Je vois déjà gronder ceux-ci, et murmurer que j'ai forgé cette glose de mon cerveau, et qu'ils ne sont point sujets à telles lois.
Je ne les assujettirai donc à mes lois, mais je leur ferai seulement cette demande : Les esprits enfermés en prison, ne sont-ce point esprits ? Ce qui est dit par ce même apôtre est encore plus clair.
Pour ce aussi l'Évangile a été prêché aux morts, afin qu'ils soient jugés en chair selon les hommes, mais qu'ils vivent d'esprit selon Dieu. On voit qu'il livre la chair à la mort, et maintient l'esprit en vie.
Car puisqu'il y a relation entre la mort et la vie, il est évident que l'un meurt, à savoir la chair, et l'autre est vivant, à savoir l'esprit.
Nous apprenons ceci même de Salomon, lequel, décrivant la mort de l'homme, sépare de longue distance l'àme du corps, quand il dit : Jusques à ce que la poudre retourne en la terre dont elle était, et l'esprit retourne à Dieu qui l'a donné. »
Je sais bien que cet argument ne les émeut pas beaucoup, d'autant qu'ils disent que la vie retourne à Dieu qui est la fontaine de vie, et par ce moyen elle n'est plus rien. Mais les paroles mêmes crient qu'on leur fait violence, en sorte qu'il n'est jà métier de réfuter cette belle subtilité, qui ne mérite pas d'être lue ni ouïe.
Il reste que ceci, selon eux, signifie que les âmes retournent à la fontaine de leur vie par songe, et il y a une sentence en Esdras qui est correspondante à cette-ci. Je ne leur mettrois point en avant cet auteur, sinon qu'ils en fissent leur bouclier.
Voici donc que dit leur Esdras : « La terre rendra les choses qui dorment en icelle, et lesquelles y habitent en silence, et les charniers rendront les âmes qui y ont été mises.
Par les charniers, ils entendent la providence de Dieu, et par les âmes les pensées. Ce sont leurs belles gloses, que le livre de vie présente les pensées devant la face de Dieu. On voit bien qu'il n'y a autre raison qui leur fasse dire cela, sinon qu'ils n'ont rien de meilleur pour dire, comme ainsi soit qu'ils auraient honte de se taire.
Que si on vouloit entortiller les saintes Ecritures en cette façon, il séroit facile de pervertir toutes choses. Combien que j'aie beaucoup d'autres choses pour leur mettre en avant, nonobstant je ne produirai rien ici du mien, vu que l'auteur même se défend de calomnie, car il avoit dit un bien peu auparavant : « Les âmes des justes n'ont elles pas interrogé de ces choses en leurs charniers, disant : O Seigneur, jusques à quand espérons-nous ainsi ? quand viendra le fruit de l'aire de notre loyer ?
Qui sont ces âmes qui interrogent interrogent espèrent ? Il faut qu'ils fouissent ici une autre mine, s'ils veulent échapper.
Venons maintenant à l'histoire du riche et de Lazare, l'un desquels, à savoir Lazare, après avoir passé les fâcheries et travaux de cette vie mortelle, a été porté finalement au sein d'Abraham, et le riche est tombé aux tourments.
L'un est tourmenté, l'autre reçoit consolation. I| y a un grand abîme entre les joies de l'un et les grièves oppressions de l'autre.
Sont-ceci des songes ou fables ? Toutefois, afin qu'ils aient quelque échappatoire, ils font de cette histoire une parabole, et disent que ce n'est qu'une fiction de tout ce que la vérité parle d'Abraham, de ce riche glouton et de Lazare.
C'est ainsi qu'ils honorent Dieu et sa parole.
Mais je leur demande un peu qu'ils produisent encore un seul autre exemple en toute l'Ecriture, où en une parabole quelqu'un soit appelé par son nom. Je vous prie, que signifient ces paroles-ci : « Il y avoit un pauvre nommé Lazare », etc. ?
Ou il faut que la parole de Dieu soit mensongère, ou que ce soit ci une vraie narration.
