MAGNÉTISME ANIMAL
HYPNOSE
SOMNAMBULISME

Instructions pratiques sur le magnétisme animal

(chapitre VI)

Des précautions que les malades qui veulent se faire magnétiser doivent prendre pour le choix d'un magnétiseur, et pour le succès du traitement...

Joseph Philippe François Deleuze (1753-1835)

Naturaliste-assistant au Jardin des Plantes puis bibliothécaire du Muséum d'Histoire Naturelle, François Deleuze, praticien sage et éclairé, est un des adeptes le plus convaincu par le mesmérisme.

Il sait réunir dans son exercice, les principes de Mesmer aux observations et procédés du Marquis de Puysegur.

A force de travail, il découvre l'agent magnétique comme fluide impondérable pouvant être dirigé par la volonté.

Deleuze reste une figure centrale de ce que l'on n'appelait pas encore l'hypnose mais le Magnétisme Animal.

En 1813, François Deleuze écrivit un ouvrage qui lui assura la célébrité, intitulé Histoire Critique du Magnétisme Animal, résultat de vingt-cinq ans de recherches et de méditations.

Cet ouvrage reste d'ailleurs encore considéré par les historiens comme l'un des plus grands livres jamais écrits sur le sujet, qui codifie la pratique du magnétisme et propulse celui-ci à nouveau au premier rang des thérapies de l'époque.

Il contribua à l'extension du magnétisme en France, partout en Europe et dans les cours royales et impériales où l'on soigne par mesmérisme.

En 1819 il publie son Instruction pratique, sur le même sujet.

Dans toutes ses publications, F.Deleuze cite des faits, expose un nombre important d'observations et démontre la concordance entre les expériences faites à diverses époques et en différents pays.

Jusqu'à sa mort, il s'occupera du magnétisme, dont il sera justement surnommé le Mentor.

Voici le procédé de magnétisation qu'il décrit et qui est encore en usage aujourd'hui chez de nombreux magnétiseurs :

S'asseoir en face du sujet de manière à ce que vos genoux et vos pieds soient entre les siens.

Prendre ses pouces, lorsque la chaleur des pouces des deux protagonistes ont le même degré de température, poser les mains sur les épaules pendant deux ou trois minutes.

Puis descendre le long des bras pour reprendre les pouces. Effectuer cette manoeuvre trois ou quatre fois.

Ensuite, poser les deux mains sur l'estomac de manière que les pouces soient placés sur le plexus solaire.

Puis, après sensation de communication de chaleur, descendre les mains jusqu'aux genoux ou jusqu'aux pieds.

Continuer de la même manière en ayant la précaution de détourner vos mains chaque fois que l'on revient vers la tête.

A Monsieur Le marquis de Puységur :

Monsieur, Permettez­moi de placer votre nom à la tête d'un ouvrage destiné à faire connaître plus généralement les principes énoncés dans vos écrits, et les conséquences des faits que vous avez observés.

Sans vous le magnétisme aurait été oublié après Mesmer, comme il l'avait été après Van-Helmont.

Personne ne s'en occuperait aujourd'hui, si la charité la plus active ne vous eût donné le courage de sacrifier votre temps, de dédaigner les critiques, de braver enfin tous les obstacles, pour établir une vérité qui nous éclaire sur les facultés de notre âme, et sur les moyens d'employer ces facultés à guérir ou à soulager les maux de nos semblables.

C'est à vous que je dois les connaissances que j'ai acquises, celles que j'ai répandues, et le peu de bien que j'ai eu le bonheur de faire.

Agréez, Monsieur le marquis, l'hommage de la reconnaissance et du respectueux attachement de votre disciple,

DELEUZE - Instruction pratique sur le magnétisme animal (1825).

Armand Marie Jacques de Chastenet de Puységur (1751-1825)

Le Marquis de Puységur, colonel d'artillerie, est connu pour ses expériences retranscrites de la pratique du magnétisme animal sur l'homme.

