Saint Paul nous avertit d'une, chose bien nécessaire, à laquelle bien peu de gens prennent garde ; c'est que ceux qui ne tiennent compte de cheminer en bonne conscience, se détournent et s'égarent de la foi.
Car il signifie que ceux qui polluent leurs consciences en s'abandonnant à mal, ne sont pas dignes d'être maintenus en là pure connoissance de Dieu, mais plutôt méritent d'être aveuglés pour être séduits par diverses erreurs et c'est merveille que nous y pensons si peu, vu que tous les jours nous en avons tant d'expériences devant nos yeux.
Il est certain que Dieu n'ôte jamais sa vérité à ceux auxquels auxquels en a donné quelque goût, sinon d'autant qu'ils l'ont mal reçue, et même en ont abusé ou en une folle ambition, ou à autres affections charnelles.
De fait, puisque ceux qui ont de l'argent sont tant soigneux à le bien garder, c'était bien raison que ce trésor inestimable de l'Évangile, quand Dieu nous en a enrichis, fût comme, enfermé en bonne conscience, qui est, par manière de dire, le vrai coffre, pour le tenir en bonne garde et sûre, à ce qu'il ne nous soit ravi par Satan.
Et qu'advient-il au lieu de cela ? la plupart se sert de la parole de Dieu seulement pour avoir de quoi deviser en compagnie. Les uns sont menés d'ambition, d'ambition, autres en pensent faire leur profit. Il y en a même qui en pensent faire un macquerellage pour avoir accès aux dames.
Beaucoup ne savent à quel propos ils désirent d'y entendre, entendre, d'autant qu'ils sont honteux d'y voir mordre les autres, et qu'ils soient méprisés par leur ignorance, tant y a que quasi tous, ou peu s'en faut, convertissent cette doctrine de salut en je ne sais quelle philosophie profane, qui est une pollution [que] Dieu ne peut porter, pourtant que c'est une chose trop sacrée que sa parole, pour en abuser ainsi.
Elle doit être vive et d'une telle efficace qu'elle transperce lès coeurs pour, examiner tout ce qui est dedans l'homme, oui, jusqu'aux moëlles des os, comme dit l'Apôtre.
Si on s'en ébat et qu'on la fasse servir de plaisanterie, pensons-nous que Dieu veuille souffrir un tel anéantissement de la vertu d'icelle ?
Elle doit rédârguer ainsi que dit Saint Paul, à ce qu'il apprenne à se condamner et donner gloire à Dieu en s'humiliant. Si on la tourne à vanterie et vaine gloire, n'est-ce pas un déguisement qui mérité griève punition ?
Elle nous doit transfigurer en l'image de Dieu, réformant ce qui est du nôtre en nous, si on prend occasion, sous ombre d'icelle, de s'entretenir en ses vices, ne faut-il pas que Dieu corrige non-seulement un tel abus d'avoir converti la viande en poison, mais aussi un tel sacrilège [qui] fait servir la règle de bien vivre à une licence de tout mal ?
Il n'est jà métier de déchiffrer par le menu la vie de la plupart de ceux qui se disent avoir connu la vérité de l'Évangile. [Il] y a qu'on voit bien en somme qu'aucuns, au lieu de s'être amendés, en sont plutôt devenus pires. Le reste va toujours son train ; pour le moins on n'y aperçoit guère de changement.
Saint Paul, parlant de la conversion qui doit être aux chrétiens, et des fruits qui doivent propéder de Jeur nouvelle vie quand ils sont-réformés à l'image du Fils de Dieu, dit :
« Que celui qui déroboit ne dérobe plus. »
En quoi il signifie que si nous avons suivi mauvais train, sitôt que Dieu. nous a fait la gràce de nous déclarer sa volonté, il nous faut tourner bride. Au lieu de cela, ceux qui se disent aujourd'hui chrétiens, se dispensent sans scrupule d'être pour le moins semblables aux autres ; tellement que celui qui avoit accoutumé de paillarder ne laisse point de continuer ; en sa vilenie, les jeux, les blasphèmes sont autant débordés entre eux qu'auparavant.
