SUR LE MAGNÉTISME ANIMAL

A. M. Lavoisier

Le Roi a fait choix de vous, Monsieur, pour procéder, avec plusieurs autres personnes distinguées par leurs lumières et leur expérience, à l'examen de la méthode ou pratique tirée des prétendues connaissances du sieur Mesmer, dont le sieur Deslon, médecin de la Faculté de Paris, se soumet à donner l'explication.

Je ne doute point que vous ne remplissiez cette commission avec le zèle et l'attention qu'elle exige. Lorsque MM. les Commissaires en auront rédigé un rapport détaillé et leur avis, j'en rendrai compte à Sa Majesté.

Je suis très-parfaitement, Monsieur, Votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Le Baron DE BRETEUIL

P. S.

Ce sont, Monsieur, les médecins eux-mêmes qui ont désiré de concerter leur rapport et leur avis avec des membres de l'Académie. Les Commissaires choisis par le Roi dans l'Académie des sciences, pour l'examen des effets du magnétisme animal, prennent la liberté d'observer :

Que, comme physiciens, leurs fonctions doivent avoir seulement pour objet de constater l'existence de l'agent désigné sous le nom de magnétisme animal, et de constater son effet, en général, sur l'économie animale, ou, plus généralement, sur les êtres organisés ; Qu'à l'égard du traitement des maladies, cet objet leur est entièrement étranger et ne concerne que les médecins.

Ils observeront seulement que, la guérison des maladies pouvant dépendre d'une infinité de circonstances étrangères au magnétisme animal, c'est compliquer la question que de la faire dépendre de l'événement.

Il y a un grand nombre de maladies regardées comme incurables qui, abandonnées à la nature, se sont guéries par son seul secours. Dans les maladies moins graves, qui sont traitées suivant les règles de la médecine, il est souvent difficile de démêler ce qui appartient à l'art d'avec ce qui appartient à la nature.

Ils croient, en conséquence, que le traitement des maladies ne peut conduire qu'à des probabilités qui ne pourraient se convertir en certitude que par des expériences et des observations plus multipliées et plus longtemps continuées que les circonstances ne le permettent, et ils ne pensent pas qu'on en puisse déduire des résultats suffisamment décisifs pour prononcer sur la question actuelle.

Ils se contenteront donc de profiter des malades qui ont été choisis et admis, ou qui le seront dans la suite, pour faire des observations sur la réalité de l'action du magnétisme animal considéré comme agent en général, et ils déclarent qu'ils ne prendront aucune part à tout ce qui pourrait être purement médical.

Comme nous avons signé le procès-verbal que MM. les Commissaires de la Société de médecine ont dressé hier, de l'état de trois femmes malades qui leur ont été présentées, nous nous croyons obligés de déclarer que, n'étant pas médecins, notre signature ne peut signifier autre chose, sinon notre présence à l'examen de ces malades.

Sur le Magnétisme Animal

A. M. Lavoisier De l'Académie des Sciences

Versailles, le 2 avril 1784