Les anciens docteurs aussi ont bien pris garde à cela, car saint Ambroise dit que c'est plutôt un récit qu'une parabole, pource qu'il y a un nom ajouté ; saint Grégoire est de cette même opinion.
Tertullien, Irénée, Origène, saint Cyprien et saint Jérôme le prennent comme histoire, entre lesquels Tertullien pense qu'en la personne du riche est signifié Hérode, et en la personne de Lazare, Jean-Baptiste.
Et quant à Irénée, voici ce qu'il dit : Ce qui nous est récité du riche et du Lazare par le Seigneur, n'est point une fable ; et Cyrille répondant aux ariens, qui de ce passage faisaient un bouclier pour réfuter la divinité de Christ, ne repousse point cela comme une parabole, mais l'interprète comme histoire.
Ceci est encore plus digne de moquerie, que, pour faire valoir leur erreur, ils prétendent le nom de saint Augustin, et pour le caviller, disent qu'il a consenti à cette opinion.
Je pense que c'est pource qu'il a dit en quelque lieu qu'il falloit par Lazare entendre Jésus-Christ, et les pharisiens par le riche : et toutefois il ne signifie autre chose, sinon que ce récit est transféré en parabole si la personne de Lazare est attribuée à Jésus-Christ, et celle du riche aux pharisiens.
C'est ainsi qu'ont accoutumé de faire ceux qui ont conçu quelque opinion, et puis se transportent de toute impétuosité après icelle. Quand ils voient qu'ils n'ont rien de ferme sur quoi ils se puissent appuyer, il n'y aura si petit point de lettre qu'ils n'empoignent à tort et à travers pour faire leur profit.
Nonobstant, à cette fin qu'ils ne grondent encore, saint Augustin même proteste ailleurs qu'il reçoit cela pour une histoire.
Qu'ils s'en aillent maintenant et vendent leurs coquilles en plein midi, et toutefois ils ne pourront fuir qu'ils ne tombent toujours dedans de mêmes filets.
Car quand nous leur accorderions que ce fût une parabole (ce qu'ils ne pourront nullement obtenir), que pourront-ils montrer, sinon que c'est une comparaison qui ne peut être sans quelque vérité ?
Que si ces grands théologiens ne savent point cela, qu'ils l'apprennent des rudiments des grammairiens, et ils trouveront que parabole, c'est une similitude prise de la vérité.
Ainsi, quand ont oit dire qu'un homme eut deux fils auxquels il divisa leurs portions, il faut qu'il y ait un homme, des fils, un héritage, et partage de portions.
Davantage, la parabole a toujours ceci, que premièrement nous concevons le fait nu ; comme il est proposé ; puis après de cette conception, nous sommes amenés à la fin de la parabole, c'est-à-dire au fait même auquel la similitude est accommodée.
Qu'ils ensuivent en ceci Chrysostôme comme, leur patron. Il est bien vrai qu'icelui a pensé que c'était une parabole, et nonobstant il en tire souvent la vérité ; comme quand il prouve de cela que les âmes des morts sont en certains lieux, il montre combien le feu de la géhenne est horrible, et quel danger il y a es délices.
Afin qu'il ne me faille ici perdre beaucoup de paroles, qu'ils recourent au sens commun (voire s'ils en ont aucun), et ils connoîtront facilement quelle est là vertu et raison de la vérité.
Et pource que nous voulons être satisfait à tout, en tant qu'en nous est, nous traiterons ici quelque chose du repos des âmes qui sont séparées des corps en certaine foi des promesses de Dieu ; et certes les saintes Ecritures ne nous veulent signifier autre chose, par le sein d'Abraham, que ce repos.
En premier lieu, nous appelons repos ce que ces beaux théologastres appellent somne. Cependant nous ne rejetons point le mot de somne, sinon d'autant qu'il a été fort corrompu et presque pollu par leurs mensonges.