Il se distingue en tant que colonel d'artillerie lors du siège de Gibraltar (1779-1782).

Puységur est l'élève de Mesmer dans le cadre de la Société de l'Harmonie à partir de 1782.

Il se distingue cependant de lui en déclarant n'être qu'un vecteur pour les malades qui seraient leur propre médecin, là où Mesmer prétend soigner par une action exclusivement physiologique dont le magnétiseur serait la source.

Il considère également la crise, dont Mesmer avait fait la manifestation par excellence du magnétisme, comme un élément parasite.

À partir de 1784, dans son domaine de Buzancy dans le Soissonnais, Puységur commence à pratiquer la mesmerisation, une mise en état de transe réputée apporter la guérison, pour soigner les maux du personnel de son château.

C'est à la suite de cette pratique qu'il constate chez Victor R., un paysan dont la famille est à son service, un état de somnambulisme, qu'il décrit comme un état profondément endormi mais pleinement conscient, qu'il reproduira ensuite.

Il remarquera notamment une clairvoyance des malades sur leur propre maladie, sur celle des autres et sur les remèdes qui leur conviennent.

Ce premier évenement se déroule le 4 mai 1784, année de la publication de son premier ouvrage sur le magnétisme animal et aussi l'année de la publication des deux rapports officiels commandités par Louis XVI.

Il crée à Strasbourg la Société harmonique des amis réunis au sein de laquelle il forme quelque 200 magnétiseurs et instituera de nombreux centres de traitements.

Toujours décrié et remis en cause, il effectue de nombreuses actions pour répondre à cette incrédulité ambiante mais, au lieu de le voir comme une personnalité codifiant le phénomène du somnambulisme, on le représente comme un aristocrate manipulateur pour ne pas perdre l'image du pouvoir hiérarchique.

C'est un point de vue qui rappelle que ce genre de pratiques ne pouvait pas être neutre dans le contexte politique et religieux de la Révolution française.

Puységur est le chef de file de l'école de magnétisme animal psychofluidiste. On compte notamment parmi eux le naturaliste François Deleuze.

... Après avoir indiqué à ceux qui veulent pratiquer le magnétisme les principes qui doivent les diriger, les procédés qu'ils doivent employer d'abord, et la conduite qu'ils doivent tenir dans le cas où le somnambulisme se présente, je crois devoir donner aussi quelques conseils aux personnes qui, étant malades, désirent essayer du magnétisme pour recouvrer la santé, et qui ne connaissent dans leur société aucun magnétiseur en qui elles aient une entière confiance. Je n'ai pas besoin d'avertir que dans les incommodités légères et recentes, telles qu'une contusion, un coup d'air, une migraine, un mal d'estomac, en un mot dans celles qui n'ont pas besoin d'un traitement prolongé pendant plusieurs jours, on pourra se dispenser des précautions que je vais indiquer.

Chapitre VI.

Cherchez dans votre famille ou parmi vos amis quelqu'un qui, s'il n'est pas convenue de la réalité du magnétisme, soit du moins disposé à y croire, d'après les témoignages de ceux qui en ont vu les effets, et d'après le désir d'avoir en lui-même un moyen de soulager ses semblables, et qui joigne à cette disposition de l'esprit, les qualités physiques et morales que j'ai dit être essentielles aux magnétiseurs, c'est-à-dire une bonne santé, de la discrétion, l'amour du bien, un caractère tranquille uni à de la constance, et qui ait le loisir de vous donner le temps nécessaire pour votre guérison.

Il y aura toujours un grand avantage à trouver un magnétiseur dans sa famille.

Les liens du sang contribuent à établir le rapport par une sympathie physique.

La confiance et l'amitié qui existent entre un mari et sa femme, entre une mère et sa fille, entre de proches parens, ont déjà produit cette affection et cet abandon qui doivent unir le magnétiseur au somnambule, et qui autorisent la continuation de ces sentiments lorsque se traitement a cessé.

