TRAITÉ PAR LEQUEL IL EST PROUVÉ QUE LES AMES VEILLENT ET VIVENT APRÈS QU'ELLES SONT SORTIES DES CORPS

CONTRE L'ERREUR DE QUELQUES IGNORANTS QUI PENSENT QU'ELLES DORMENT JUSQUES AU DERNIER JUGEMENT.

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Quant au cinquième argument, ils le dégorgent à pleine bouche bouche et tout leur gosier, afin qu'ils puissent réveiller les dormants de leur somne profond ; car ils constituent en icelui la plus grande part de leur victoire, et quand ils veulent décevoir les novices et éblouir leurs yeux, ils empoignent principalement ceci pour corrompre leur foi et leur sain entendement.

Il n'y a qu'un jugement, disent-ils, par lequel un chacun recevra son loyer ; les bons la gloire, les méchants la géhenne. Devant ce jour-là il n'y a ni béatitude ni misère ordonnée, les Écritures partout en rendent un tel témoignage : « Et enverra ses anges avec grosse voix de trompette, et assembleront ses élus des quatre vents, depuis le haut des cieux jusqu'à l'autre bout d'en bas. »

Item : « Le Fils de l'homme enverra ses anges, qui cueilleront de son royaume tout scandale et ceux qui font iniquité, et les jetteront en la fournaise du feu, là où il y aura pleurs et grincement de dents. A donc les justes reluiront comme le soleil au royaume de leur père. »

Item : « Alors dira le roi à ceux qui seront à sa dextre : Venez, les bénis de mon Père, possédez le royaume qui vous est appareillé dès la fondation du monde ; et dira à ceux qui seront à la senestre : Départez-vous de moi, maudits, au feu éternel qui est préparé au diable et à ses anges; et ceux-ci iront en tourment éternel, mais les justes iront en vie éternelle. »

Il y a une semblable sentence en Daniel : « Et en ce temps-là ton peuple sera sauvé, tous ceux qui seront trouvés écrits au livre. »

Ils disent donc : Si toutes ces choses sont écrites du jour du jugement, comment seront les élus lors appelés à la possession du royaume céleste, s'ils le possèdent maintenantb ? Comment leur sera-t-il dit qu'ils y viennent, si déjà ils y sont ? Comment sera sauvé le peuple, s'il est sauvé dès cette heure ?

Par quoi les fidèles, qui même cheminent maintenant en foi, n'attendent point un autre jour de leur salut, comme dit saint Paul, « sachant que celui qui a ressuscité Jésus des morts, nous ressuscitera aussi avec Jésus-Christ. »

Et ailleurs : « Attendant la révélation de Notre-Seigneur Jésus-Christ, lequel vous rendra forts jusqu'à la fin, au jour de son avènement » ; etc. Mais octroyons-leur tout ceci.

Cependant pourquoi ajoutent-ils de leur fantaisie ce qui n'y est pas, à savoir du somne ? Car en tant de passages qu'ils amènent et autres semblables, ils ne peuvent produire une seule syllabe du somne. Mais encore qu'ils veillent, si peuvent-ils être sans gloire.

Par quoi, vu que c'est affaire à un homme non seulement téméraire mais aussi enragé de conclure hardiment des choses qui ne peuvent être comprises par le sens humain de quel front ces dogmatiseurs nouveaux et étourdis oseront-ils défendre le somne, lequel ils n'ont reçu de la bouche du Seigneur ?

Ceci doit suffire à gens sobres et de bon jugement afin qu'ils connoissent que ce somne est impudemment forgé, comme ainsi soit qu'il ne peut être prouvé par parole ouverte de Dieu ; mais encore traitons ces passages en bref, afin que les simples n'en soient émus aucunement, quand ils oyent dire que le salut des âmes est différé jusqu'au jugement général.

Premièrement, nous entendons que ceci soit pour tout résolu, que notre béatitude est toujours en chemin jusques à ce grand jour-là qui mettra fin à tout chemin.

Semblablement, la gloire des élus et la fin de la dernière espérance tendent et regardent à ce même jour, à ce qu'elles soient accomplies.