Outre plus, par le repos nous n'entendons pas une paresse ou endormition, ou quelque autre chose semblable, comme ils l'attribuent à l'àme ; mais une tranquillité et bonne assurance de conscience, laquelle, combien qu'elle soit toujours conjointe avec la foi, néanmoins n'est jamais entière ou du tout parfaite, sinon après la mort.
L'Église oit bien les bénédictions des justes et fidèles de la bouche de Dieu, étant encore comme étrangère en cette terre basse, à savoir : « Mon peuple cheminera en la beauté du repos, et habitera en habitation paisible es tabernacles de sûreté et en paix abondante » ; et derechef, rendant grâces, elle chante au Seigneur, le bénissant : « O Seigneur, donne-nous la paix, car tu nous fais aussi toutes nos oeuvres. »
Les fidèles ayant reçu l'Evangile ont cette paix quand ils voient que Dieu leur est père bénin, lequel auparavant ils pensoient être juge ; qu'eu lieu d'enfants d'ire ils se voient être enfants de grâce ; que les entrailles de la miséricorde de Dieu sont épandues sur eux, en sorte qu'ils n'attendent point autre chose de Dieu que bonté et mansuétude.
Toutefois, est ce que la vie des hommes est une guerre sur la terre, il faut que ceux qui sentent et les aiguillons de péché et les reliques de la chair, aient oppression en ce monde et consolation en Dieu, et en cette façon leur esprit ne sera pas bien paisible ni sans trouble.
Mais quand ils auront dépouillé la chair et la concupiscence (lesquelles comme ennemis domestiques troublent leur paix et repos ), lors finalement ils se reposent, et résident avec Dieu ; car le prophète parle ainsi :
« Le juste est péri, et n'y a nul qui y pense en son coeur, et les hommes miséricordieux et bénins ont pris fin sans qu'on y entende. Ainsi le juste est réduit arrière du mal. Que la paix vienne, qu'il repose en sa couche, celui qui a cheminé en son adresse. »
N'appelle t-il pas la paix ceux auxquels la paix avoit été domestique ? Mais pource qu'ils avoient eu paix avec Dieu et guerre contre le monde, il les amène au souverain degré de la paix.
Et pourtant Ezechiel et saint Jean voulant faire description du trône de la gloire de Dieu, l'environnent de l'arc céleste que nous savons être un signe de l'alliance faite par le Seigneur avec les hommes ; ce que saint Jean même a enseigné plus clairement en un autre passage, disant : "Bienheureux sont les morts qui meurent au Seigneur ; certes l'esprit dit que ils se reposent de leurs labeurs, "
C'est donc ci le sein d'Abraham, car c'est lui qui a reçu d'un courage si prompt la bénédiction promise en sa semence, qu'il n'a point douté que la parole de Dieu ne fût vertu et vérité ; et comme si Dieu eût déjà accompli par oeuvre ce qu'il avoit promis, il a attendu cette semence bénite d'aussi certaine foi que s'il l'eût touchée des mains et sentie de tous les sens, tant de son esprit que de son corps.
Ainsi, notre Seigneur Jésus-Christ lui rend témoignage qu'il a vu son jour et s'en est éjoui.
Voilà quelle est la paix ou repos d'Abraham, et le somne, moyennant que ce mot honnête ne soit pollu par la bouche infectée de ces dormeurs.
Car quelle, plus grande douceur peut avoir la conscience où elle se puisse assurément reposer, que cette paix, laquelle lui ouvre et déploie les trésors de la grâce céleste, et enivre de la grande douceur de la coupe du Seigneur ?
Mais quoi ! ô messieurs les dormeurs, quand vous oyez ce mot enivrer, ne pensez-vous pas à votre étourdissement, à la pesanteur de tête et à votre somne lourd et charnel ? car telles fâcheries viennent après l'ivrognerie.
Selon que vous êtes grossiers, et lourds, vous l'entendez ainsi. Mais ceux qui sont enseignés de Dieu entendent que par tel usage de parler, le somne est appelé tranquillité de conscience, laquelle le Seigneur donne aux siens en la maison de paix ; par lequel usage aussi l'ivrognerie est appelée affluence, de laquelle le Seigneur rassasie les siens en la maison d'abondance.
