TRAITÉ PAR LEQUEL IL EST PROUVÉ QUE LES AMES VEILLENT ET VIVENT APRÈS QU'ELLES SONT SORTIES DES CORPS

CONTRE L'ERREUR DE QUELQUES IGNORANTS QUI PENSENT QU'ELLES DORMENT JUSQUES AU DERNIER JUGEMENT.

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Or, à la mienne volonté que nous puissions comprendre par une vraie foi quel est le royaume de Dieu qui est dedans les fidèles, voire tandis qu'ils vivent en ce monde, et le goûter à bon escient ; car il seroit quand et quand facile de bien entendre la vie éternelle déjà commencée.

Celui qui ne peut tromper nous a fait cette promesse :

« Celui qui oit mes paroles, dit-il, a la vie éternelle, et ne vient point en condamnation, mais il est passé de mort à vie. »

Si passage est fait à la vie éternelle, pourquoi entrerompent-ils la vie par la mort ? Et ailleurs :

« C'est ci la volonté de mon Père, que quiconque croit au Fils ne périsse point, mais ait la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour.

Il dit outre plus, en ce même lieu :

« Quiconque mange ma chair et boit mon sang, a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. Non point comme vos pères ont mangé la manne, et sont morts : qui mangera ce pain vivra éternellement. »

Ne faites point ici ostentation de vos belles gloses touchant le dernier jour. Il nous promet deux choses : la vie éternelle et bienheureuse, et cette résurrection. Conbien que vous oyez deux choses, toutefois, vous n'en empoignerez qu'une.

Il y a aussi une autre sentence de Jésus-Christ, laquelle vous rend encore plus convaincus, quaud il dit :

« Je suis la résurrection et la vie. Qui croit en moi, encore qu'il fût mort, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne goûtera goûtera la mort. »

Or, ils n'échapperont point pour dire que celui qui est ressuscité ne meurt point à jamais ; car le Fils de Dieu n'a point voulu seulement signifier cela, mais aussi qu'il ne pourra jamais advenir qu'ils meurent.

Ainsi dit-il ailleurs : « Qui gardera ma parole ne verra la mort à jamais. »

C'est ci un argument invincible contre eux, que qui gardera la parole du Seigneur ne verra point la mort. Et cela seul peut suffire aux chrétiens pour bien armer leur foi contre la perversité de ces dormeurs.

Nous croyons ceci, nous T'attendons ; mais à eux, que leur reste t-il, sinon qu'ils dorment profondément leur somne jusques à ce qu'ils soient réveillés par le son de la trompette, lequel, comme un larron, surprendra en ténèbres ceux qui dormiront.

Et si Dieu est la vie de l'àme fidèle ainsi comme l'àme est la vie du corps, que signifie que l'âme donne agitation au corps tant qu'elle est en lui, et n'est jamais tellement oisive et ne relâche jamais tellement son efforcement qu'elle ne fasse toujours son office en quelque endroit ? et Dieu laissera sa besogne, comme s'il étoit lassé de faire quelque chose ?

S'il "y a une si grande vertu en l'àme à soutenir, à faire remuer ou pousser cette masse de terre, combien, au prix, sera grande la vertu de Dieu en l'âme, laquelle est agile et bien prompte de sa nature à lui donner agitation du mouvement ?

Et cependant aucuns osent bien dire que l'âme s'évanouit ; les autres, qu'elle n'est point exercée par sa vertu après la liaison rompue du corps.

Que répondront-ils donc au psaume de David, où il décrit le commencement, le milieu et la fin de la vie des bienheureux ?

« Ils iront de vertu en vertu, dit-il, et verra-t-on le Dieu des dieux en Sion ; ou, comme il est couché en hébreu, d'abondance en abondance.»

S'ils croissent toujours jusques à ce qu'ils viennent à voir Dieu, et si de cet accroissement ils passent à la vision de Dieu, comment est-ce que ceux-là les ensevelissent en endormition d'ivrognerie et de profonde oisiveté.

