TRAITÉ CONTRE L'ASTROLOGIE QU'ON APPELLE JUDICIAIRE

TRAITÉ OU AVERTISSEMENT CONTRE L'ASTROLOGIE QU'ON APPELLE JUDICIAIRE ET AUTRES CURIOSITÉS QUI RÉGNENT AUJOURD'HUI AU MONDE.

bnf.fr

archives.org

Les oeuvres de Calvin en français :

archives.org

Voyons donc, en premier lieu, jusqu'où s'étend la vraie astrologie, qui est la connoissance de l'ordre naturel et disposition que Dieu a mise aux étoiles et planètes, pour juger de leur office, propriété et vertu, et réduire le tout à sa fin et à son usage.

Nous savons ce que dit Moïse, que Dieu a ordonné le soleil et la lune pour gouverner les jours et les nuits, les mois, les ans et les saisons, en quoi, il comprend tout, ce qui attouche à l'agriculture et à la police.

Or, quant à ce régime et conduite dont il parle, vrai est que les ignorants en ont bien quelque goût et appréhension : mais la science d'astrologie ; outre les effets, montre aussi les causes.

Exemple : les plus rudes et idiots voient bien que les jours sont plus courts en hiver qu'en été, qu'il fait chaud en été et froid en hiver; mais ils ne parviennent pas si haut de juger comment ni pourquoi cela se fait.

Les éclipses du soleil et de la lune sont connues à tout le monde ; mais les causes en s'ont cachées, si ce n'est qu'on les apprenne par doctrine, il ne faut point aller à l'école pour voir qu'il y a des étoiles au ciel.

Mais ce n'est pas à tous de comprendre la nature de leur cours ; leurs révolutions ; leurs rencontres et autres choses semblables ; car cela requiert un savoir spécial. Par ainsi ; l'astrologie sert à déterminer le cours des planètes et étoiles ; tant pour le temps que pour l'ordre et situation :

le temps ; dis-je, pour savoir quel terme il faut à chacune planète et au firmament pour accomplir leur circuit ; la situation, pour juger combien il a de distance de l'une à l'autre; discerner les mouvements droits, obliques bu quasi contraires : de là savoir montrer pourquoi le soleil plutôt est plus loin de nous en hiver qu'en été ; pourquoi il fait plus longue demeure sur nous en été qu'en hiver; de savoir compasser à l'endroit de quel signe du zodiaque il est chacun mois, quelle rencontre il a avec les autres planètes ; pourquoi la lune est pleine ou vide selon qu'elle se recule du soleil ou en approche ; comment se font les éclipses, voire jusqu'à compasser les degrés degrés minutes.

Ce fondement mis, s'ensuivent les effets que nous voyons ici-bas ; lesquels par l'astrologie on connoît provenir d'en haut ; et non-seulement quand ils sont passés, mais pour en être avertis devant le temps. Il n'y à celui qui ne voie les pluies ; les grêles et neiges, et qui n'oie le bruit des vents ; mais nul ne sait les causes que par le moyen de l'astrologie ; laquelle ; connue j'ai dit, en donne même quelques conjectures pour l'avenir ; qu'on n'en peut pas faire une règle; perpétuelle ; je parle donc du cours ordinaire, qui n'est point empêché d'autres accidents survenant d'ailleurs.

Or, voici le noeud de la matière que nous avons à déduire, car nos astrologues contrefaits prennent une maxime qui est vraie : que les corps terrestres et en général toutes créatures inférieures sont sujettes à l'ordre du ciel pour en tirer quelques qualités ; mais ils l'appliquent trèsmal.

Soit, l'astrologie naturelle montrera bien que les corps d'ici-bas prennent quelque influxion de la lune, parce que les huîtres se remplissent ou se vident avec icelle ; pareillement, que les os sont pleins de moelle ou en ont moins selon qu'elle croit ou diminue.

C'est aussi de la vraie science d'astrologie que tirent les médecins ce qu'ils ont de jugement pour ordonner tant saignées que breuvages, pilules et autres choses en temps opportun.

Ainsi il faut bien confesser qu'il y a quelque quelque entre les étoiles ou planètes et la disposition des corps humains.

Tout ceci, comme j'ai dit, est compris sous l'astrologie naturelle.