Si Abraham a possédé la paix étant encore au milieu des courses des ennemis, des travaux, des dangers, voire portant en soi un ennemi domestique, à savoir sa propre chair, qui est la chose la plus pernicieuse de toutes, quelle pensons-nous avoir été sa paix, au prix, quand il a été hors des coups de ses ennemis ?
Qui est-ce qui s'ébahira maintenant pourquoi il est dit que les élus de Dieu reposent au sein d'Abraham, lesquels sont passés de cette vie à leur Dieu, à savoir pource qu'ils sont reçus au siège de la paix avec Abraham qui est le père des fidèles, où ils jouissent jouissent Dieu à plaisir, et sans aucune fâcherie ?
Par quoi ce n'est point sans cause que saint Augustin dit en quelque passage : « Tout ainsi que nous appelons la fin des bienheureux vie éternelle, aussi la pourrions-nous appeler paix; car celui qui ne peut rien donner meilleur ou plus grand que soi-même, qui est le Dieu de paix, ne peut rien donner meilleur qu'icelle. »
Quand donc il sera parlé ci-après du sein d'Abraham, qu'ils ne transfèrent point ceci à leur somne, car la vérité de l'Écriture rédargue leur vanité et la rend convaincue.
Ce repos, dis-je, c'est la Jérusalem céleste, c'est-à-dire vision de paix, en laquelle le Dieu de paix se donne à voir à ses pacifiques, selon la promesse faite par Jésus-Christ.
Or, toutes fois et quantes que le Saint-Esprit fait mention de cette paix es saintes Écritures, il use si familièrement de la figure de dormir et de reposer, qu'il n'y a rien qu'on trouve plus souvent, « Tes fidèles s'égayeront, s'égayeront, David, et s'éjouiront en leurs couches. »
Item : « Tes morts vivront, tes occis ressusciteront. Réveillez-vous et louez, habitateurs de la poudre ; car la rosée des prés est ta rosée, et tireras la terre des puissants en ruine. Va, mon peuple, entre en tes tabernacles, ferme tes huis sur toi, sois caché pour un peu , jusques à tant que l'indignation se passe. »
Il y a ceci davantage, que la langue hébraïque usurpe ce mot pour signifier toute sûreté et fiance. Item, David dit : « Je me coucherai, et ensemble dormirai en paix. »
Et le prophète : « Je ferai alliance en ce jour-là avec la bête des champs, et avec l'oiseau du ciel, et avec le reptile de la terre ; je briserai de la terre l'arc et le glaive et la guerre, et les ferai dormir sans étonnement, »
Et Moïse dit : « Je donnerai la paix en vos limites limites et n'y aura nul qui vous étonne. »
Et au livre de Job : « Tu auras confiance, pource qu'il y a espérance. Tu caveras la fosse, et dormiras sûrement ; tu te reposeras, et n'y aura personne qui t'épouvante, et plusieurs requerront ta face, »
Ainsi donc les âmes des vivants dorment et ont paix, lesquelles se reposent en la parole du Seigneur, et ne désirent point d'aller outre la volonté de leur Dieu, mais étant prêtes de suivre où icelui appellera, elles se contiennent sous sa main et conduite ; ce qui leur est commandé. « Si sa vérité retarde, attends-la. »
Item : « Votre force sera en espérance et silence. » Or, comme ainsi soit qu'elles désirent quelque chose qu'elles ne voient point et attendent quelque chose qu'elles n'ont point, il appert que leur paix est imparfaite.
D'autre part, vu qu'elles attendent en certitude ce qu'elles attendent, et qu'elles désirent par foi ce qu'elles désirent, il est tout évident que leur désir est paisible. La mort augmente et avance en mieux cette paix, laquelle mène les fidèles au lieu de paix, les ayant délivrés de la guerre de ce monde, et comme cassés ; et là ayant les yeux et le coeur du tout fichés eu Dieu, ils n'ont rien de plus heureux ni meilleur où ils puissent regarder ou mettre leur désir.