Saint Paul rend témoignage de ceci même, et beaucoup plus ouvertement; en sorte que quand ils devraient crever, si ne pourront-ils plus résister à l'esprit de Dieu. Or, voici que l'Apôtre dit :

« Certes nous savons que si notre maison terrestre de cette loge est détruite, nous avons un bâtiment de par Dieu, un domicile éternel es cieux, qui n'est point fait par main. Car pour cela nous gémissons, désirant être revêtus de notre habitation qui est du ciel, si toutefois nous sommes trouvés vêtus et non point nus. Et de Vrai, nous qui sommes en cette loge, gémissons étant grevés, pourtant que nous désirons non pas d'être dépouillés, ains être revêtus, à celle fin que ce qui est mortel soit englouti par la vie. »

Et un bien peu après : « Par quoi nous avons toujours confiance et bon espoir, connoissant, dis-je, que nous, étant présents en corps , nonobstant sommes absents du Seigneur (car nous cheminons par foi et non point par vue), nous prenons confiance et aimons beaucoup mieux être absents de corps, et être présents avec le Seigneur. »

Ils trouvent ici une échappatoire, qu'il faut rapporter les paroles de l'Apôtre au jour du jugement, auquel nous serons revêtus, et auquel la mortalité sera engloutie par là vie.

Par quoi l'Apôtre, disent-ils, comprend tout ceci par une clausule, qu'il faut que tous comparoissent devant devant siège judicial du Fils de Dieu.

Mais pourquoi est-ce que plutôt ils rapportent ce revêtement au corps, qu'aux bénédictions de Dieu qui nous sont baillées en abondance après la mort ? Qui les contraint d'entendre, par le mot de vie, la résurrection ? vu que le sens de l'Apôtre est facile et simple, à savoir, que nous désirons bien sortir hors de cette prison du corps ; mais ce n'est point à cette fin que nous errions çà et là en incertitude sans logis et habitation.

Car il y a une maison beaucoup meilleure, il y a un plus heureux édifice que le Seigneur nous a préparé, pourvu toutefois que nous soyons trouvés revêtus et non point nus ; car Jésus-Christ est notre vêtement, et cette armure forte de laquelle saint Paul nous arme.

Et il est écrit que le roi convoite la beauté de son épouse, laquelle est puissante en dons, et sa gloire est par dedans. Davantage, le Seigneur a baillé une marque aux siens, lesquels il doit avouer et reconnoître et en la mort et en la résurrection.

Pourquoi ne regardent-ils plutôt à ce que saint Paul dit auparavant et à quoi il a conjoint cette sentence ?

« Combien que notre homme extérieur se corrompe, dit-il, toutefois l'intérieur est renouvelé de jour en jour.»

Or, ce que l'Apôtre a ajouté cette conclusion, de comparaître devant le siége ; judicial du Fils de Dieu, les presse de plus près ; comme ainsi soit qu'il eût dit auparavant :

« Nous tâchons affectueusement de lui être agréables, agréables, que nous soyons présents ou absents. »

Vu que par la présence il entend le corps, que signifiera cette absence ? Afin donc que nous n'y ajoutions rien, les paroles mêmes disent cela sans expositeur, que nous désirons de fort grande affection, et en corps et hors du corps, d'être agréables au Seigneur ; puis après, que nous sentirons la présence de Dieu quand nous serons separés de ce corps.

Lors, nous ne cheminerons plus par foi, mais par vue, pource que cette pesanteur de terre de laquelle nous sommes opprimés, nous sépare de longue distance de notre Dieu.

Ces dormeurs babillent, au contraire, que nous serons bien plus éloignés de Dieu par la mort que cependant que nous sommes de cette vie car desquels est-il écrit : « Ô Seigneur! ils chemineront vers la lumière de ta face. »

Item : « L'esprit même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu » ; et plusieurs autres semblables sentences.

Ils leur ôtent et la clarté de la face de Dieu et le témoignage de l'esprit. Que si cela est vrai, nous sommes maintenant plus heureux qu'après la mort.

Car combien combien nous vivions sous les éléments de ce monde, nonobstant nous avons habitation et conversation es cieux, comme remontré saint Paul. Mais quand les âmes, après la mort, seront surprises de cette léthargie et oubliance de toutes choses, elles perdent toute la douceur qu'elles ont du goût spirituel.

Nous sommes beaucoup mieux enseignés par les saintes Écritures. Le corps, qui est corruptible, aggrave l'âme, et l'habitation terrienne déprime le sens pensant maintes choses.