Mais les affronteurs qui ont voulu, sous ombre de l'art, passer plus outre, en ont controuvé une autre espèce qu'ils ont nommée judiciaire, laquelle gît en deux articles principaux ; c'est de savoir non-seulement la nature et la complexion des hommes, mais aussi toutes leurs aventures, qu'on appelle, et tout ce qu'ils doivent ou faire ou souffrir en leur vie ; secondement, quelles issues doivent avoir les entreprises qu'ils font, trafiquant les uns avec les autres ; et en général de tout l'état du monde.

Traitons premièrement de la complexion de chacun selon sa naissance. Or, comme il n'y a jamais mensonge si lourd ni si impudent qui n'emprunte quelque part de vérité, je confesse bien, quant à la complexion des hommes et surtout aux affections qui participent aux qualités de leurs corps, qu'elles dépendent en partie des astres, ou pour le moins y ont quelque correspondance, comme de dire qu'un homme soit plus enclin à colère qu'à flegme, ou au contraire.

Toutefois encore en ceci il y a plusieurs choses à noter. Nos mathématiciens, auxquels je parle, assoyent leur jugement sur l'heure de la naissance. Je dis, au contraire, que l'heure de la génération est plus à considérer, laquelle le plus souvent est inconnue.

Car la mère n'a pas toujours terme préfixé pour enfanter ce qu'elle a conçu. Quelques répliques qu'ils aient, si est-ce qu'ils seront convaincus par raison qu'en l'enfantement les astres n'ont pas si grande vertu pour imprimer quelques qualités à l'homme, qu'en sa conception.

Je dis encore, le cas posé que les astres nous qualifient par leur influence ; que cela ne vient point de la naissance ; et de fait; l'expérience commune le montre : ce n'est pas sans cause que Perse dît :

Geminos, horoscope vavo
Producis génio.

C'est-à-dire que sous un même horoscope, deux sortiront du ventre de diverses natures. Cela se voit tous les coups, même en des frères jumeaux, lesquels seront autant différents de l'un à l'autre, comme si la position des astres avoit été toute contraire.

Je laisse à dire que pour juger même par la nativité de la nature d'un homme, outre ce qu'il faut avoir tous les degrés du climat bien marqués, il faudroit que le généthliaque eût son astrolabe au poing ; car de se fier en l'horloge ; c'est une chose trop mal sûre. Or est-il ainsi qu'en faillant peu de minutes ; on trouvera un changement au regard des astres.

Toutefois ; soit par la conception ou naissance qu'il faille juger, je demande si le sexe ne surmonte point toutes autres qualités en la créature. Or est-il ainsi qu'en un même moment et en un même ventre seront seront fils et filles, et en un moment une femme accouchera d'un màle, l'autre d'une femelle.

Dont vient cette diversité en ce qui est le principal, sinon que les étoiles et planètes n'ont pas telle puissance comme ces gens veulent faire accroire ?

S'il falloit faire comparaison, il est plus que certain que là semence du père et de la mère ont une influence Cent fois plus vertueuse que n'ont pas tous les astres, et ce nonobstant l'on voit qu'elle défaut souvent, et aussi la disposition, peut être diverse.

Prenons deux hommes de natures fort diverses, ayant chacun sa femme, de nature pareillement répugnante, qui engendrent enfants en une même heure, que les femmes accouchent à une même heure ; il adviendra ordinairement que les enfants tiendront chacun de la complexion de leurs pères et mères plutôt plutôt du regard des astres qu'ils ont eu pareil tous deux, et la raison y est si patente, que nul de sain jugement n'ira à l'encontre.

Quest-il donc de dire quant à l'influence que donnent les créatures célestes aux hommes ?

Je confesse, suivant ce que j'ai touché, que les astres ont bien quelque concurrence pour former les complexions, et surtout celles qui concernent le corps, mais je nie que le principal vienne de là.

Je dis même, touchant des causes naturelles qu'on appelle inférieures, que la semence dont les enfants sont procréés précède et est de plus grande importance. Je dis secondement que les astrologues se fondent mal en jugeant par la nativité plutôt que par la génération. Or est-il ainsi que la génération leur est inconnue. Ainsi, ils n'ont nulle certitude de jugement.

Tiercement, je dis que Dieu besogne en plusieurs d'une grâce spéciale, même en formant leur nature, en manière que la constellation n'y aura point de lieu, ou pour le moins y sera éteinte, pour n'ètre point aperçue des hommes.

