TRAITÉ CONTRE L'ASTROLOGIE QU'ON APPELLE JUDICIAIRE

TRAITÉ OU AVERTISSEMENT CONTRE L'ASTROLOGIE QU'ON APPELLE JUDICIAIRE ET AUTRES CURIOSITÉS QUI RÉGNENT AUJOURD'HUI AU MONDE.

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Les oeuvres de Calvin en français :

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Je sais que de savoir le cours des astres, leur vertu et ce qui est de semblable, non-seulement apporte grande utilité aux hommes, mais incite à magnifier Dieu en cette sagesse admirable qui se montre là.

Car combien que les plus ignorants et idiots ne puissent lever les yeux au ciel sans avoir ample matière matière glorifier Dieu, toutefois ceux qui ont étudié pour comprendre les secrets de nature, qui ne sont point connus de tous, doivent être beaucoup plus incités à en faire leur devoir.

Mais c'est autre chose du droit usage et modéré, que de l'abus en excès. Si quelqu'un, en louant le vin, vouloit approuver l'ivrognerie, tout le monde ne s'élèveroit-il pas contre lui, pource qu'il seroit un méchant corrupteur des oeuvres de Dieu ?

Autant en font ceux qui empruntent ou plutôt dérobent le titre d'une bonne science et approuvée, pour colorer des rêveries toutes contraires à la vérité de la science qu'ils prétendent.

Et de fait, j'ai du commencement prévenu leur cautelle en protestant que non-seulement je ne veux rejeter l'art qui est tiré de l'ordre de nature, mais que je le prise et loue comme un don singulier de Dieu.

Suivant cela, quand les généthliaques voudront faire valoir leurs coquilles sous couleur que c'est une chose sainte et bonne que la considération des oeuvres de Dieu, que chacun soit averti de les amener au point, et ne se point laisser mener à travers champs par leurs ambages.

Ils en font tout ainsi que les alcumistes qui s'insinuent par longues préfaces de la tempérance tempérance éléments et de la convenance qu'ils ont entre eux, et choses semblables, qui sont vraies et fondées.en raison. Mais après avoir bien tourné à l'entour du pot, ils font en la fin leur pipée, et puis c'est tout.

Bref, puisque les cieux nous doivent raconter raconter louange de Dieu, et le firmament nous doit être un miroir de sa vertu et sagesse infinie, apprenons, pour en bien faire nôtre profit, de ne point extra vaguer en des imaginations qui nous éloignent de lui.

Mais nos mathématiciens répliquent que Joseph, Moïse et Daniel ont été enseignés en l'école des Égyptiens et Chaldéens, et que cela est récité d'eux en leur louange, et non pas comme vicieux ou mauvais.

Je réponds, quant à Joseph, qu'il fait bien le semblant d'être devin, mais que ce n'est que feintise, comme chacun voit, pour le temps qu'il se veut déguiser à ses frères. Au reste, quand il prédit la famine d'Egypte, en trouve-t-il la conjecture aux astres ? Tout au contraire, il le tient de révélation miraculeuse.

Voilà les Égyptiens qui ont sondé jusqu'au plus profond du ciel pour savoir deviner tout ce qui est signifié par les astres. Néanmoins, ils ne connoissent rien de cette famine, et en eussent été surpris devant que d'y avoir pensé.

Dieu en avertit Pharaon par songe, Joseph lui en déclare ce qui lui est révélé de Dieu. En tout cela, y a-t-il rien qui favorise à ceux qui en font un bouclier ? Quant est de Moïse, il est bien dit qu'il étoit instruit en toute la sagesse des Égyptiens ; mais cela s'entend-il des superstitions ? Or, entre les pires superstitions qu'ils eussent, je mets cette curiosité de vouloir deviner par les astres.

Pour ôter tout doute, qu'on regarde si Moïse s'est jamais aidé de cette science en toutes ses entreprises. Quand il dut retirer le peuple de captivité, à savoir s'il prit les astres pour sa conduite ? Pareillement, quant-il passa la mer Rouge ?