Si le corps est la prison de l'âme, si l'habitation terrienne est un lien pour tenir serré, que sera-ce de l'âme délivrée de cette prison et dépêtrée de ces garrots ? N'est-elle pas remise en sa liberté ? et par manière de parler, ne revient-elle pas à soi ?

Tellement qu'on peut bien dire qu'autant de diminution qui se fait au corps, autant reçoit-elle d'accroissement.

Ceci est tout résolu, veuillent-ils ou non, que quand nous sommes déchargés dé cette pesanteur du corps, le combat que l'esprit a contre la chair et la chair contre l'esprit cesse ; davantage, que la mortification de là chair est la vivification de l'esprit.

Lors donc que les ordures sont ôtées de l'àme, elle est vraiment spirituelle ; en sorte qu'elle consent à la volonté de Dieu, et ne sent point que la tyrannie de la chair lui répugne ; et se repose en cette tranquillité, ne pensant à autre chose qu'à Dieu.

Et ce sera bien à propos de dire qu'elle dorme, quand elle se peut élever sans qu'aucun fardeau l'opprime ; qu'elle est endormie, vu qu'elle peut comprendre beaucoup de choses par sentiment et cogitation, sans qu'aucun empêchement ne détourne.

Ceci découvre non-seulement l'erreur de ces fantastiques, mais encore leur malignité contre les oeuvres et vertus de Dieu, lesquelles il fait en ses saints et fidèles, comme les Écritures témoignent.

Nous reconnoissons Dieu comme naissant en ses élus et croissant de jour en jour, ce que Salomon nous enseigne quand il dit : « Le sentier des justes est reluisant comme la lumière, laquelle va et reluit jusqu'à ce que le jour soit haussé en sa perfection ; » et saint Paul afferme ceci, disant : « Celui qui a commencé bonne oeuvre en vous, la parfera jusques à la journée de Jésus-Christ. »

Ceux-ci non-seulement entremettent pour un temps l'oeuvre de Dieu, mais aussi l'éteignent. Ils dépouillent de foi, de vertu et de tout pensement de Dieu, ceux qui alloient de foi en foi auparavant, et cheminoient de vertu en vertu, et avoient heureuse jouissance du goût de la béatitude quand ils s'exerçoient à penser en Dieu ; et toutefois ils les mettent dedans des couches comme assommés de sommeil et du tout abattus d'oisiveté.

Car comment interprètent-ils cet avancement qu'elles font ? Pensent-ils que les âmes avancent à perfection quand elles s'engraissent en dormant, afin qu'elles soient offertes en la présence de Dieu bien refaites et polies, quand il sera assis pour juger ?

S'ils avoient un grain de sagesse, ils ne gazouilleraient pas ainsi lourdement de l'àme ; mais autant qu'il y a de distance du ciel jusques à la terre, autant sépareroient-ils l'àme céleste du corps terrien.

Quand donc saint Paul désire d'être séparé du corps et être avec Christ, leur pourroit-il bien sembler qu'il veuille dormir, en sorte qu'il n'ait plus aucun désir de Jésus-Christ, ou que ce soit le désir de celui qui était bien assuré qu'il avoit un autre édifice de par Dieu, une maison non point faite de main, quand la maison terrestre et la loge de son habitation seroit détruite ?

N'est-ce pas bien à propos ? N'est-ce pas bien être avec Christ quand on cesse de vivre la vie bienheureuse d'icelui ?

Mais quoi ! ne sont-ils point étonnés à la voix du Seigneur, qui, s'appelant le Dieu d'Abraham, d'isaac et de Jacob, répond quand et quand qu'il est le Dieu des vivants et non point des morts ? Icelui donc n'est point leur Dieu, et eux ne sont point son peuple.

Mais ils disent que ces choses seront lors seulement véritables quand les morts seront ressuscites finalement à vie, vu que les paroles sont telles : « Quant à la résurrection résurrection morts, n'avez-vous point lu ce qui a été dit. »

Mais encore ne se développent-ils pas par ce moyen ; car comme ainsi soit que Jésus-Christ eût affaire aux sadducéens, qui non-seulement nioient tout à plat la résurrection des morts, mais aussi l'immortalité des âmes, il réfuta deux erreurs par ce seul mot.