Toutefois, quelque chose leur défaut encore de ce qu'ils désirent de voir, à savoir la souveraine et parfaite gloire de Dieu, à laquelle ils aspirent toujours ; et combien qu'il n'y ait aucune impatience en leur désir, néanmoins leur repos n'est pas encore parfaitement accompli.
Car on peut bien dire de celui qui est là où il appète d'être, qu'il est en repos, et la mesure de son désir n'a point de fin, jusques à ce qu'il soit parvenu où il tendoit.
Or, si les yeux des élus visent à la gloire souveraine et parfaite de Dieu comme à leur but, leur désir est toujours en chemin et en course, jusques à tant que la gloire de Dieu soit accomplie, à laquelle le grand jour du jugement apportera accomplissement. Lors sera vrai ce qui est dit : « Je serai rassasié quand je serai réveillé par le regard de ta face. » Or, afin que nous laissions là les réprouvés , comme on ne se doit pas beaucoup soucier de tout ce qui leur peut advenir, je voudrais qu'ils me répondissent en bonne foi d'où c'est qu'ils ont espérance de ressusciter, sinon pource que Jésus-Christ est ressuscité.
Car il est le premier-né des morts, et les prémices de ceux qui ressuscitent. Tout ainsi qu'il est mort et est ressuscité, aussi nous mourrons et ressusciterons en lui.
Car, s'il a fallu que par la mort il ait vaincu la mort, à laquelle nous étions destinés, il est bien certain qu'il est mort de même comme nous mourons, et a souffert en la mort de même que nous souffrons.
La vérité de l'Écriture nous rend ceci manifeste quand elle l'appelle le premier-né des morts, et les prémices de ceux qui ressuscitent ; et elle nous a ainsi enseignés, afin que les fidèles le reconnoissent comme leur conducteur au milieu de la mort, et quand ils regardent leur mort sanctifiée par la mort d'icelui, qu'ils ne craignent point aucune malédiction d'icelle : ce que saint Paul signifie quand il dit qu'il est fait conforme à la mort d'icelui, jusques à ce qu'il parvienne à la résurrection des morts.
Car il poursuivoit cette conformité commencée en ce monde par la croix, jusques à ce qu'il l'accomplît par la mort.
Maintenant, ô messieurs les dormeurs, retournez un peu à vous-mêmes, et pensez en vous comment Jésus-Christ est mort.
Dormoit-il lors, à votre avis, quand il veilloit pour votre salut ? Il ne parle pas ainsi de soi-même : " Comme le Père a la vie en soi-même, dit-il, aussi a-t-il donné au Fils d'avoir la vie en soi-même, "
Celui qui a la vertu de la vie en soi, comment la perdroit-il ? Et qu'ils ne me répondent point que ceci appartient à la divinité ; car s'il est donné à celui qui n'a point, il a donc été donné à l'humanité, et non point à la divinité d'avoir la vie en soi.
Car, comme ainsi soit que Jésus-Christ est fils de Dieu et de l'homme, ce qu'il est de nature comme Dieu, il est de grâce comme homme, afin qu'ainsi nous puisions tous de sa plénitude, et grâce pour grâce.
Quand les hommes orront que la vie est par devers Dieu, quelle espérance concevront-ils de cela, vu qu'ils savent bien aussi que leurs péchés mettent une nuée entre Dieu et eux ?
Mais voici la seule vraie et grande consolation, que le Père a oint son Christ d'huile de liesse par-dessus ses compagnons, que Jésus-Christ, comme homme, a reçu de son Père des dons es hommes, afin que nous puissions trouver la vie en notre nature.
Pour cette raison, nous lisons que la tourbe a glorifié Dieu après que l'enfant fut ressuscité, d'autant qu'il avoit donné une telle puissance aux hommes.
Cyrille a bien connu cela, lequel consent avec nous en l'explication de ce passage. Or, quand nous disons que Jésus-Christ a la vie en soi-même en tant qu'il est homme, nous ne disons pas qu'il soit cause de vie à soi-même, mais seulement ceci, que le Père céleste a épandu toute plénitude de vie en l'humanité de son fils Jésus-Christ ; ce qu'on peut bien donner à entendre par une similitude familière.
