Il existe un fluide universel dans la nature ; il se sent mieux peut-être qu'il ne se décrit ; Newton l'appelait le milieu éthéré ; Descartes, le moteur universel ; les philosophes hermétiques, le principe universel, etc.
La lumière, le son, les odeurs se communiquent par ce milieu ou ce fluide. Ils frappent d'abord les premières parties les plus près du flambeau ou de la fleur odorante, se communiquent de globules en globules, et, enfin, se perdent dans le vague et restent sans force ; ainsi l'opération du fluide pourrait s'expliquer par les lois du mouvement. On ne touche, on ne sent, on ne perçoit pas le fluide : de là, il n'existe pas !
Mais perçoit-on mieux l'attraction, dont l'effet est si constant ; la vertu de l'aimant qu'on touche du doigt ; l'électricité, dont on s'est servi pour éviter la foudre et même pour guérir ? Le fluide électrique n'est que le fluide universel combiné, que donne le frottement des corps. L'électricité ne crée pas ce fluide ; elle s'en sert, et ce nouveau système en complique la théorie.
L'attraction, qu'on ne définit point, n'a peut-être pas d'autre cause que ce fluide. Pourquoi ne pas voir ce moyen dans la marche constante des astres ? Pourquoi ne seraient-ils pas pourvus d'un fluide analogue qui les dirige, les attire et trace leur cours ? Ce fluide, démontré autant qu'il peut l'être, forme l'espèce d'action qu'il y a entre tous les corps. L'homme peut communiquer à l'homme le fluide qui le pénètre et qui lui donne l'existence.
De là le magnétisme animal.
Cette action paraît ressentir l'influence de l'opposition des pôles. Pour reconnaître l'application de ceux-ci par rapport au corps humain, il faut faire attention qu'il est sensiblement divisé en deux parties longitudinales : le côté droit peut être regardé comme le pôle sud, et le gauche comme le pôle nord ; et, de même que si l'on présente deux barreaux aimantés l'un à l'autre, dans une direction opposée, c'est-à-dire par leurs pôles opposés, ils s'attirent naturellement, de même aussi, si l'on présente le pôle sud ou côté droit d'un corps au pôle nord ou côté gauche d'un autre corps, ce second corps recevra une sensation plus ou moins marquée, que l'on attribue au passage d'un fluide magnétique donné par le magnétisant, s'il en a plus que le magnétisé, ou reçu par le magnétisant, s'il en a moins.
Ce fluide supposé tend toujours à se mettre en équilibre et il opère des guérisons dans certains sujets, sans qu'ils en éprouvent des sensations ; on a vu plusieurs malades, dans ce dernier cas, qui ont été guéris d'obstructions, hydropisies, glandes écrouelleuses, etc. Voici comment on l'applique :
On place le malade sur une chaise, le magnétisant se met en face pareillement sur une chaise, appliquant les deux côtés internes de ses genoux sur les côtés externes des genoux du sujet qu'il va magnétiser. Dans cette position, les pôles de leurs corps sont opposés puisque le côté droit du magnétisant répond au côté gauche du magnétisé, et son côté gauche, au côté droit.
Alors on applique légèrement les mains sur les hypocondres du malade, on les y laisse sept à huit minutes dans cette position ; après cela, on amène les mains placées de manière que les pouces répondent au creux de l'estomac ; les autres doigts de la main gauche au foie, et ceux de la main droite à la rate.
On les y laisse encore un espace de temps ; après quoi, on promène de haut en bas, en commençant à la tête, à six lignes de distance du corps du malade, le doigt index ou le pouce de la main droite sur le côté gauche du corps, dans la direction du nerf sympathique, tenant l'autre main sur l'hypocondre.
Quelquefois on promène, dans le même sens, les deux mains, la main droite dans la direction du nerf sympathique gauche, et la main gauche dans la direction du nerf sympathique droit. D'autres fois on promène les mains sur les hypocondres ou sur les parties affectées, observant toujours de diriger les mains du haut en bas, dans la direction des principaux nerfs des parties qu'on magnétise, et toujours la main droite sur le côté gauche et la main gauche sur le côté droit, conservant toujours, par là, l'opposition des pôles, qui constitue en tout le magnétisme.
