Regardons maintenant si l'impiété des hommes et leurs transgressions proviennent des astres.
Il y a bien eu jadis quelques fantastiques qui l'ont imaginé, mais cette rêverie a aussi été à bon droit rejetée de tout le monde, et même tenue pour une invention diabolique, laquelle tous chrétiens doivent détester; comme de fait elle ne peut être reçue que toute l'Écriture sainte ne soit renversée, que Dieu ne soit blasphémé, et qu'on ne lâche aux hommes la bride de malfaire.
Ainsi je prends cet article pour tout conclu, que le mépris de Dieu et les dissolutions qui se font en quelque pays que ce soit, n'ont nul regard aux étoiles. Puis qu'ainsi est, il ne faut point aussi attribuer aux étoiles les vengeances de Dieu qui surviennent pour telles causes.
Si on réplique que Dieu se pourra bien servir des moyens naturels pour châtier les hommes, je ne le nie pas. Mais est-ce à dire que cela se fasse par un ordre continuel, continuel, que les astres y seront préparés ?
Tout au contraire, quand Dieu veut sécher la mer Rouge et le Jourdain, combien qu'il se veuille servir du vent qui étoit propre à cela, néanmoins il n'est pas dit que ce vent-là soit ému par quelques constellations, ains que Dieu l'a élevé sur-le-champ.
Combien que j'accorde volontier que, lorsque bon lui semble, il applique bien la nature et propriété des étoiles à son service. Seulement je veux dire que ni les famines, ni les pestes, ni les guerres n'adviennent jamais pource que les astres y sont disposés, si ce n'est selon que Dieu veut déclarer son ire sur la malice des hommes ; au contraire, que l'abondance des biens, la santé, et la paix ne procèdent non plus de l'influence des astres, mais de la bénédiction de Dieu, soit qu'il nous veuille convier et exhorter à la repentance par une telle douceur, soit qu'il nous veuille faire sentir son amour en l'obéissance de sa justice.
Conclusion, jusqu'à ce que nos astrologues fardés aient montré que ce sont les étoiles qui nous font servir à Dieu ou nous incitent à lui être rebelles, je conclus qu'elles ne sont point cause ni du bien ni du mal que nous avons, car chacun voit que l'un s'ensuit de l'autre.
Si je voulois amasser tous les exemples qui conviennent à cet argument, ce seroit chose infinie. Toutefois, il n'y a celui qui ne les puisse noter de soi-même. Par quoi, apprenons de nous arrêter aux promesses et menaces de Dieu, lesquelles ne tenant rien de la situation des étoiles, nous enseignent qu'il ne nous y faut point amuser.
Voilà pourquoi Dieu, par son prophète Isaïe, se moque des Égyptiens et des Chaldéens, qui ont été deux peuples les plus experts en cet art qui furent jamais au monde, leur reprochant que par toute leur science ils n'ont pu prévoir la désolation qui leur étoit prochaine, pource qu'elle ne provenoit point du cours naturel des étoiles, ains de son jugement occulte.
On ne peut pas répliquer qu'il taxe les personnes qui se vantoient à fausses enseignes de savoir l'astrologie. Il s'adresse notamment à l'art, déclarant que ce n'est que vanité. Parlant au royaume d'Egypte, il dit :
« Où sont maintenant tes sages ? qu'ils t'annoncent et qu'ils sachent ce que Dieu a décrété sur toi. »
S'il y avoit nulle part science d'astrologie, elle étoit là.
Le prophète dépite tous ceux qui s'en mêlent, disant que ce n'est point à eux de savoir les événements, comme ils en font profession. Il y a encore des mots plus exprès quand il parle à Babylone :
Tu t'es, dit-il, tourmentée en la multitude de tes conseils. Maintenant, que tes astrologues viennent en avant, qu'ils contemplent les cieux et épluchent les étoiles, pour voir s'ils jugeront de ce qui te doit advenir. Voici, ils seront comme paille, et le feu les consumera.
Les Chaldéens ont été les plus renommés en astrologie qui furent jamais, tellement que tous ceux qui se sont fourrés en cette curiosité ont emprunte leur nom d'iceux. Or, nous voyons comment Dieu les condamne et réprouve, et notamment prononce qu'on ne peut pas lire aux étoiles les mutations et ruines des principautés principautés et qu'il punira l'outrecuidance de ceux qui se sont ingérés de ce faire.
Voilà aussi pourquoi il dit par le même prophète qu'il dissipe les signes des devins et tourne les magiciens en fureur, qu'il détourne les sages au rebours et assotit leur science.
Il ne reprend pas la témérité de ceux qui sont mal fondés en l'art, mais il renverse leurs principes et maximes, à savoir, cette considération des étoiles, dont il parle en d'autres lieux.
Par quoi Daniel, voulant exposer au roi Nabucàdnezer un songe auquel tous les astrologues et devins de Chaldée n'avoient su mordre, il ne se fait point plus savant qu'eux en l'art, ni plus subtil, mais il met comme deux choses opposites leur science et la révélation de Dieu.
Les astrologues, dit-il, et devins ne t'ont pu déclarer le secret, car c'est Dieu qui est au Ciel, auquel il appartient de révéler les choses secrètes.
Bref, nous voyons que toute cette partie d'astrologie qui sert à divination, qu'on appelle judiciaire, non-seulement est tenue de Dieu pour vaine et inutile, mais est condamnée comme dérogeant à son honneur et entreprenant sûr sa majesté.
Pourtant, si nous voulons être de son peuple, écoutons ce qu'il nous dit en son prophète Jérémie, que nous ne soyons pas semblables aux païens, craignant les signes du ciel.