Voilà quant à l'inclination naturelle. Mais si nous venons à la grâce que Dieu fait à ses enfants lorsqu'il les réforme par son esprit et les change tellement qu'ils sont nommés à bon droit nouvelles créatures ; que deviendront tous les regards des planètes ? Est-ce là que Dieu a fondé son élection éternelle ?

Si les généthliaques allèguent qu'on en peut bien user comme de moyens inférieurs, c'est une cavillation trop sotte. Nous voyons comment Dieu a voulu, de propos délibéré, nous retirer de telles considérations, quand il a fait naître en second lieu ceux qu'il voulait préférer, comme nous en avons l'exemple en Jacob.

Car pourquoi est-ce qu'Ésau, qui devoit être rejeté, est venu devant, si ce n'est que Dieu, en rompant l'ordre commun de nature, nous a voulu élever plus haut, nous admonestant par cela que nous devons avoir les yeux fichés en sa seule volonté, sans les divertir à chercher autres causes ?

Arrêtons-nous seulement à ce mot, que Dieu réforme tellement les hommes, les appelant à soi, qu'ils deviennent du tout nouveaux. Il est dit de Saül, quand Dieu le veut disposer pour être roi, qu'il le fera tout autre qu'il n'a été, Cela n'advient pour quelque constellation, ains Dieu besogne en lui outre et par-dessus le cours de nature.

S'il le fait en un homme qu'il a élu pour le régime temporel, que sera-ce de ceux qu'il a adoptés pour ses enfants et héritiers du royaume céleste ? Certes, il faut bien que cela surmonte tout le firmament ; et de fait, quiconque nie que la régénération ne soit une oeuvre de Dieu supernaturelle, non-seulement se montre profane, mais renonce ouvertement la foi chrétienne.

A cette cause, il nous faut limiter la vertu des astres à ce qui attouche le monde et appartient au corps, et est de l'inclination première dé nature; exceptant ce que Dieu donne de spécial aux uns et aux autres, sans s'aider des moyens ordinaires, et surtout la réformation qu'il fait en ses élus, les renouvelant par son esprit. ?

Mais cette astrologie bâtarde ne se contentant point d'avoir disposé de la complexion des moeurs et des hommes, étend sa judicature plus avant, qui est en devinant ce qui leur doit advenir dans leur vie, et quand et comment ils doivent mourir.

En quoi il n'y a que pure témérité, et pas un seul grain de raison.

Car tout au plus les astres pourront imprimer quelques aux personnes, et non pas faire que ceci ou cela leur advienne après d'ailleurs. Et par ainsi, encore qu'un généthliaque puisse juger un homme être industrieux et vigilant pour acquérir des biens, si ne peut-il deviner qu'il lui écherra quelque succession, pource que cela gît en la volonté ou condition d'autres que de lui.

Voilà pourquoi il a été dit de longtemps que ces mathématiciens masqués étoient bons pour vider les bourses et remplir les oreilles, d'autant qu'en disant la bonne fortune, ils paissent de vent les curieux et tirent d'eux tout ce qu'ils veulent veulent qu'une fois ils les ont ensorcelés.

Ils diront donc à un homme combien il aura de femmes. Oui ; mais trouvent-ils en son astre la nativité de sa première femme, pour savoir combien elle vivra ? Par ce moyen les femmes n'auroient plus de nativité propre, pource qu'elles seroient sujettes au regard de la nativité des hommes.

En somme, par cela l'horoscope de chacun homme particulier comprendroit le jugement de toute la disposition du pays, vu qu'ils se vantent de pouvoir juger si un homme sera heureux en mariage, s'il aura bonne, ou mauvaise rencontre par les champs, en quels dangers il pourra tomber, s'il sera occis ou s'il mourra de maladie.

Regardons maintenant avec combien de gens nous trafiquons en vivant.

Si les mathématiciens n'ont leurs volontés et leurs fortunes en la manche , qu'est-ce qu'ils nous en peuvent promettre? Par quoi ce que j'ai dit est vrai, qu'ils ne sauroient juger d'un homme comme ils en font profession, que sa nativité ne leur fût un miroir pour contempler tous ceux avec lesquels il conversera. Qu'on juge par raison si cela se peut faire, et s'il y a quelque vérisimilitude.

