Bac Kan

Décembre 1947

Lundi 1er :

C'est une journée dont je me souviendrais longtemps.

La nuit je prends la vacation quand tout à coup, à 2 heure et demi, on nous passe que le poste de Phu tong Hoa est attaqué et demande du renfort.

Je pars à 4h du matin au scout à Deschamp. Adj. Leres, Garnier, Sgt Jouffroy et moi.

À 5h, nous stationnons au premier radier.

Le 3ème part et arrive au poste. On nous communique les pertes : 5 tués et 27 blessés.

Les viets au nombre d'un millier, ont attaqué, submergé le M.R.I.C. et entré dans le poste au corps à corps.

Nous sommes avec l'artillerie et nous prenons au passage Halftracks et ambulances.

Nous sommes scouts de guerre.

Nous avançons avec précaution, quand tout à coup, c'est la bagarre.

Les grenades, les FM viets nous sont balancées.

Nos deux mitrailleuses s'enrayent, surtout celle de Jouffroy qui est une vulgaire cloche, un péteux qui tremblotait comme une feuille morte, tout blanc !

Je n'avais plus que ma Thompson comme seule défense du scout.

Je faisais donc le feu.

De plus, j'avais la vacation radio pendant 2 heures et sur 5 km. comme cela.

Les balles nous passaient au dessus de la tête, les grenades éclataient tout autour du scout.

Cinq types au PC étaient blessés: Carnay, Lamotte, Marin, Vivaud et Thomas.

Je ne sais pas encore comment on en est sorti.

Enfin nous sommes rentrés.

Mardi 2 :

Hier nous avons touché le ravito, mais pas de sucre, pas d'huile, pas de cigarettes.

C'est cela le plus dur !

Le convoi arrive de Cao Bang, j'ai juste une lettre de chez nous.

L'après midi ont enterre les cinq pauvres types du R.I.C. C'est triste de voir cela.

Huet m'annonce que je suis proposé Cabot-chef, est-ce vrai ?

Je connais Huet et puis je n'ai guère de chance d'être accroché car cela ne fait que quatre mois de présence au corps.

On nous annonce la visite de Bollaert pour demain matin.

Cette nuit je suis de vacation, car la dernière je n'ai pas travaillé, aussitôt couché je me suis endormi.

J'étais littéralement crevé.

Mercredi 3 :

Ce matin j'apprends avec une profonde stupeur et une grande colère la citation de Jouffroy.

Salaud !

Je comprends maintenant ce qu'il faut faire pour mériter une banane.

Bollaert est toujours attendu à 4 heure de l'après midi, il n'est toujours pas là.

Ce matin nous touchons enfin les cigarettes. Quelle joie de pouvoir enfin fumer.

Le soir nous apprenons que Richard est blessé et est à l'hôpital.

Ils demandent un radio d'urgence au 24.

Jeudi 4 :

Nous apprenons que Richard n'est pas blessé.

Je ne sais même pas si je suis proposé cabot-chef ?

Je ne crois pas. Toujours pas courrier. La paye non plus.

Vendredi 5 :

Cette nuit j'ai encore travaillé.

Nous jouons aux cartes, je paume deux paquets de pipes.

J'ai compris, je ne suis pas près de rejouer.

Aucun fait sensationnel aujourd'hui.

Samedi 6 :

Nous n'avons toujours aucun courrier.

Hier soir nous avons écrit à Caravelle pour avoir "Oublie moi" et "Perle de cristal".

J'écris à Michou ce matin. Encore un espoir qui s'envole, j'ai tâté Mathieu et je ne suis même pas proposé cabot-chef ?

Bande de salauds, je le retiens ce lieutenant !

Ce matin on tire au sort pour savoir celui qui part au 2e. escadron.

C'est Delerm, j'ai eu chaud.

L'après midi, exercice d'alerte.

Dimanche 7 :

Dans la nuit nous recevons un message.

Le poste de Phu-tong-Hoa est de nouveau attaqué : une heure après c'est à notre tour.

Les Viets viennent tâter la ville du coté de la citadelle, mais rien de notre coté.

Aussitôt, branle-bas de combat, mais nous, nous restons au lit.

Deux viets sautent sur des mines.

A Phu-Tong-Hoa, deux blessés graves, un lieutenant qui est mort aujourd'hui.

Ce matin je reçois deux lettres, une de chez nous, une de Andrée et cinq journaux.

Hier soir toutes les paillotes autour du patelin ont flambé.

Cela faisait joli, surtout la nuit.

Hier Mathias est parti à Hanoï par avion.

J'écris à Simone P..

Lundi 8 :

Huet est allé à l'U.H.R., il parrait que nous sommes reproposés cabot-chef ?

Enfin, bobard ou pas bobard on verra la suite.

Le convoi venant de Cao-Bang est accroché après Nafac.

