAP au cours des deux opérations