J'ai dit que les femmes devaient être préférées pour magnétiser les femmes : je dis plus.

C'est que, hors le cas où le simple bon sens démontre que la chose est indifférente, elles doivent seules en être chargées.

Je vais en donner les raison.

1°. Il est clair que les procédés du magnétisme ne présentent jamais le moindre embarras entre des personnes du même sexe, et que lorsqu'un homme magnétise une femme ses procédés ne blesse la décence, ou même les usages.

Un homme, par exemple, ne peut se placer vis-à-vis d'une femme, et fixer ses yeux sur elles; s'il arrive qu'elle ait quelques crises, il est obligé d'appeler une femme pour lui donner des soins.

2°. Le magnétisme, lorsqu'il est accompagné de somnambulisme, donne ordinairement au somnambulisme une affection très-vive pour son magnétiseur ; et cette affection continue dans l'état de veille, même après que le traitement est fini.

Je sais bien que cette affection est du même genre que celle qu'on ressent pour ses plus proches parens, et qu'il ne s'y mêle au­cune idée qui puisse blesser la modestie.

Mais il est contre toutes les convenances qu'une jeune femme ait une amitié très-vive pour tout autre que son père, ses oncles ou ses frères. Si elle a ce sentiment, elle est obligée de le modérer, et surtout de ne pas l'exprimer, pour conserver la décence.

3°. Les maladies chroniques sont quelque­fois accompagnées de symptômes sur lesquels la pudeur fait garder le silence, et qu'un médecin devine plutôt qu'on ne les lui explique : elles ont souvent pour cause des chagrins secrets, des peines morales, des sentiments contraints, etc.

Le somnambule a et doit avoir une entière confiance en son magnétiseur : mais, comme il ne perd point le sentiment des convenances, il est bien des choses qu'une femme somnambule n'osera point dire à un homme ; il est aussi beaucoup de question qu'un homme ne peut faire à une femme, beaucoup de conseils qu'il ne peut lui donner, beaucoup de détails dans lesquels il ne peut entrer avec elle.

4°. Enfin le magnétisme produit quelque fois dans les maladies nerveuses des mouvemens spasmodiques, ou autres crises dont il n'est pas décent qu'un homme soit témoin, et dans lesquels il ne peut employer les procédés les plus propres à les calmer.

Ainsi ceux qui ont dit que, pour éviter tous les inconvéniens du magnétisme entre les personnes de différent sexe, il suffisait que le magnétiseur et le magnétisé fussent l'un et l'autre d'une honnêteté et d'une délicatesse au­dessus de tout soupçon, n'ont point considéré la chose sous son vrai point de vue.

Tout ce que je viens de dire est indépendant de la crainte que le magnétisme ne produise des sentimens ou des liaisons que la morale réprouverait *.

Je dois plusieurs de ces réflexions à madame Chambon de Montaux, qui, en pratiquant le magnétisme d'après les instructions que je lui ai données, a obtenu les succès que méritait son ardente charité.

M.Chambon de Montaux était en 1784 l'un des docteurs de la Faculté qui se prononcèrent contre le magnétisme. Il n'avait alors rien vu.

Je lui ai montré des faits, et ses anciennes préventions ne l'ont point empêché de se rendre à l'évidence.

Sa femme l'a plusieurs fois aidé à sauver des malades pour lesquels les ressources de son art lui paraissaient insuffisantes.

Malheureusement madame de Montaux est d'une santé délicate : ses forces physique ne répondent point à son énergie morale, et l'exercice du magnétisme lui cause une fatigue dont elle s'aperçoit toujours trop tard.

Après le traitement d'une fièvre maligne, qu'elle avait guérie en joignant, sur l'invitation de son mari, le magnétisme aux remèdes de la médecine, je l'ai vue si malade, qu'elle n'aurait pu se rétablir si elle ne s'était fait magnétiser elle-même.