Je sais bien le subterfuge qu'amènent aucuns, qu'il ne faut pas craindre les astres comme s'ils avoieut domination sur nous, et toutefois qu'ils ne laissent point d'y avoir quelque supériorité subalterne sous la rnain et conduite de Dieu.
Mais il n'y a nul doute que le prophète ne nous veuille ramener à la providence de Dieu , et, pour ce faire, nous détourner de la vaine sollicitude en laquelle se tourmentent les païens, attendu qu'il parloit au peuple d'Israël, lequel étoit tenté de s'adonner à telles folies, à l'exemple des Chaldéens et Égyptiens.
Qu'on demande à nos généthliaques d'aujourd'hui, de quelle source est venu leur art, ils ne peuvent nier que Babylone n'en ait été là fontaine, et que ce qu'ils en tiennent sont comme petits ruisseaux découlés de là.
Puis donc que Dieu a une fois défendu à son peuple d'être semblable aux prédécesseurs et maîtres de ceux-ci, ferons-nous bien de leur ajouter foi, quand il n'y aurait aurait mal que celui-là, qu'en attribuant aux étoiles et à leur influence la cause de nos afflictions et prospérités, nous mettons comme des nuées devant nos yeux pour nous éloigner de la providence de Dieu ?
Déjà nous voyons que c'est une chose trop pernicieuse. Il y a puis après que les hommes vagant entre les étoiles, n'entrent plus en leur conscience pour examiner leur vie, connoissant qu'ils portent en eux la matière de tous maux, et que leurs péchés sont le bois pour allumer l'ire de Dieu dont proviennent les guerres, les famines, les mortalités, les grêles, les gelées et toutes choses semblables.
Pareillement, ceux qui attendent bonheur par la prédiction des astres, se reposant là-dessus, retire leur confiance de Dieu, et deviennent nonchalants à la requérir, comme s'ils avoient déjà gagné ce qu'ils prétendent.
Je n'ignore pas la réplique qu'ils ont pour caviller cela. Ils allèguent un dicton de Ptolomée, que les significations des astres ne sont point comme arrêts d'un parlement qui aient leur exécution prête, pource que Dieu est par-dessus. Mais quand tout est dit, ce n'est qu'une échappatoire ; car puisque tous les maux dont les étoiles nous menacent procèdent du cours de nature, il ne peut se faire que nous ne concevions une fantaisie que nos péchés donc n'en sont point cause.
Je laisse à part l'absurdité et contradiction qui est en leur dire, à savoir que l'ordre que Dieu aura mis pour être perpétuel sera changé par causes survenantes, comme si Dieu se contredisoit à soi-même.
Il me suffit que nous ayons l'intention du prophète, qui est d'opposer, ainsi que choses contraires, le regard qu'ont les païens aux astres, pour imaginer que leur condition et tout l'état de leur vie dépend de là, et la connoissance en laquelle se doivent reposer les fidèles, qu'ils sont en la main de Dieu, et qu'ils seront bénis de lui, le servant en bonne conscience, et que tous les maux qu'ils endurent sont autant de châtiments pour leurs péchés.
Il semble bien à nos généthliaques qu'ils ont une solution apparente, en disant que le prophète nomme les étoiles signes ; car de là ils concluent que leur office est de signifier. Et pour confirmation ils allèguent ce qui est dit au premier de Genèse, que Dieu les a créées à cette fin. Puisqu'ils font si grand sivé de ce mot de signes, que répondront-ils à ce qui est dit en Isaïe, que Dieu renverse les signes des devins ?
Il est bien certain qu'il parle là des astrologues.
Ainsi, quand je leur confesserai qu'ils peuvent bien avoir des signes, mais que Dieu les renverse, qu'auront-ils qu'auront-ils ? Au reste, c'est une cavillation trop impudente de dire que Jérémie confesse obliquement qu'il y ait signification aux astres quand il les nomme signes.
C'est une façon de parler assez commune, en reprenant les abus, d'user des mots accoutumés à ceux qu'on veut rédarguer.
L'Écriture appelle souvent les idoles dieux des païens. Si quelqu'un, sous ombre de ce nom, voûloit prouver que les idoles sont dieux, qui est-ce qui ne se moquerait de sa sottise ? Le prophète, en somme, admoneste le peuple de ne se point troubler ni fâcher de cette opinion des païens, que les étoiles signifient ceci ou cela ; comme aujourd'hui aujourd'hui ne pouvons reprendre cette erreur, sinon en disant qu'il ne se faut point amuser à telles significations.
Quant au texte de Moïse, ils le déchirent en le voulant étendre jusqu'à leur folle fantaisie. Dieu a ordonné les étoiles pour être en signes. Mais il faut noter de quoi. Or tout homme de sain jugement entend entend que Moïse a voulu toucher ce que j'ai déclairé ci-dessus ci-dessus l'usagé de la vraie astrologie.
Si les étoiles nous sont en signes pour nous montrer la saison de semer ou planter, de saigner saigner donner médecine, couper le bois, ce n'est pas à dire pourtant qu'elles nous soient signes pour savoir si nous devons vêtir une robe neuve, trafiquer en marchandise le lundi plutôt que le mardi, et choses semblables, qui n'ont nulle correspondance avec les astres.
Tout ainsi donc que nous confessons les signes naturels, aussi nous détestons la sorcellerie, que le diable a inventée par les devins. Par quoi c'est une calomnie trop impudente qu'ils nous imposent, de faire accroire que nous détruisons l'ordre que Dieu a établi, en ôtant aux astres la propriété de signifier, et même que nous condamnons une science tant belle et tant utile.
Toute cette couverture leur est ôtée en un mot, quand on distingue entre l'astrologie naturelle et cette bâtarde qu'ont forgée les magiciens.