Il sera dit d'une fontaine de laquelle tous puisent, de laquelle laquelle ruisseaux sortent et découlent, qu'elle a l'eau en soi-même ; et toutefois cela ne vient point d'icelle, ains de la source, laquelle lui administre assidûment ce qui peut suffire pour les ruisseaux coulants, et pour les hommes qui en puisent.
Jésus-Christ donc a la vie en soi-même, c'est-à-dire plénitude de vie, de laquelle il vit et vivifie les siens ; et toutefois il ne l'a point de soi, comme il testifie ailleurs, qu'il vit à cause de son Père.
Et comme ainsi soit que comme Dieu il eût la vie en soi, quand il a pris la nature humaine , il a reçu ce don de son Père, à ce qu'en cette partie même il eût la vie en soi-même.
Ceci nous rend très-certains que Jésus-Christ n'a pu être éteint par la mort, voire même selon son humanité; et combien qu'il ait été vraiment et naturellement livré à la mort même de laquelle nous.mourons tous, néanmoins il a toujours retenu ce don du Père.
Ç'a été une vraie mort, une vraie séparation du corps et de l'àme. Toutefois l'àme n'a jamais perdu sa vie, laquelle étant recommandée au Père, ne pouvoit autrement qu'elle ne fût sauvée.
C'est ce que signifient les paroles de la prédication de saint Pierre, par lesquelles il afferme qu'il étoit impossible que Jésus fût détenu des douleurs de la mort, afin que l'Écriture fût accomplie, disant : « Tu ne lairras mon âme au sépulcre, et ne permettras que ton Saint voie corruption " ; en laquelle prophétie, encore que nous accordions que l'àme soit prise pour la vie, Jésus-Christ demande deux choses ; et les attend de son Père, ou qu'il ne laisse point sa vie en perdition, ou qu'il ne permette qu'il vienne en corruption, ce qui a été accompli ; car son âme a été soutenue d'une vertu divine à ce qu'elle ne tombât en perdition, et son corps a été contregardé au sépulcre à ce qu'il ressuscitât.
Saint Pierre a compris compris ces choses en un mot, quand il a dit que Christ n'a pu être détenu de la mort, c'est-à-dire qu'il n'a pu succomber sous la domination de la mort, ni venir sous la puissance de la mort, ou être surpris de la mort.
Or, quant à ce que saint Pierre, en cette prédication, laisse la dispute de l'àme et poursuit seulement l'incorruption du corps, il le fait afin qu'il rende les Juifs convaincus de leur propre témoignage témoignage cette prophétie n'appartient point à David, le sépulcre duquel étoit entre eux, et savoient bien que son corps étoit tombé en pourriture, et cependant ne pouvoient nier la résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ.
Il nous a donné aussi un autre argument de l'immortalité de son àme, constituant Jonas pour figure de sa mort, en ce qu'il a été trois jours dedans le ventre de la baleine ; car, il devoit semblablement être trois jours et trois nuits dedans le ventre de la terre.
Or Jonas cria au Seigneur du ventre du poisson, et fut exaucé. Ce ventre est la mort, son âme donc a été sauvée au milieu de la mort, selon qu'il a pu crier au Seigneur. Isaac aussi, qui a été figure du Seigneur Jésus, et ayant été délivré de la mort, a été rendu à son père, nous ouvre la vérité en figure par une forme de résurrection, comme témoigne l'Apôtre aux Hébreux.
Car après qu'il fut mis sur l'autel comme une hostie ou sacrifice apprêté et lié sur icelui, il a été puis après délié par le commandement du Seigneur, et le mouton qui étoit retenu par les cornes au buisson fut mis en la place d'Isaac.