Car il y a bon accord de ceci entre tous, qu'il n'y a autre perfection, ou de béatitude ou de gloire sinon la conjonction parfaite avec Dieu. Or, nous tendons tous à ce but, nous y courons, nous nous y avançons ; toutes les Écritures et promesses de Dieu nous y envoient ; car ce qui a été dit une fois à Abraham par la bouche de Dieu nous appartient aussi : « Abraham je suis ton loyer fort grand, »

Vu donc que ce loyer est ordonné à tous ceux qui ont part avec Abraham à savoir, de posséder Dieu et d'avoir heureuse jouissance de lui, outre lequel loyer il n'est licite d'en appeler un autre ; quand il est question de notre attente, il faut là jeter les yeux.

Jusques ici nos adversaires sont d'accord avec nous, si je ne m'abuse ; davantage, j'espère aussi qu'ils nous accorderont bien ceci, que ce royaume, à la possession duquel les élus et fidèles sont appelés lequel est ailleurs appelé salut, loyer et gloire, n'est autre chose que cette conjonction et union bienheureuse avec Dieu ; à savoir, à ce qu'ils soient pleinement en Dieu, que Dieu les rende parfaits, et de leur côté qu'ils soient adhérents à Dieu, qu'ils possèdent Dieu pleinement, et, pour dire en bref, qu'ils soient un avec Dieu.

Car en cette sorte, quand ils sont en la fontaine de toute plénitude, ils sont parvenus au dernier but de toute justice, sapience sapience gloire, esquelles bénédictions le royaume de Dieu consiste consiste car saint Paul a montré que c'étoit là le dernier point du royaume de Dieu, quand il dit :

« A celle fin que Dieu soit tout et toutes choses puisque Dieu en ce jour-là sera vraiment tout en toutes choses, et amènera ses élus et fidèles à juste perfection. Ce n'est point sans cause que ce grand jour est appelé le jour de notre salut, devant lequel notre salut n'est point parfaitement accompli. Car ceux que Dieu remplit sont remplis de toutes richesses, lesquelles la bouche ne peut proférer, ni l'oreille ne les peut ouïr, ni les yeux ne les peuvent voir, ni l'entendement comprendre. »

Or, si ces deux choses sont hors de tout différend, c'est en vain que nos dormeurs s'efforcent de prouver que les saints serviteurs de Dieu qui sont passés de ce monde, ne sont encore entrés au royaume de Dieu, pour autant qu'il leur sera dit : « Venez, les bénis de mon Père, possédez », etc. ; car il nous est bien facile de répondre que cette conséquence n'est pas bonne, de dire qu'il n'y a point maintenant de royaume, pource qu'il n'est pas encore parfait.

Mais, au contraire, nous disons que le royaume qui est déjà commencé sera alors parfait ; et ne veux point qu'on ajoute foi à cela, que premièrement je n'aie ouvertement montré par certains arguments de l'Écriture que cela est véritable. véritable. ce jour-là est appelé le royaume de Dieu; pour autant que lors vraiment il assujettira à soi toutes puissances adversaires, adversaires, Satan par le souffle de sa bouche, et détruira par la clarté de sa venue; mais lui habitera et régnera entièrement en ses élus.

Car Dieu ne peut autrement régner par ci-après en soi-même que comme il a régné dès le commencement, la majesté duquel ne peut nullement croître ou diminuer, mais son règne est tel qu'il sera manifesté à tous.

Quand nous prions que son règne advienne, pensons-nous qu'il n'y ait nul règne de Dieu maintenant ? Et que deviendra cette sentence : « Le royaume de Dieu est dedans vous ? » Dieu donc règne dès maintenant en ses élus, lesquels il conduit et gouverne par son esprit.

Il règne aussi contre le diable, le péché et la mort, quand il commande que la lumière resplendisse des ténèbres, par laquelle, erreur et mensonge soient confondus ; et quand il empêche que les puissances des ténèbres ne nuisent à ceux qui portent le signe de l'agneau au front.