Je conclus donc que tous ceux qui entreprennent de connoître les événements d'un homme par sa nativité sont trompeurs, d'autant que les causes viennent d'autre part. Je serois trop long à déduire tous les exemples qui s'en peuvent amener, mais un seul nous suffira.

Il est souventes fois demeuré en une bataille j'usqu'à un soixante mille hommes. Je ne parle point des plus grandes déconfitures, ains de ce qui a été assez fréquent. Je demande s'il faudra assigner à tous ceux que la mort accouple ainsi un même horoscope.

Quand ils diroient qu'une chose bien rare ne doit déroger à la doctrine commune d'un art, ce seroit déjà un subterfuge à rejeter. Je leur parle d'une chose commune. Les histoires récitent qu'en une vingtaine de batailles est mort en Espagne jusqu'à trois cent mille hommes.

Sans enquérir plus avant, qui est-ce qui ne jugera aisément que ceux qui sont morts par compagnie étoient bien séparés en nativité quant au regard des astres ? Ainsi en telle multitude, Capricorne et le Mouton et le Taureau s'entre heurtent tellement des cornes, que tout y est confus ; Aquarius jette son eau en telle abondance que c'est un déluge, la Vierge est dépucelée, l'Écrevisse va au rebours, le Lion donne de la queue par derrière sans qu'on s'en soit aperçu, les Gémeaux se mêlent en sorte que c'est tout un, l'Archer tiré en trahison, la Balance est fausse, les Poissons se cachent sous l'eau, si qu'on n'y voit plus goutte.

Qui plus est, ils ne se contentent point d'avoir tant élargi leurs ailes eu la nativité d'un homme, mais ils usurpent aussi le jugement ou plutôt la divination de toutes entreprises par le regard présent des astres.

Comme quoi si quelqu'un a affaire cent lieues loin d'où il est, monsieur l'astrologue épiera le ciel pour savoir quand il sera lion ; que ce pauvre fou parte pour trouver au bout de quinze jours ses gens bien disposés, quand les astres qui lui promettent bonne adresse seront hors de leur règne.

Je vous prie, si les astres avoient quelque vertu pour conduire les entreprises des hommes, ne se faudroit-il point arrêter à ceux qui sont en règne à l'heure que la chose se fait ? Quelle folie estce à dire, si je dois acheter de la marchandise d'un homme qui est outre-mer, que l'astre qui règne à mon parlement m'y donne bonne adresse, et que ceux qui dominent quand ce vient à joindre, n'y puissent rien !

Il me souvient du conte que l'on fait du cardinal Farnèse, lequel fut contraint de laisser son dîner pour monter bientôt à cheval, afin d'avoir bonheur en son ambassade : et s'il fût parti deux heures plus tard, ayant dîné à son aise, et qu'il fût arrivé au soir au même logis, en quoi cela l'eût-il avancé ou reculé ?

Qui est-ce qui ne voit que le principal est de connoître la situation des astres quand ce vient à faire la dépêche ?

Je dis quand il seroit question d'y ajouter foi. Mais il est facile de voir que le tout n'est qu'abus.

J'ai ouï parler de quelques fantastiques qui sont en état, lesquels n'osent monter sur leurs mules devant qu'avoir pris congé aux astres.

Je prends le cas que ce fût un conseiller d'une cour souveraine. Il y a une heure établie pour s'assembler. En voilà une vingtaine qui sont tous sujets à une même règle. Leurs astres cependant seront différents.

La loi les appelle tous ensemble ; que sera-t-il de faire ?

Si on se gouverne par astrologie, tant s'en faut que jamais procès fût vidé, que trois juges ne se pourroient trouver ensemble pour ouïr un plaidoyer. Il faudra donc ou qu'on remue les astres pour les faire autrement accorder, ou que toute police soit abattue.

Or, nous savons que Dieu approuve cet ordre, qu'il y ait heures certaines pour tenir la justice, pour ouïr sa parole, recevoir ses sacrements, sans regarder la position du ciel.

Si en s'amusant aux étoiles on délaisse l'ordre de Dieu et que chacun se retire à part sans s'accommoder à la communauté du genre humain, Dieu ne sera-t-il point contraire à soi-même ?