Une chose plus extraordinaire, et qu'il m'est impossible d'expliquer, c'est qu'elle prend ordinairement le mal de ceux qu'elle magnétise : ce n'est pas que la cause du mal passe chez elle, mais elle n'a pendant plusieurs jours, la sensation et les symptômes.

J'en ai vu l'exemple dans un accès de goutte, et dans une ophtalmie, qui ne sont pas des maladies contagieuses. En réfléchissant sur les effets qu'elle a produits et sur ceux qu'elle a éprouvés, madame de Montaux a découvert d'elle-même les principes du magnétisme ; elle en a tiré les conséquences les plus utiles.

Elle a écrit ces observations, et m'a communiqué son manuscrit, dont j'ai profité. J'y ai trouvé des remarques très justes, et le zèle du bien.

C'est le même caractère qu'on remarque dans l'ouvrage qu'elle a publié sous le titre de Réflexions morales et politique sur les avantages de la Monarchie.

Toutes choses égales d'ailleurs, le meilleur magnétiseur pour une femme c'est son mari, pour un mari sa femme, pour une demoiselle sa sœoeur ou sa mère.

Il est encore une autre considération qui doit faire désirer qu'une femme trouve un magnétiseur dans sa famille, ou parmi les amies qu'elle voit le plus fréquemment et avec qui elle est le plus intimement liée.

Les motifs dont je vais parler n'existeront plus lorsque la pratique du magnétisme sera généralement répandue, et que les médecins en conseilleront l'usage, mais dans l'état actuel des choses ils ne sont pas sans importance.

Il est presque impossible, surtout dans une petite ville, qu'un homme se rendre tous les jours chez une femme pour passer une heure avec elle, sans qu'on s'en aperçoive et qu'on en pénètre la raison.

Alors les curieux font au magnétiseur beaucoup de question qui l'embarrassent, et, à moins que la maladie ne soit très grave, les incrédules se permettent des plaisanteries fort déplacées : des personnes indiscrètes parlent à la malade du parti quiétudes.

Une femme n'aime point à fixer l'attention, et ceux qui l'entourent et qui ont la peine à empêcher qu'elle n'éprouve quelques contrariétés.

Il ne faut point de mystère dans la pratique du magnétisme, sans doute ; mais il est inutile d'en parler à ceux qui n'y croient pas.

Une fois que vous aurez choisi la personne à qui vous voulez accorder votre confiance et qu'elle aura consenti à vous donner ses soins, vous la prierez de lire attentivement ce petit ouvrage.

Si, après l'avoir lu, elle en adopte les principes, et qu'elle persiste à vouloir vous rendre le service que vous désirez, vous la prierez de n'en parler qu'en parler qu'à ceux de vos amis á qui vous ne pouvez en faire un secret, afin d'éviter les propos des incrédules, et surtout les sollicitations des curieux qui désireraient assister aux séances ; et vous vous arrangerez de manière á fixer une heure commode pour elle et pour vous, afin qu'une fois la traitement commencé il n'y ait jamais d'interruption.

Lorsque vous serez d'accord avec votre magnétiseur, et qu'il vous aura donné sa parole de ne tenter sur vous aucune expérience de curiosité, et d'agir uniquement pour votre guérison, vous vous abandonnerez á lui avec une entière confiance, comme vous êtes sûr de sa dis­crétion, vous ne lui cacherez rien de ce qui est relatif à la cause de vos maux.

Si vous avez déjà fait des remèdes, et que vous ayez un médecin, vous lui ferez part de votre résolution, en lui demandant le secret, et vous le prierez de trouver bon que vous employiez le magnétisme comme auxiliaire à la médecine.

Je ne doute pas que, lors même que le médecin regarderait le magnétisme comme une chimère, et qu'il en attribuerait tous les effets à l'imagination, il ne consente à observer de temps en temps les changemens que cet agent peut produire sur vous, à combiner et modifier en conséquence les remèdes qu'il vous prescrit, et même à suspendre l'usage de ceux qui ne lui parassent pas absolument nécessaires, pour mieux juger l'influence du nouveau moyen dont vous voulez essayer.