II règne, dis-je, dès maintenant, et nous prions que son règne advienne. II règne certes quand il fait vertu en ses fidèles, quand il baille loi à Satan, et lui ordonne ce qu'il doit faire.

Mais son règne adviendra lorsqu'il sera accompli ; or, il sera accompli quand il manifestera pleinement la gloire de sa majesté, aux fidèles en salut, aux réprouvés en confusion.

Mais encore y auroit-il quelque autre chose qu'on puisse dire ou croire des fidèles et élus, le royaume et la gloire desquels c'est être au royaume glorieux de Dieu, et comme régner avec Dieu et se glorifier en lui, et finalement être participants de la gloire divine.

Combien que ce royaume ne soit encore venu, nonobstant on le peut voir en quelque partie. Car ceux qui aucunement ont le royaume de Dieu dedans eux, commencent être au royaume de Dieu, et régnent avec Dieu, contre lesquels les portes d'enfer ne peuvent rien.

Ils sont justifiés en Dieu, comme il est dit d'eux: « Toute la semence d'Israël sera justifiée au Seigneur et sera louée. » En sorte que, pour bien dire, ce royaume est l'édification de l'Église ou l'avancement des fidèles, tel que saint Paul nous décrit : « Lesquels par tous degrés des ages croissent en homme parfait. »

Ces gens de bien ci voient les commencements de ce royaume, ils voient les accroissements d'icelui, et aussitôt que ces choses leur sont passées par-devant les yeux, ils ne donnent plus de lieu à la fois et ne peuvent croire ce qu'ils n'ont devant les yeux de la chair.

Mais saint Paul parle bien autrement : «Vous êtes morts, dit-il, et votre vie est cachée avec Christ en Dieu. Or quand Christ, qui est votre vie, sera apparu, vous aussi apparaîtrez ensemble avec lui en gloire. »

Il dit que nous avons vie cachée en Dieu avec Jésus, qui est notre chef ; il diffère notre gloire au jour de la gloire de Jésus-Christ qui est chef de tous les fidèles, et comme chef tirera avec soi ses membres.

Saint Jean dit bien cela même : « Mes bien-aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu, mais il n'est pas encore apparu ce que nous serons ; mais nous savons que quand il apparaîtra, nous serons semblables à lui, car nous le verrons ainsi comme il est. »

Il ne dit pas que cependant par quelque intervalle, nous devions être réduits à néant ; mais d'autant que nous sommes enfants de Dieu, qui attendons l'héritage de notre père, il soutient et suspend notre attente jusqu'à ce jour-là, auquel la majesté et gloire de Dieu sera manifestée en tous ; et, de notre côté ; nous nous glorifierons en lui.

Je m'ébahis derechef quand ils oyent ici nommer les enfants de Dieu, qu'ils ne retournent à leur bon sens, et ne sentent que cette génération-là est immortelle, laquelle est de Dieu, et par laquelle nous sommes faits participants de l'immortalité divine.

Mais poursuivons ce que nous avons commencé : Qu'ils crient tant qu'ils voudront que les bénis de Dieu ne sont point appelés au royaume devant le grand jour du jugement et que le salut n'est point promis devant ce temps-là au peuple de Dieu.

Je réponds que Jésus-Christ est notre chef, le royaume et la gloire duquel ne sont point encore apparus. Si les membres vont devant le chef, ce sera un ordre renversé ; et lors nous suivrons notre capitaine et roi, quand il viendra à la gloire de son Père, et sera assis au siège de sa majesté.

Cependant, toutefois, ce qui est de Dieu en nous, à savoir notre esprit, vit, d'autant que Jésus-Christ, qui est notre vie, est vivant ; car ce serait une chose absurde que notre vie fût vivante, et cependant nous fussions péris ; et cette vie est en Dieu et avec Dieu, et est bienheureuse pource qu'elle est en Dieu.

Toutes Ces choses s'accordent fort bien et consentent à la vérité ; car pourquoi est-il dit de ceux qui sont morts au Seigneur qu'ils ne sont point encore sauvés, ou qu'ils ne possèdent pas encore le royaume de Dieu ?