Car si Dieu est le Dieu des vivants, et non point des morts, et Abraham, Isaac et Jacob étaient hors de ce monde quand Dieu parloit à Moïse, disant qu'il étoit leur Dieu ; il s'ensuit donc qu'ils vivent une autre vie ; car il faut que ceux desquels Dieu se fait Dieu, aient être ; par quoi saint Luc ajoute : « Car tous vivent à lui », n'entendant point que toutes choses vivent à la présence de Dieu, mais par sa vertu.

Ceci donc demeure de reste, qu'Abraham, Isaac et Jacob vivent.

A cette sentence s'accorde ce que dit saint Paul : « Soit que nous vivions, nous vivons au Seigneur ; soit que nous mourions, nous mourons au Seigneur, Nous sommes au Seigneur, soit que nous vivions ou mourions ; car pour cela Christ est mort et ressuscité, afin qu'il domine sur les vivants et sur les morts. »

Y a-t-il chose qu'on peut dresser plus fermement pour soutenir ou appuyer notre foi, que quand nous voyons dire que le Fils dé Dieu domine sur les morts ? Car il ne peut avoir domination sinon sur ceux qui ont être, vu qu'il faut qu'il y ait des sujets là où il y a domination.

Voici aussi les âmes des martyrs rendent ouvertement témoignage au ciel devant Dieu et ses anges, lesquelles crient à haute voix sous l'autel : « Jusques à quand, ô Seigneur ! ne venges tu point notre sang contre ceux qui habitent en la terre ? Et à chacun d'eux furent données robes blanches, et leur fut dit qu'ils reposassent encore un bien peu de temps, jusques à ce que leurs compagnons serviteurs fussent accomplis , et leurs frères qui dévoient aussi être occis comme eux. »

Les âmes des morts crient, et robes blanches leur sont données. Vous autres, esprits dormeurs et ivres, comment interprétez-vous, je vous prie, ces robes blanches ? Ne sont-ce point des coussins ou oreillers pour les faire dormir ?

Vous voyez bien ici que des robes blanches ne conviennent point au dormir. Il faut donc bien dire que les âmes qui sont ainsi vêtues veillent. Que si la vérité est telle, il est bien certain que les robes blanches signifient le commencement de gloire que Dieu, par sa bonté libérale, donne aux martyrs, jusques à ce que je grand jour du jugement soit venu.

Car: cela n'est point nouveau ou étrange es Écritures, que la robe blanche signifie gloire, plaisance et joie ; car le Seigneur apparut en robe blanche à Daniel.

Le Seigneur Jésus apparut en cet habit sur la montagne de Thabor; l'ange apparut aux femmes, au sépulcre de. Jésus-Christ, ayant une robe blanche ; en cette même forme, les anges apparurent aux disciples regardant au ciel, après l'ascension du Seigneur ; telle était la forme de l'ange qui apparut à Corneille ; et quand la robe riche fut apportée au fils, qui, après avoir dissipé tout ; son bien, retourna à son père, ç'a-été un signe de réjouissance.

Davantage, si les âmes des morts crioient, à haute voix, elles ne dormoient pas. Quand donc commencèrent-elles d'être assoupies en ce somne ?

Et ne faut point qu'ils objectent que le sang d'Abel crioit à Dieu. Je confesse bien que c'est une vulgaire forme de parler, à savoir, que le fait même parle, que l'effusion du sang crie vengeance. Or il est certain qu'en ce passage l'affection des martyrs est représentée par la clameur, d'autant que sans aucune figure leur désir y est exprimé, et leur requête aussi y est décrite, quand ils disent : « Jusques à quand, Seigneur, ne venges-tu », etc.

Par quoi saint Jean, en ce même livre, a fait mention de deux résurrections, comme aussi de deux morts ; la première est de l'âme avant le jugement ; la seconde, par laquelle le corps sera ressuscité en gloire.

Voici qu'il dit : « bienheureux sont ceux qui ont part en la résurrection première ; en ceux-ci la seconde mort n'a point de lieu. »

Et pourtant ce vous est une chose horrible, à vous, dis-je, qui ne voulez reconnoitre cette ressurrection première, qui toutefois est la seule ouverture pour entrer à la gloire bienheureuse.