Il y a encore un autre moyen pour soutirer le fluide comme si l'on pouvait magnétiser en plus ou en moins, ou, ce qui est le même, magnétiser positivement ou négativement.
Il suffit, pour cela, d'approcher le pouce de la partie qu'on veut démagnétiser et de le retirer en l'éloignant en ligne perpendiculaire, à environ un pied et demi de distance, le rapprochant sans toucher précisément la partie, et l'éloignant successivement. On peut faire cette expérience sur soi-même ; il suffira d'approcher le pouce droit de la paume de la main gauche, l'en retirer et rapprocher successivement et sans interruption huit ou dix minutes. Peu de personnes n'ont fait cela sans sentir une chaleur marquée dans la paume de la main.
Point d'autre préparation qu'une extrême propreté et la privation du tabac. Chacun porte avec soi sa dose magnétique, et chaque magnétisant est plus ou moins propre à produire des effets, et cela en raison de sa santé, de la constitution et de la plus forte organisation. On ne se sert que des doigts ou d'une baguette de fer de six pouces de longueur, qui est presque inutile. On se sert de conducteur pour distribuer ou diriger le magnétisme à volonté comme les pouces, mais plusieurs prétendent qu'une baguette de fer est plus efficace, en raison de la moindre surface qu'a son extrémité.
Le baquet est une cuve de bois dur, d'un pied et demi de profondeur sur quatre et demi de diamètre, recouverte exactement par un couvert de planches bien jointes ensemble. Ce couvert est percé dans sa circonférence, à trois travers de doigt du bord, de plusieurs trous, par lesquels on introduit dans l'intérieur du baquet autant de barres de fer pliées à angles droits qu'il y a de malades assis autour ; on dirige la barre de fer, qui est hors du baquet, sur la partie affectée du malade ; on établit quelquefois une chaîne de communication entre tous ceux qui sont autour en se donnant la main, ce qui rend l'action du magnétisme plus forte.
Le baquet a un pouce et demi de sable dans le fond, recouvert d'un pouce et demi à deux pouces d'eau, et est garni d'un rang de bouteilles rangées en cercle, le col du côté du dehors, et magnétisées de cette manière.
On tient la bouteille que l'on veut charger de magnétisme par son fond dans une main, on mouille le pouce de l'autre main, suffisamment pour pouvoir donner six à sept gouttes d'eau ; on met ce pouce ainsi mouillé dans le goulot de la bouteille, et l'on fait rouler (la bouteille placée sur l'autre main) sur son arc, de manière que les six ou sept gouttes d'eau que doit fournir le pouce puissent tomber au fond de la bouteille. Après huit ou dix secondes, la bouteille est magnétisée et on la bouche, en observant que le bouchon soit mis doucement, pour qu'il ne se fasse pas à son approche une évaporation ; on peut appliquer cette bouteille sur l'estomac d'une personne susceptible de magnétisme, et elle produira de l'effet. Expérience répétée plusieurs fois avec succès.
Le baquet ainsi garni de bouteilles magnétisées établit une communication entre tous les magnétisés et, par là, facilite l'action du magnétisme sur eux, et l'on peut réellement magnétiser une bouteille comme on surcharge d'électricité une bouteille de Leyde.
Dans le cas de crise, syncope, convulsion, spasme, délire dans le sujet magnétisé, le magnétisant ne doit pas s'étonner ; il continuera toujours son opération, sans cela la crise durerait longtemps et deviendrait dangereuse, s'il ne s'en rendait le maître.
Il ne faut jamais magnétiser de bas en haut, car cela pourrait occasionner des accidents, même une apoplexie.
Quand on veut découvrir, par le magnétisme, la partie malade, on promène ses mains sur le corps, en observant l'opposition des pôles ; et la partie sur laquelle la main est appliquée un peu fortement devient très-sensible, si elle est malade.