C'est pource qu'ils attendent ce qu'ils n'ont pas encore, et ne sont encore parvenus jusqu'au but de leur félicité. Et pourquoi néanmoins sont-ils bienheureux ? C'est d'autant qu'ils savent bien que Dieu leur est propice, et voient de loin le loyer à venir, et se reposent en la certaine attente de la résurrection.

Et certes, tandis que nous habitons en cette prison de terre, nous espérons les choses que nous ne voyons pas, et, contre toute espérance, nous croyons en espérance, ce que saint Paul dit d'Abraham.

Mais quand les yeux de notre entendement (qui étant maintenant ensevelis en cette chair ont la vue trouble) ne seront plus chassieux, nous verrons ce que nous attendions, et prendrons plaisir en ce repos ; car nous ne craignons point de parler ainsi après l'Apôtre, lequel dit, au contraire, qu'il ne reste autre chose aux réprouvés qu'une attente terrible de jugement, et une fureur de feu qui les dévorera.

Si l'attente des réprouvés est terrible, il est certain que l'attente des élus est fidèle et joyeuse, et à bon droit la doit-on appeler bienheureuse. Et pource que mon intention est d'enseigner nos adversaires plutot que de les contraindre, qu'ils nous prêtent un peu l'oreille quand nous tirons la vérité de la figure du vieil Testament, et ne le faisons pas sans bon garant : tout ainsi que saint Paul, au passage des enfants d'Israël, traite par allégorie la submersion de Pharaon, la voie de délivrance par l'eau, qu'ils nous permettent ains de dire que notre Pharaon est noyé au baptême, que notre vieil homme est crucifié, que nos membres sont mortifiés, que nous sommes ensevelis avec Jésus-Christ, que nous sortons hors de la captivité du diable et de la domination tyrannique de la mort, cependant toutefois que nous allons seulement au désert, en terre sèche et stérile, sinon que le Seigneur nous fasse pleuvoir du ciel la manne et issir l'eau de la roche.

Car notre âme est comme une terrre sans eau, laquelle bâille de sécheresse devant Dieu, pressée d'indigence de tous biens, jusqu'à ce que icelui fasse pleuvoir et distiller les grâces de son esprit. Puis après on vient en la terre promise sous la conduite de Josué, fils de Navé, terre abondante en lait et miel ; c'est-à-dire la grâce de Dieu nous délivre du corps de mort, par notre Seigneur Jésus-Christ.

Toutefois cela ne se fait point sans sueur et effusion de sang, car lors principalement la chair se rebecque et déploie ses forces pour combattre contre l'esprit. Après qu'on fait résidence en la terre, lors nous sommes repus en abondance, car robes blanches nous sont données, et nous recouvrons repos.

Mais Jérusalem, qui est la ville capitale du royaume, n'est pas encore dressée. Salomon, le roi de paix, ne gouverne pas encore le royaume pleinement.

Ainsi donc les âmes des fidèles sont en paix après la mort, vu qu'elles sont sorties hors de la captivité de leur ennemi. Elles sont au milieu de toutes richesses comme il est dit : « Ils iront d'abondance en abondance, »

Mais quand la céleste Jérusalem sera haut élevée en sa gloire, et quand le vrai Salomon, qui est le Seigneur Jésus, le roi de paix, sera magnifiquement assis en son siège judicial, les vrais Israélites régneront avec leur roi et prince.

Que si on veut emprunter similitude des choses humaines, nous avons guerre contre un ennemi, tandis que nous avons à combattre contre la chair et le sang ; nous vainquons notre ennemi quand nous sommes dépouillés de cette chair dépêché ; en sorte, que nous sommes du tout à Dieu : nous triompherons et jouirons du fruit de la victoire quand notre chef sera vraiment élevé en gloire par-dessus la mort, c'est-à-dire quand la mort sera absorbée en victoire.

C'est ci notre limite et notre but, duquel il est écrit : « Je serai rassasié quand je serai réveillé par le regard de ta gloire. » Tous ceux qui ont appris d'obéir à Dieu et d'ouir sa voix, peuvent facilement apprendre ces choses des saintes Écritures.