Voici aussi un bâton fort puissant pour les repousser, à savoir la réponse qui a été faite au pauvre brigand implorant miséricorde. Il avoit fait cette requête : « O Seigneur, aie mémoire de moi, quand tu seras venu en ton royaume. » Il oit cette réponse : « Tu seras aujourd'hui avec moi en paradis, »

Celui qui est partout promet d'assister au brigand, et lui promet paradis ; car celui qui a jouissance de Dieu a assez de délices et plaisirs. Et ne le renvoie point à longues années, mais à ce jour-là même il l'appelle aux délices heureuses de son royaume.

La cavillation de ces dormeurs trotte çà et là, par laquelle ils se jouent de la parole de Jésus-Christ. Ils disent : « Un jour est comme mille ans devant la face de Dieu ; »

Mais ils ne se souviennent point que Dieu s'accommode aux sens humains toutes fois et quantes qu'il adresse sa parole aux hommes, et ils n'ont point lu qu'un jour en l'Écriture est mis pour mille ans. Qui endurerait un tel expositeur, qui, ayant ouï que Dieu fera aujourd'hui quelque chose, pensera à mille ans ou plus ?

Quand Jonas, dénonçoit aux Ninivites : « Encore quarante jours, et Ninive Sera détruite » , iceux pouvoient-ils bien sans souci attendre le jugement de Dieu jusques à tant que quarante fois mille ans fussent passés ? et saint Pierre n'a point dit en ce sens que mille ans devant Dieu sont comme un jour.

Mais comme ainsi, soit que quelques faux prophètes contassent les heures et les jours pour rédarguer Dieu de mensonge, quand il n'accomplissoit pas ses promesses à leur première fantaisie, il admoneste qu'il y a éternité en Dieu, envers lequel mille ans ne sont pas à grand peine un moment.

Or, pource qu'ils se sentent encore entortillés, ils débattent que ce mot aujourd'hui signifie es Écritures le temps du nouveau Testament, comme ce mot hier signifie, le temps de l'ancien.

Ils font servir par force à ce propos ce qui est dit dans l'Épître aux Hébreux : « Jésus-Christ, qui étoit hier, est encore aujourd'hui, et est aussi le même éternellement.

Mais ils s'abusent grandement. Car s'il a été seulement hier, Celui, qui n'était point devant le commencement du vieux Testament à quelquefois commencé d'être. Où sera Jésus, ce Dieu éternel, premier-né de toute créature même selon son humanité, et l'Agneau occis dès le commencement du monde ?

Davantage, si ce mot aujourd'hui dénote le temps qui est entre le jour du jugement et l'humanité de Jésus-Christ, nous avons ce point gagné, que paradis paradis au brigand devant ce jour auquel les âmes se réveilleront de leur somne, comme ils enseignent ; et en cette sorte, par leur propre confession on arrachera ceci d'eux, que la promesse echerra au brigand est accomplie devant le jugement, laquelle ils nient devoir être accomplie sinon après le jugement.

Que s'ils tirent cette parole au temps qui suit après le jugement, pourquoi est-ce que l'auteur de l'Épître aux Hébreux ajoute : « Éternellement ? »

Et afin qu'ils puissent toucher à la main leurs ténèbres, et connaître à vue d'oeil leur ignorance , si en cette promesse Jésus-Christ regardoit le temps du jugement, il ne devoit pas dire aujourd'hui, mais au siècle avenir ; comme quand Isaïe vouloit signifier le mystère de la résurrection, il appelle Jésus-Christ : « Père du siècle à venir. »

Or, vu que l'Apôtre a dit : « Hier et aujourd'hui et à tout jamais, » au lieu de ce que nous disons : il a été, il est et sera (lesquels trois temps nous dénotent l'éternité), que font-ils autre chose par leurs belles subtilités, sinon corrompre le sens de l'Apôtre ?

On peut apprendre apprendre prophète lsaïe que c'est ci la propriété du premier mot, qu'il contient le temps éternel, lequel dit que la géhenne est préparée aux méchants dès le jour d'hier, vu que nous savons par les paroles de Christ que le feu est préparé de tout temps au diable et à ses anges.

Ceux qui ont quelque sain et droit jugement voient bien ici qu'ils ne peuvent plus rien avoir pour se moquer de la vérité tant manifeste.

Toutefois ils murmurent encore que le paradis fut tellement pour ce jour-là promis au brigand, comme la mort fut dénoncée aux premiers parents au jour qu'ils viendraient à goûter de l'arbre de la science du bien et du mal.