Finalement, en tout ce que Dieu a fait par sa main, s'est-il jamais guidé par cette science ? Il s'est toujours réglé selon la bouche de Dieu, regardant regardant promesse pour le temps de la rédemption, et n'attentant rien, sinon suivant ce qui lui étoit révélé.

Daniel a bien été instruit dans l'art des Chaldéens. Mais nous ne voyons point qu'il ait appété de savoir plus que l'astrologie naturelle; et, sans en tenir tenir long propos, il n'y a nul doute que Dieu, en parlant tant de fois des devins, n'ait voulu expressément condamner la superstition tant d'Egypte que de Chaldée, dont le peuple d'Israël pouvait être corrompu.

Ainsi, quand les généthliaques, pour honorer leur science, mettent en avant cette ancienneté, voici tout ce qu'ils gagnent, qu'on sait que c'est une curiosité que Dieu réprouve, et laquelle il a étroitement défendue à son Église.

Tant y a qu'ils font grande injure aux saints patriarches, lesquels ils veulent, à fausses enseignes, tirer en leur bandé. Ils s'aident aussi de la sentence de notre Seigneur Jésus, disant disant y aura des signes au ciel pour annoncer le jour de sa venue dernière ; mais ils en parlent comme clercs d'armes.

Vrai est qu'il leur est à pardonner, vu que ce n'est pas leur gibier que de la sainte Écriture. Oui bien, s'ils s'abstenoient de la polluer, en la dépravant ainsi qu'ils font.

Or, tant s'en faut que ce passage leur favorise, que nous le pouvons retourner contre eux. Car notre Seigneur Jésus ne parle point là de quelque constellation procédant du cours de la nature, mais plutôt d'une chose extraordinaire qui n'a rien de semblable ni de commun avec.

Et même les prophètes, voulant exprimer combien l'ire de Dieu sera épouvantable,, usent de telles façons de parler, que le soleil sera obscurci, et la lune ne rendra plus sa clarté. Il est certain que cela n'est pas advenu à l'oeil toutes fois et qualités que Dieu a puni son Église.

Si est-ce qu'en ce dernier jour, lequel nous doit amener la perfection de toutes choses, il y aura signes visibles, tant pour avertir les fidèles, que pour rendre les incrédules plus inexcusables.

Quoi qu'il en soit, ce point nous doit être comme vidé, que les signes dont il est là fait mention ne se peuvent comprendre par le cours ni regard des étoiles, vu que Dieu les doit envoyer propres et particuliers pour cela ; et outre plus qu'ils emporteront changement de cet ordre commun sur lequel les généthliaques font semblant d'être fondés.

Aulant en faut-il dire de l'étoile qui apparut aux philosophes philosophes vinrent des quartiers d'Orient, et c'est une grande moquerie d'attribuer à l'ordre de nature ce que l'Écriture récite pour miraculeux.

Diront-ils que, selon leur science, uae étoile se lève tirant son chemin vers Judée, puis droit en Jérusalem; que là elle s'évanouisse , que tantôt après elle se montre derechef, qu'elle tende en Bethléem et qu'elle s'arrête sur une maison pour la marquer ? qui plus est, qu'elle chemine par compas, selon que les hommes qu'elle guide peuvent marcher ?

Quand ils auront bien épluché les cieux, ils n'y trouveront que les étoiles fichées au firmament ou les planètes. Il faut bien donc que ceci soit par-dessus nature, et par conséquent par-dessus l'art d'astrologie.

Maintenant, quel propos y a-t-il de tirer un privilège singulier à une loi générale ? Qui est-ce qui ne verra leur impudence pour s'en moquer, quand ils arguent en cette-façon ?

Dieu a dressé une étoile par miracle pour conduire les philosophes qui dévoient adorer son Fils, et lui a donné un cours propre pour leur voyage, qui n'étoit conforme ni au mouvement uni ni du ciel ni à celui des planètes.