Cette nuit, les viets viennent tâter à coté de l'infirmerie

Mardi 9 :

Hier on reçoit un T.O. : 100 types de la 51 doivent partir sur le Félix Roussel.

Les mecques bîchent drôlement mais comme aucune relève n'arrive au convoi, pourront-ils partir ?

Hier j'écris chez Nous et à Jacqueline M..

Aujourd'hui nous touchons le ravito mais, comme toujours, pas grand chose.

4 mois d'Indochine aujourd'hui.

J'écris à une future marraine, Odette P. à Toulon (Var).

Mercredi 10 :

Hier nous touchons la paye, 243 piastres. J'ai jusqu'à maintenant, 355 piastres.

Hier soir, les viets viennent tâter du coté de l'infirmerie en lançant des V.B. et en brûlant des paillotes.

Les 30 et 50 crachent pendant un quart d'heure.

Les commandos doivent revenir relever la 4 par avion, les types de la 4 sont sûrs de partir, la liste est faite.

Je vais au bureau, l'adjudant Peres me dit que je suis cité à l'ordre du régiment.

Je bîche comme un vieux pou.

Le soir, je reçois cinq lettres de chez Nous, une de Micheline et une de Andrée.

Jeudi 11 :

Ce matin nous apprenons que toute la catégorie 4 et 5 doit être rapatriée avant janvier.

Morel nous déclare que nous devions rentrer à Haïphong avant la fin de l'année. Tout le monde est drôlement content.

Le soir un convoi se fait attaquer à trois kilomètres de Nafac : 2 tués et 1 bléssé.

Je répond à Andrée.

Vendredi 12 :

Toujours pas de nouvelles pour la citation.

Je réponds chez Nous.

Le matin, je suis désigné pour aller à Phu-Tong-Hoa, y passer deux jours pour mettre au courant l'opérateur, mais Breton veut y aller et il part à ma place.

Toto part par avion pour être rapatrié.

Bogaert a une jolie citation à l'ordre de la division.

Samedi 13 :

Ce matin nos citations sont sorties. Je suis cité à l'ordre du régiment.

Je suis drôlement content J'écris chez nous.

Maman va être contente...

Aucune chance de passer Cabot-chef, nous ne sommes pas proposés, c'est officiel.

Le matin, revue d'armes par le Capitaine Bourgeois de l'E.H.R.

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Le temps passé en Indochine

lassitude

Le temps passé en Indochine constitue un élément essentiel du moral des hommes. La durée des séjours variait de 24 à 30 mois (jusqu'à 33 mois). Au-delà du temps annoncé, les mécontentements s'exprimaient (mauvais esprit, résignation). L'annonce du rapatriement accentuait la prudence des soldats.

Le rapatriement

transport-troupes-Pasteur

Jusqu'en 1954, la voie maritime fut le mode de retour quasi-exclusif. Les voyages s'effectuaient sur des transports de troupes comme le Pasteur qui convoya plus du tiers des rapatriés dans des conditions acceptables. La plupart des traversées duraient de 15 à 20 jours.

Les combattants français face à la guerre d'Indochine (Michel Bodin)

Le Félix Roussel

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Mardi 9 : 100 types de la 51 doivent partir sur le Félix Roussel... Mais comme aucune relève n'arrive au convoi.

Pourront-ils partir ?

Transmissions

insigne-transmissions

Insigne des transmissions

Scouts de guerre

patrouille-route

Lundi 1er : Nous sommes Scouts de guerre. Nous avançons avec précaution quand tout à coup, c'est la bagarre.

Les grenades, les FM viets...

"Paquets de pipes"

cigarettes-troupes

Vendredi 5 : Cette nuit... nous jouons aux cartes, je paume deux paquets de pipes...

J'ai compris, je ne suis pas près de rejouer.

Toutes les paillotes...

village-paillottes

Dimanche 7 : Hier soir toutes les paillotes autour du patelin ont flambé.

Cela faisait joli, surtout la nuit.

Les piastres

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Mercredi 10 : Hier, nous touchons la paye, 243 piastres. J'ai jusqu'à maintenant 355 piastres.

Citation à l'ordre du régiment

citation-ricm

Samedi 13 : Je suis cité à l'ordre du régiment. Je suis drôlement content, j'écris chez Nous.

Maman va être contente!

Citation :

Radio à bord d'un scout car le 1er décembre 1947. Escortant un convoi de blessés entre Phutong Hoa et Bac Kan (Haut Tonkin).

Tombé dans une forte embuscade, n'a cessé d'assurer ses liaisons radio et malgré un tir plongeant de l'ennemi, a pu passer un message d'une importance capitale.

Doué d'un calme et d'un sang froid remarquable, n'a pas hésité, lors des temps d'arrêt à faire le coup de feu, contribuant ainsi à mettre les rebelles en fuite.