Les superfluités et les pompes sont excusées comme choses indifférentes, jaçoit qu'on voie qu'elles ne servent qu'à orgueil, ambition et à toute vanité. Davantage, chacun état a son évangile à part, selon qu'ils s'en forgent à leur appétit, de sorte qu'il y a aussi grande diversité entre l'évangile de cour, et celui des gens de justice et avocats, et celui des marchands, comme entre les monnoies forgées de coins bien différents ; sinon tous ont une marque semblable, à savoir qu'ils sont du monde, et en cela ils n'ont rien de convenance avec Jésus-Christ, lequel nous en veut séparer.
Par quoi c'est bien raison que ceux qui déshonorent ainsi la doctrine de l'Évangile soient confus, et que Dieu les expose à la moquerie de chacun, attendu qu'ils ont été occasion que son saint nom fût blasphémé.
C'est bien raison aussi qu'il les élourdisse et prive de toute raison et sens humain, puisqu'ils n'ont pu faire leur profit de cette sagesse, laquelle est admirable aux anges de paradis.
Voilà d'où procèdent aujourd'hui tant de folles opinions, ou plutôt rêveries auxquelles il n'y a nulle couleur ni apparence, et toutefois sont reçues comme si c'étoient révélations venues du ciel.
Bref, puisque arrogance est la droite racine de toutes hérésies, fantaisies extravagantes, et méchantes opinions, ce n'est pas merveilles si Dieu laisse tomber en tant de folies ceux qui n'ont point tenu le vrai régime pour persévérer en l'obéissance de sa vérité, qui est de s'humilier en sa crainte.
Or, d'autant que ce vice est aussi commun aujourd'hui qu'il fut jamais, nous en voyons aussi les fruits, tellement que tous les erreurs qui volent par tout le monde sont autant de punitions de ce que l'on a abusé de la sainte parole de Dieu.
Combien que mon intention n'est pas de faire un long récit de tous, pour ce que le nombre en seroit infini, je me contenterai donc d'un seul exemple.
Il y a eu de longtemps une folle curiosité de juger par les astres de tout ce qui doit advenir aux hommes, et d'enquérir de là et prendre conseil de ce qu'on avoit à faire. Nous montrerons au plaisir de Dieu, que c'est une superstition diabolique. De fait, elle a été rejetée d'un commun accord comme pernicieuse au genre humain.
Aujourd'hui elle se remet au dessus en sorte que beaucoup de gens qui s'estiment de bon esprit, et aussi en ont eu la réputation, y sont quasi ensorcelés.
Quand Dieu ne nous aurait révélé de notre temps la pureté de son Évangile, toutefois, vu qu'il a ressuscité les sciences humaines, qui sont propres et utiles à la conduite de notre vie, et, en servant à notre utilité, peuvent aussi servir à sa gloire, encore auroit-il juste raison de punir l'ingratitude de ceux qui, ne se contentant point des choses solides et bien fondées, appètent, par une ambition outrecuidée, de voltiger en l'air.
Maintenant, puisqu'il nous a élargi tous les deux, c'est qu'il nous a remis remis arts et sciences en leur entier, et surtout nous a restitué la pure connoissànce de sa doctrine céleste, pour nous mener jusqu'à lui et nous introduire en ses hauts secrets et admirables , s'il advient qu'aucuns, au lieu d'en faire leur profit, aiment mieux de vaguer à travers champs que de se tenir entre les bornes, ne méritent-ils pas d'être châtiez au double ? ce qui advient de fait, lorsqu'ils sont si hébétés ou plutôt abêtis, d'appliquer tout leur étude à un abus frivole où ils ne font que se tourmenter sans nul profit.
Je sais les beaux titres dont ils fardent une si sotte superstition. Nul ne peut -nier que la science d'astrologie ne soit honorable. Ils se couvrent donc de ce manteau, ils se nomment mathématiciens, lequel mot vaut autant à dire que professeurs des arts libéraux.
Tout cela n'est point nouveau ; car leurs prédécesseurs ont bien prétendu le semblable pour abuser le monde.
Mais quand nous aurons vu à l'oeil qu'il n'y a nul fondement en toute leur sottise, ni d'astrologie, ni de science aucune, il n'y aura point occasion de nous ébahir de ces masques, sinon qu'ils en fissent peur aux petits enfants.
Même toutes gens de moyen savoir n'auraient point fort affaire de mon avertissement pour être instruits de s'en garder.
Ainsi, ce présent Traité sera plutôt pour les simples et non lettrés, qui pourraient aisément être séduits par faute de savoir distinguer entre la vraie astrologie et cette superstition de magiciens ou sorciers.