Six mois d'Indochine.
Nous montons des postes sur scouts pour la fête du Têt.
Avant hier, les bleus sont arrivés, il y a Lemousy, Raymond, Saurin, Toulouse, Thomas et des autres (?)
Nous sommes de nouveau dans notre villa.
Aujourd'hui, c'est la fête du Têt.
L'après midi nous allons manger chez le tailleur avec l'adjudant Illet, Stal, Guyot et Thevenet.
Très bon repas mais qui ne va pas sur l'estomac.
Nous avons du vin et pour cloturer, Choum.
Le soir je vais au cinéma voir 6è étage avec André et Guyot.
Hier soir je reçois une lettre de chez nous, j'y répond.
Nous commençons à être embêtés, rassemblements, etc.
Je ne sors pas, d'ailleurs, plus de fric.
Nous regardons un match de football, je me couche et je lis.
Aucun faits sensationnels, il fait un temps de chien.
Nous ne sortons pas.
Je fais ma demande pour toucher ma prime de rengagement.
J'écris énormément chez nous, à Simone P., Girold, René.
Je reçois une lettre du Canada.
Le soir, je prends ma meilleure vacation à 13 ou 14 heure, je reçois six messages sans une répétition, serais-je en progrès ?
Il ne faut pourtant pas chanter trop vite.
Nous jouons aux cartes.
Nous quittons Haïphong vers onze heures avec un scout, une jeep et un chauffeur cloche.
Nous passons à Vat Cach, Chtum, King-Jiao, Coc-chu, Chin-Co, Co-Dung, Vu-Thong, Haïduong, Bac de Lin Va et Sept Pagodes.
Aucun coup de fusil, mais il y a des mines dans le secteur.
A Lui-Sa, un buffle a sauté sur une mine deux heures avant notre passage.
La légion a fait deux prisonniers.
Nous rentrons le soir à Haïphong.
Je pique une crise de palu, j'ai la grippe, drôle de journée.
Je ne suis pas costaud. Je reçois du courrier de chez nous, de Bass, du Canada et de Girold qui me donne l'adresse de sa petite belle-soeur.
Toujours pas très costaud.
J'ai un de ces rhumes de cerveau qui ne veut pas me quitter.
Le matin ça va, je ne sens plus rien mais à midi, crac, un de ces coup de palu !
Je crois que c'est le plus fort que j'ai eu jusqu'à maintenant.
Je passe une drôle de journée.
Nous ne touchons plus de cigarettes, on va nous donner une piastre par jour.
Je passe une bonne journée.
L'après midi, je sors avec André voir, au théatre, une représentation donnée par la légion.
C'était très réussi.
Le soir nous allons au cinéma Omnia voir Fernandel dans François premier puis notre dimanche s'achève ainsi.
Aujourd'hui, je reçois deux lettres : Une de Monaco et l'autre de Murat.
Rien d'important à signaler.
Après un léger entraînement au football, nous allons nous coucher.
Aujourd'hui, il y a de drôles de coups !
Ce matin vers 10h30 on entend un coup de feu dans la petite cours.
On va voir et qu'est-ce qu'on voit ?
L'auvergnat qui s'était tiré une balle de carabine à bout-portant dans la tête. On l'a sorti aussitôt dans la cours.
Il vivait encore mais avait un drôle de trou dans la tête. Aussitôt, on l'a emmené à l'hopital, mais il est mort en arrivant.
Nous étions tous remués. Cela fait drôle.
Ensuite, revue de paquetage, il me manque juste une paire de lunettes.
L'après midi, nous allons au tir à Cat-Bi, en rentrant, un flic vient faire son enquête.
Grande journée, nous touchons la paye et je touche en même temps ma prime de rengagement 147 piastres.
Le soir je vais au cinéma avec Guyot, Stal, je vais voir jouer Narcisse.
Puis nous allons boire un coup au B.M.C. mais nous n'y restons pas car c'est la bagarre.
Je ne sors pas de la journée.
Le soir, je vais au cinéma avec Stal, Thevennet et Guyot, voir L'assassin a peur la nuit.
Puis je me couche après avoir écrit chez nous.
Le paludisme sévissait avec virulence dans les régions basses et humides et en forêt. Il frappait surtout les jeunes débarqués, bien que différents anti-malariques chimiques étaient administrés pendant le trajet en bateau (quinine, paludrine, nivaquine...)
En 1947, 2/3 des hommes ne prenaient pas leurs comprimés et fin 1949, la moitié ne se protégeait toujours pas. Le nombre des malades diminua cependant jusqu'en 1954, à 10% des effectifs.
Technique et combat, août 1946
90% des malades atteints de maladie neuro-psychologiques, auraient dû être réformés avant le départ en Indochine. 1/4 d'entre eux étaient des éthyliques ce qui aggravait les confusions.
Le Choum est élaboré à partir d'un riz gluant parfumé avec des plantes aromatiques, cuit à l'eau et exposé au soleil dans des jattes dans lesquelles il fermente. Sa teneur en alcool est très élevée, de 60 à 70°.
L'usine de la Société Française à Hai Duong
Une des plaies du Tonkin est aussi le "choum-choum" ou eau-de-vie de riz. De même que pour l'opium, la régie en vend en bouteilles munies de vignettes (...)
Cet alcool est très néfaste aux Français qui en font abus et les prédispose aux fièvres, à la dysenterie et aux maladies de foie.
J'ai vu, une fois, un soldat qui en avait trop bu, et qui était tombé dans un état de folie. Il fut ramené au quartier, dans un pousse-pousse, ficelé des pieds à la tête, la bouche écumante et les yeux exorbités.
René LE ROUX Deux ans au Tonkin
![]() |
Sixième étage Maurice Cloche avec Pierre Brasseur, Janine Darcey. |
![]() |
François 1er (1936). De Christian-Jaque, avec Fernandel. |
![]() |
Narcisse (1940) Ayres d’Aguiar avec Rellys, Monique Rolland. |
![]() |
L'Assassin a peur la nuit (1942) Jean Delannoy, avec Mireille Balin. |