Ceux aussi qui, en toute révérence et sobriété ont traité les mystères de Dieu ; nous ont enseigné ces choses, et comme baillé de main en main. Car les anciens docteurs se sont donné licence de parler ainsi, de dire que les âmes sont bien en paradis et au ciel.

Cependant, toutefois, elles n'ont point encore reçu la gloire ou le loyer ? car Terlullien dit ainsi : « Et le loyer et le danger pend en l'événement de la résurrection; » et toutefois il enseigne que, sans aucun doute, les âmes sont avec Dieu et vivent en Dieu avant cet événement.

Et ailleurs, « Pourquoi n'entendrions-nous que le sein d'Abraham est pris pour quelque réceptacle des âmes fidèles , auquel est pourtraite l'image de la foi, et la forme des deux jugements est clairement montrée ? »

Et Irénée parle en cette sorte. : « Vu que le Seigneur a passé par le milieu de l'ombre de la mort; où les âmes des morts étoient, et puis après il est ressuscité corporellement, et après sa résurrection a été élevé au ciel, il est tout certain que les âmes des disciples, pour l'amour desquelles le Seigneur a fait ces choses, iront en un lieu invisible qui leur a été ordonné par le Seigneur, et là demeureront jusqu'à la résurrection, recevant puis après leurs corps et ressuscitant parfaitement, c'est-à-dire corporellement et comme le Seigneur est ressuscité ; Ainsi viendront-ils en la présence de Dieu ; car nul disciple n'est pardessus le maître » , etc.

Et Chrysostôme dit : « Entendez quelle chose c'est, et combien elle est grande qu'Abraham est assis » ; et l'apôtre saint Paul : « Jusqu'à ce que cela sera accompli, qu'ils pourront recevoir le loyer. Car si nous ne venons là, lors le père, leur a prédit qu'il ne donnera point de loyer ; comme un bon père bien aimant ses enfants, dit aux enfants dignes de louanges et bien faisant la besogne, qu'il ne leur donnera point la viande jusques à ce que les autres frères soient venus. Mais toi, es-tu en anxiété pour ce que tu ne reçois point encore ? Que fera donc Abel qui a vaincu il y a si longtemps, et toutefois n'a point encore de couronne, combien qu'il soit assis ? Que fera Noé ? que feront les autres de ce temps-là ? car voici ils ont attendu et attendent encore les autres qui doiyent être après toi, »

Et un peu après : « Ils nous ont prévenus es combats, mais ils n'iront point devant nous ès couronnes, car il n'y a qu'un temps préfix pour toutes les couronnes. »

Et saint Augustin décrit en plusieurs passages des réceptacles secrets où les âmes des fidèles sont résidentes jusqu'à ce qu'elles reçoivent la couronne de la gloire, et cependant les réprouvés sont punis, attendant la peine juste du jugement.

Et en une épître qu'il écrit à saint Jérôme, il dit : « L'âme aura repos après la mort du corps, et finalement reprendra son corps en gloire. »

Toutefois ils enseigne ailleurs qu'après l'ascension de Jésus-Çhrist, les âmes auxquelles Christ est vie montent au ciel ; et néanmoins ne se contredit point ; car combien qu'il soit certain que les malins esprits sont maintenant tourmentés (comme saint Pierre afferme), toutefois, il est dit de ce feu auquel les réprouvés seront jetés au jour du jugement, qu'il est préparé au diable.