Où sera cette sagesse infinie par laquelle il a ordonné si bien toutes choses comme par compas, si on ne lui peut obéir en un endroit qu'on ne contrevienne à l'ordre qu'il a mis en nature ?

Ce seroit à telles manières de gens qu'on pourroit appliquer la risée qu'ouït un ancien philosophe en sa chambrière, lequel étant trop ententif aux étoiles, et n'ayant point loisir de regarder à ses pieds, fit un faux pas et tomba dedans une fosse. Alors elle lui dit : qu'il n'est rien si bon que de penser à ce qui nous est le plus prochain.

Je ne voudrois point tourner cette moquerie contre les vrais astrologues, desquels on ne peut trop louer le labeur qu'ils ont pris à nous faire connoitre les secrets du ciel, en tant qu'il étoit bon pour glorifier Dieu et nous en servir à nôtre usage.

Mais quant à ces fous spéculatifs qui se promènent par-déssus les nues, et cependant ne considèrent point à quoi Dieu les appelle, n'ont nul égard à leur office, se détournent du chemin que Dieu leur montre, oublient le devoir qu'ils ont à leur prochain ; n'est-ce pas raison qu'on se moque de leur vanité, et que Dieu aussi les mette en opprobre, les faisant non-seulement chopper, mais en la fin se rompre le cou du tout ?

Après que messieurs les généthliaques ont assujetti un chacun de nous à leur juridiction astronomique, ils usurpent une même puissance sur l'état universel du monde. Or, je confesse bien, suivant ce que j'ai ci-dessus traité, qu'en tant que les corps terrestres ont convenance avec le ciel, on peut bien noter quelque chose aux astres des choses qui adviennent ici-bas.

Car tout ainsi que l'influence du ciel cause souvent les tempêtes, tourbillons et temps divers, item les pluies continuelles ; ainsi par conséquent elle amène bien la stérilité et les pestilences.

En tant donc qu'on verra un ordre et comme une liaison du haut avec le bas, je ne contredis pas qu'on ne cherche aux créatures célestes l'origine des accidents qu'on voit au monde.

J'entends l'origine, non pas première et principale, ains comme moyen inférieur à la volonté de Dieu, et même dont il se sert comme de préparation pour accomplir son oeuvre ainsi qu'il l'a délibéré en son conseil éternel. Tant y a qu'il ne nous faut pas du tout nier qu'il n'y ait quelque correspondance aucunes fois entre une peste que nous verrons ici et la constellation qui se connoît au ciel par l'astrologie.

Néanmoins, il s'en faut beaucoup que cela soit général ; car quand l'élection fut laissée à David laquelle il voudrait choisir des trois verges de Dieu, et qu'il eut choisi la peste, nous ne dirons point que cela procédât des astres.

Pareillement, quand la famine fut si grande en Syrie et en Israël du temps d'Élie, et que la sécheresse y fut si longue, ce seroit grande folie de chercher si les astres y étoient disposés, vu que c'étoit un miracle extraordinaire.

Et ne faut prendre cet exemple comme bien rare entre les autres, attendu que Dieu parle généralement en Moïse, en disant que toutes les adversités qu'ont les hommes sont cachées en ses trésors ; en quoi il signifie qu'il les met en avant par son juste, jugement pour punir les péchés des hommes, et que si les hommes, par leur malice, ne provoquoient son ire, qu'il les tiendroit encloses comme en un coffre.

Et de fait, il n'y a guère de plus commune doctrine par tous les prophètes que cette-ci, c'est qu'il nous rendra le ciel et la terre comme d'airain. Puisqu'il Puisqu'il assigne la cause à nos péchés, toute constellation est exclue.

Quant aux guerres, il y a encore moins de propos de chercher chercher raison aux étoiles pourquoi elles adviennent, vu que ce sont aussi fléaux de Dieu pour châtier les iniquités, qui n'ont nulle dépendance de là. Notre-Seigneur faisant la promesse à Abraham de donner la terre de Chanaan à sa lignée, dit :

« Que le terme n'est pas encore venu. »

Il n'allègue point que le regard des astres ne le porte pas. Quoi donc ? que l'iniquité des Arnorrhéens n'est pas encore venue au comble.

Par quoi, tout ainsi qu'on cueille le fruit d'un arbre quand il est mûr, ainsi nos péchés mûrissent les punitions de Dieu.