Il s'ensuit donc que les astres déclarent quelle sera la condition et fortune de chacun de nous et que par leur influence toute notre vie est gouvernée. Il ne faut point grande subtilité pour rédarguer une telle bêtise ; et quand il n'y aurait que cela, on voit combien les fondements sur lesquels ils s'appuient sont fermes.

Mais encore afin que chacun chacun mieux, l'impiété qui est ici cachée comme le venin en la queue d'un serpent, il est bon qu'on soit averti qu'ils ne font nul scrupule d'assujettir toute la chrétienté aux étoiles, autant que les corps humains.

Car ils entreprennent de rendre raison pourquoi Mahomet avec son Alcoran a plus grande vogue que Jésus-Christ avec son Évangile, d'autant qu'il y a regard des astres plus bénin pour l'un que pour l'autre. Quelle abomination que cela !

L'Évangile est le sceptre de Dieu par lequel il règne sur nous, c'est la vertu de son bras, qu'il déploie, comme, dit saint Paul; en salut à tous croyants ; c'est sa vérité immuable, sous laquelle tous les anges de paradis se doivent humilier. Le Saint-Esprit est celui qui la fait profiter en lui donnant vigueur et lui donne victoire par-dessus toute contradiction et des diables et du monde.

Ces fantastiques disent que quelque bout d'un signe du zodiaque le met en crédit. Au contraire, la secte de Mahomet, comme l'Écriture nous enseigne, est une juste vengeance de Dieu pour punir l'ingratitude du monde; et ils veulent faire accroire qu'elle est avancée par la disposition des étoiles.

Bref, on peut voir que tous ceux qui maintiennent telles rêveries ne savent que c'est de Dieu, ni de religion, non plus que bêtes.

Pour faire leur profit de tout, comme font gens affamés, ils nous objectent les éclipses et comètes, et disent que s'ils emportent quelque signification, on en peut bien autant juger de tous les astres.

Je réponds, quant aux éclipses, que si elles sont naturelles, elles n'emportent nulle signification, si ce n'est de ce qu'elles peuvent engendrer comme pluie, ou vent, ou tourbillon, ou telles choses, suivant ce que nous en avons devisé ci-dessus.

Mais qu'on puisse par icelles deviner de ce qui doit advenir aux royaumes et principautés, ou aux hommes particuliers, c'est à faire aux idiots de le penser. Même nous lisons qu'il a fallu quelquefois qu'un homme savant en astrologie annonçât à l'armée romaine l'éclipse de lune qui se devoit faire, à ce que les soldats, qui étoient gens ignorants quant à cela, n'en fussent point troublés comme de quelque mauvais présage.

Nous voyons donc que la vraie astrologie ôte la superstition que ces rêveurs veulent remettre dessus. Quant aux éclipses miraculeuses, comme celle qui advint à la mort de notre Seigneur Jésus, je ne nie point qu'il n'y ait signification ; mais tant s'en faut que cela serve à nos devins, que plutôt c'est pour leur rabaisser le caquet.

Que s'il faut qu'il y ait miracle, extraordinaire pour signifier, comment trouveront-ils telle propriété et vertu en l'ordre commun ?

Il en est quasi autant des comètes, combien que non pas du tout. Tant y a que ce sont inflammations qui se procréent, non point à terme préfix, ains selon qu'il plaît à Dieu.

En cela déjà on voit combien combien comètes diffèrent des étoiles, vu qu'elles se procréent de causes survenantes. Et néanmoins je n'accorde pas que leurs prédictions soient certaines, comme aussi l'expérience le montre.

Car si une comète est apparue, et que tantôt après un prince meure, on dira qu'elle l'est venue ajourner. S'il ne s'ensuit nulle mort notable, on la laisse passer sans mot dire.

Cependant je ne nie pas, lorsque Dieu veut étendre sa main pour faire quelque jugement digne de mémoire au monde, qu'il ne nous avertisse quelquefois par les comètes ; mais cela ne sert de rien pour attacher les hommes et leur condition à une influence perpétuelle du ciel.