Saint Pierre a exprimé l'un et l'autre quand il dit qu'ils sont réservés sous liens éternels au jugement du grand jour. Auquel lieu, par cette réservation, il a signifié la peine laquelle ne sentent pas encore, et par les liens la peine qu'ils sentent présentement. Et saint Augustin s'expose soi-même en un autre passage quand il dit :

« Ton dernier jour ne peut pas être loin, prépare-toi pour le recevoir ; car tel que lu seras sorti de cette vie, tel tu sera ? rendu à l'autre vie. Après cette vie, tu ne seras pas tout incontinent incontinent seront les saints, auxquels il sera dit : "Venez, les bénis de mon Père, recevez le royaume qui vous est appareillé depuis la fondation du monde." Et qui est celui qui ne sache sache tu n'y seras pas encore ? Mais tu pourras bien être là où ce riche orgueilleux, au milieu de ses tourments, vit ce pauvre jadis plein d'ulcères, être en repos bien loin de lui. Étant mis en ce repos, il est certain que tu attends en sûreté ce grand jour du jugement auquel tu reprendras ton corps, et auquel tu seras changé pour être fait semblable aux anges. »

Et ne me déplaît ce que saint Augustin dit en un autre passage par forme d'enseigner, pourvu qu'il rencontre un modeste expositeur, à savoir qu'il y a plusieurs degrés de l'àme : le premier est le remplissement de vie, le second est le sens, le troisième est l'art, le quatrième est la vertu, le cinquième la tranquillité, le sixième est l'entrée, le septième est la contemplation.

Ou si quelqu'un aime mieux dire ainsi : Le premier est du corps, le second au corps, le troisième environ le corps, le quatrième à soi-même, le cinquième en soi-même, le sixième à Dieu, le septième en Dieu.

Il m'a semblé bon d'amener ici ces paroles pour montrer quelle étoit l'intention de ce saint personnage sur ceci, plutôt que pour astreindre aucun, non pas moi-même, à la nécessité de cette distinction. Car saint Augustin même (comme je pense) n'a point désiré cela, mais il a voulu déclarer, autant grossièrement qu'il a pu, qu'il y a un avancement de l'âme qui ne parviendra point au dernier but jusques au jour du jugement.

Finalement, de ce jour du jugement duquel ils font un si fort bouclier, il m'est venu un argument par lequel leur erreur peut-être arraché ; car en notre symbole, lequel est le sommaire de notre foi, nous confessons la résurrection résurrection la chair et non pas de l'âme, et n'y aura point de lieu pour leur cavillation quand ils diront que par ce mot chair tout l'homme est signifié.

Nous leur accordons bien que cela advient quelquefois, mais nous le nions tout à plat en cet endroit, où paroles fort intelligibles et simples ont été exprimées au peuple rude et ignorant.

Les pharisiens, vaillants défenseurs de la résurrection, et ayant toujours ce mot de résurrection à la bouche, quand et quand toutefois ne croyoient point qu'il y eût esprit.

Toutefois ils nous jettent encore les mains sus et nous contraignent de demeurer en ce danger. Ils allèguent les paroles de saint Paul par lesquelles il testifie que nous sommes plus misérables que tous les hommes, si les morts ne ressuscitent point.

Voici leur argument qu'ils font : Quel besoin est-il de la résurrection, si nous sommes bien heureux devant la résurrection ? Mais qui plus est, quelle est cette tant grande misère des hommes chrétiens qui surmonte la misère de tous les hommes, si cela est vrai qu'ils sont en repos, cependant que les autres sont si durement tourmentés et d'une si merveilleuse façon ?

Je les admoneste ici que si j'avois intention de faire le fin (comme eux ne demandent autre chose qu'abuser les simples gens), je trouverais assez d'ouverture pour échapper.

Car qui me garderait d'ensuivre aucuns bons personnages, lesquels ont pris cette dispute, non point de la dernière résurrection générale, en laquelle apris la corruption de nos corps nous reprendrons des corps incorruptibles, mais de la vie qui nous reste après cette vie mortelle, comme c'est une chose ordinaire et commune en l'Écriture que cette vie éternelle et bienheureuse est signifiée par ce mot de résurrection ?

Car quand on oit dire que les sadducéens nient la résurrection, cela ne se rapporte point au corps ; mais il est dit simplement selon leur opinion, qu'il ne reste plus rien à l'homme après la mort.

De quoi il y a un argument probable en ce que, tout ce de quoi saint Paul s'aide là pour faire valoir ce qu'il avoit dit, seroit renversé par un seul mot, s'il étoit répondu qu'il est bien vrai que les âmes vivent, mais que les corps qui seraient réduits en poudre ne pourraient nullement ressusciter.