Or, que signifie cela qu'Isaac ne meurt point, sinon d'autant que le Fils de Dieu a rendu immortel ce qui est propre à l'homme, à savoir l'àme; et le mouton, qui est un animal sans raison, qui fut mis en la place d'icelui, c'est le corps ; et quant à ce qu'Isaac est attaché, cela représente l'àme, laquelle a montré apparence d'un mourant en la mort de Jésus-Christ, et montre encore ordinairement en la mort commune et vulgaire des hommes, où toutes choses semblent être péries selon l'opinion dés hommes ; et toutefois l'àme de Jésus-Christ a été mise hors des liens, et les nôtres aussi sont déliées avant qu'elles viennent à périr.
Maintenant, que quelqu'un de vous autres, ô messieurs les dormeurs, dépouille dépouille honte, et propose que la mort de notre Seigneur Jésus a été un songe ; ou bien, qu'il se retire du tout du parti de l'hérétique Appollinaire.
Ce bon Seigneur Jésus voirement veilloit, quand d'une si bonne volonté il s'employoit pour votre salut ; mais vous dormez votre somne, et étant opprimés des ténèbres et obscurités d'aveuglement, ne pouvez ouïr ceux qui font le guet.
Outre plus, non-seulement ceci nous console, que le Fils de Dieu, notre chef, n'est point péri au milieu des ombres de la mort, mais avec cette assurance aussi il y a sa résurrection, par laquelle il s'est constitué Seigneur sur la mort, et nous a élevés par-dessus la mort ; je dis nous tous qui avons part en lui : en sorte que saint Paul n'a point fait de difficulté de dire que « notre vie est cachée avec Christ en Dieu. »
Et ailleurs : « Ainsi je vis, non point maintenant moi, mais Christ vit en moi. »
Que réste-t-il, sinon qu'à pleine bouche ils crient que Jésus-Christ dort, et est du tout oisif es âmes dormantes ? Car, si Jésus-Christ est celui qui a vécu en eux, c'est celui-là même qui meurt en eux.
Si la vie de Jésus-Christ est nôtre, celui qui veut que notre vie finisse par mort, il faut qu'il arrache le Fils de Dieu de la dextre glorieuse glorieuse Père, et qu'il le jette dedans une seconde mort.
Or, si icelui peut mourir, la mort certaine nous suit; mais si sa vie n'a nulle fin, nos âmes qui lui sont insérées ne peuvent finir non plus par aucune mort. Mais encore, quel besoin étoit-il de nous travailler ?
Ses paroles sont-elles obscures quand il dit : « Pour ce que je vis, vous vivrez aussi ? »
Or, si nous vivons pour ce qu'il vit, il faut donc dire que , si nous mourons, lui ne vivra plus. Sa promesse est-elle obscure quand il dit que « celui qui sera conjoint avec lui par foi, demeurera en lui, et lui en icelui ? »
Arrachons donc du Fils de Dieu ses membres, si nous voulons arracher et ôter la vie aux membres. C'est ci notre confession, laquelle nous avons bien munie de ses armes, à savoir,, que nous sommes voirement tous morts en Adam, mais nous vivons en Jésus-Christ.
Saint Paul traite ces choses d'un style magnifique magnifique l'Êpitre aux Romains, à savoir, que si l'esprit du Seigneur qui habite en nous, le-corps voirement est mort à cause du péché, mais l'esprit est vie à cause de la justification.
Il appelle le corps la masse du péché, laquelle, depuis la naissance de la chair, réside en l'homme ; et l'esprit, la partie de l'homme spirituellement régénérée.
Par quoi, comme ainsi soit qu'un peu auparavant il lamentât sa misère, à cause des reliques du péché, lesquelles résidoient en lui, il ne désirait point simplement être ôté de ce monde et n'être rien, afin qu'il échappât de cette grande misère ; mais aussi, d'être délivré du corps de mort ; c'est-à-dire, que la masse du péché fût abolie en lui, à cette fin que l'esprit, étant purgé, eût paix avec Dieu ; déclarant ouvertement par cela même que la meilleure partie de soi était détenue captive par les liens de son corps, et qu'elle en serait délivrée par la mort.