Encore que nous leur accordions cela, si est-ce toutefois que nous tirerons par force ceci d'eux, que le brigand fut ce jour-là délivré de la misère en laquelle Adam étoit tombé au jour auquel il transgressa le commandement qui lui avoit été fait, et par ainsi l'immortalité fut restituée au brigand.

Davantage, quand je traiterai ci-après de la mort, je déclarerai suffisamment, ce me semble, comment les premiers parents moururent ce jour-là auquel ils s'aliénèrent de Dieu.

Il faut maintenant que j'adresse mon propos à ceux qui, se souvenant des promesse de Dieu, acquiescent en icelles en bon repos de conscience.

Que cette foi ne vous soit point arrachée, mes frères, voire quand toutes les portes d'enfer s'élèveraient contre vous, vu que vous avez Dieu pour pleige, qui ne peut nier ni désavouer sa vérité.

Sa voix n'est point obscure, laquelle s'adresse à l'Église étant encore ici-bas en ce monde, quand il dit : « Tu n'auras plus le soleil pour la lumière du jour, et la splendeur de la lune ne t'éclairera plus, car le Seigneur te sera pour lumière éternelle. »

Que si, comme ils ont de coutume, ils veulent tirer ceci à la dernière résurrection, il sera facile de repousser la vanité par un chacun mot du Chapitre, vu que maintenant le Seigneur promet son Christ, maintenant que les gentils seront adoptés et appelés à la foi.

Réduisez toujours en mémoire ce que le Saint-Esprit a enseigné par la bouche de David : « Le juste fleurira comme la palme, et sera multiplié comme le cèdre au Liban. Ceux qui sont plantés en la maison du Seigneur fleuriront es parvis de notre Dieu. Encore feront-ils fruit en vieillesse ; ils seront frais et en bon point. »

Ne vous étonnez de ce qu'il semble que toutes les vertus de nature défaillent, quand vous oyez que la vieillesse sera fraîche et en bon point et fructifiante.

Considérant ces choses en vous-même, à l'exemple de David, exhortez votre âme à chanter et dire :

« Mon âme, bénis le Seigneur, lequel rassasie ta bouche de bien. Ta jeunesse sera renouvelée comme la jeunesse de l'aigle. Remettez tout lé reste au Seigneur, lequel garde notre entrée et notre issue dès maintenant et à jamais.

C'est celui qui fait pleuvoir la rosée du matin et du soir sur les fidèles et élus, duquel il est dit : Notre Dieu est le Dieu de délivrance, et l'issue de la mort est du Seigneur Dieu. »

Jésus-Christ nous a déclaré cette bonté du Père quand il a dit : « Ô Père, quant à ceux que tu m'as donnés, je veux que là où je suis, ils y soient aussi, afin qu'ils voient la clarté que tu m'as donnée, »

Retenons donc cette foi appuyée sur toutes les prophéties, sur la vérité de l'Évangile, sur Jésus-Christ même, à savoir, que l'esprit est l'image de Dieu, à la similitude duquel il a vigueur et intelligence, et est éternel ; et, tandis qu'il est en ce corps, il montre ses vertus, et quand il sort de cette prison, il s'en va à Dieu, du sentiment duquel il jouit, cependant qu'il repose en l'espérance de la résurrection bienheureuse ; et ce repos lui est un paradis.

Mais quant à l'esprit de l'homme réprouvé, cependant qu'il attend le terrible jugement sur soi, il est tourmenté de cette attente, laquelle l'Apôtre pour cette cause appelle redoutable.

S'enquerir plus outre, c'est se plonger dedans l'abîme des secrets de Dieu, vu que c'est assez d'apprendre ce que le Saint-Esprit, qui est un très-bon maître, s'est contenté d'enseigner, lequel dit ainsi : « Écoutez-moi, et votre àme vivra. »

Comme ceci est dit sagement au prix de la vaine arrogance de ceux-ci, à savoir : « Les âmes des justes sont en la main de Dieu, et le tourment de la mort ne les attouchera point. Il a semblé devant devant yeux des fous qu'iceux mouroient, mais ils sont en paix », etc.

C'est ci la fin de notre sagesse, laquelle, comme elle est sobre et sujette à Dieu, aussi connoît-elle bien que ceux qui s'efforcent par-dessus elle tombent bas.