Or, ajoutons des exemples, quant à ce qu'il dit : « Ceux qui ont dormi en Jésus-Christ sont péris, » cela pouvoit être réfuté par les philosophes qui maintenoient fort et ferme l'immortalité de l'âme.

Et quant à ce qu'il dit : « Que feront ceux qui sont baptisés pour morts ? » Il étoit bien facile d'y répondre ; car les âmes survivent après la mort.

Et à ce qu'il ajoute : « Pourquoi aussi sommes-nous à toutes heures en péril ? » on pouvoit répondre que nous exposons cette vie fragile pour recouvrer l'immortalité en laquelle nous vivrons pour la meilleure part de nous.

Nous avons déjà employé beaucoup de paroles desquelles il n'était nullement besoin entre les dociles ; car l'Apôtre même dit que nous sommes misérables, si notre espérance en Jésus-Christ ne s'étend plus loin qu'en cette vie, ce qui est hors de tout différend, voire par le témoignage même du prophète, qui confesse que ses pieds ont à peu près décliné, et ne s'en a guère fallu que ses pas ne soient glissés, voyant prospérer les orgueilleux et méchants sur la terre.

Et de fait, si nous regardons devant nos pieds, nous prononcerons le peuple bienheureux, à qui toutes choses viennent à souhait. Mais si nos yeux s'étendent plus loin, nous dirons ce peuple-là être bienheureux, qui a le Seigneur pour son Dieu, en la main duquel est l'issue.de la mort.

Toutefois nous amènerons quelque chose beaucoup plus certaine, par laquelle non-seulement leurs objections seront repoussées, mais déclarera la vraie et naturelle intention de l'Apôtre, à ceux qui voudront bénignement apprendre sans débattre de paroles.

S'il n'y a point de résurrection de la chair, c'est à bon droit qu'il appelle les fidèles malheureux, voire quand il n'y auroit point d'autre raison que ce qu'ils endurent tant de tourments, blessures, battures, outrages, et finalement tant de nécessités extrèmes en leurs corps, lesquels ils pensent être destinés à immortalité bienheureuse, puisqu'ils sont trompés de cette espérance.

Car y a-t-il chose, je ne dis point tant misérable, mais plutôt ridicule, que de regarder les corps de ceux qui vivent au jour la journée, qui ne font que gaudir et rire, refaits et polis de toutes délices, et au contraire les corps des chrétiens élangourés, morts de faim et de froid, chargés de toute sorte d'outrages, si les corps des uns et des autres périssent également ?

Car je pourrois bien confirmer ceci par les paroles de l'Apôtre, lesquelles il ajoute bientôt après : « Pourquoi sommes-nous en péril à toutes heures ?... Je meurs de jour en jour pour votre gloire, etc. Buvons et mangeons, car nous mourrons demain. Il vaudrait beaucoup mieux, dit-il, que cela eût lieu entre nous : Mangeons et buvons, si ces opprobres que nous endurons en nos corps n'étoient point changés en la gloire que nous espérons, ce qui n'adviendra point sinon en la résurrection de la chair.

Outre plus, quand encore je quitterois cette défense, nonobstant je peux ici amener une autre raison, que nous sommes beaucoup plus misérables que tous les hommes s'il n'y a point de résurrection car combien que nous soyons bienheureux devant la résurrection, toutefois ce n'est point sans résurrection.

Car nous disons que pour cela lés esprits des saints et fidèles sont bienheureux pource qu'ils acquiescent et se reposent en l'espoir de la résurrection bienheureuse ; que s'il n'y en avoit point, toute celle béatitude s'en iroit en fumée.

Par quoi ce que dit l'Apôtre est bien vrai, que nous sommes plus misérables que tous les hommes, s'il n'y a point de résurrection ; et cette doctrine ne répugne point à ces paroles, que les esprits des saints sont bienheureux devant la résurrection ; mais c'est a cause de la résurrection.