Il est essentiel que le médecin soit informé du parti que vous avez pris, pour qu'il n'attribue point au traitement rationnel de la médecine, les crises que le magnétisme pourrait produire.

Dans les maladies graves, l'action du magnétisme est souvent insuffisante ; elle a besoin d'être aidée par des remèdes que le médecin peut seul indiquer.

Le magnétisme produit quelque­fois l'effet qu'on désirerait obtenir d'un médicament qui devient alors inutile ; ainsi on devait donner au malade un vomitif à six heures du matin, vous magnétisez à cinq, le vomissement a lieu, et vous ne donnez pas l'émétique.

On avait prescrit de l'opium le soir, pour calmer de vives douleurs et ramener le sommeil ; après la séance du magnétisme les douleurs ont cessé, le malade dort paisiblement, et vous ne donnez pas l'opium.

Vous faites fort bien.

Mais le médecin n'aurait-il pas raison d'être blessé si vous lui laissiez ignorer que vous n'avez pas suivi ses ordonnances, et si vous lui faisiez un mystère des motifs qui vous ont déterminé ?

Dans le cas de somnambulisme lucide, les avis du médecin ne sont plus nécessaires ; mais alors il est de l'honnêteté de l'informer des phénomènes que vous avez obtenus ; et c'est même un devoir de lui donner l'occasion de s'éclairer sur les effets du magnétisme, pour qu'il puisse, selon les circonstances, en joindre l'usage aux moyens qui lui sont connus par ses études et par son expérience.

Je viens d'indiquer les résolution et les mesures qu'on doit prendre avant de commercer le traitement est commencé.

Si vous vous endormez, et que votre magnétiseur vous prescrive des remèdes, vous les ferez avec une entière sécurité, avec une exactitude rigoureuse, et sans lui en demander la raison.

Il ne vous aura prescrit ces remèdes qu'autant qu'il vous aura rendu somnambule, et qu'il aura reconnu que votre somnambulisme est accompagné de clairvoyance.

C'est de quoi vous ne devez nullement vous occuper qu'après votre guérison.

Dans le même cas, vous ne vous alarmeriez nullement de quelques crises ou de quelques crises ou de quelques indisposition passagères, et vous vous en rapporteriez sans réserve à votre magnétiseur.

Si vous ne vous endormez pas, il peut arriver de trois choses l'une, ou vous ne sentirez rien, ou vous éprouverez soit du soulagement, soit quelques-uns des effets encourageans que j'ai décrits, ou vous vous trouverez plus mal.

Dans le premier cas, vous essaierez pendant environ un mois ; dans le second, vous continuerez avec patience tant que votre magnétiseur ne se lassera point ; dans le troisième, qui est assez rare, vous renoncerez au magnétisme après quelques jours, pour vous en tenir à la médecine ordinaire.

Mais il faut bien prendre garde de prononcer légèrement que la maladie s'est aggravée ; on pourrai, sur de fausses apparences, renoncer au magnétisme au moment où il va faire le plus de bien.

Un médecin qui aurait étudié et pratiqué le magnétisme ne se méprendrait sûrement pas sur la nature et les conséquences des effets qu'il produit ; mais un tel médecin n'est pas facile à rencontrer.

Je vais présenter quelque observation d'après lesquelles on pourra fixer son jugement selon les circonstances, et se conduire avec toute la prudence possible, sans se laisser troubler par des craintes mal fondées.

En décrivant les effets par lesquels le magnétisme manifeste son action, j'ai dit qu'il produisait souvent des douleurs très-vives.

Ces douleurs indiquent qu'il agit puissamment ; elles sont nécessaires pour triompher de la maladie.

S'il arrive donc que vous éprouviez des souffrances, vous aurez le courage de les supporter, vous n'en parlerez à personne ; vous les regardez comme la preuve d'un travail salutaire ; vous ne demanderez pas même à votre magnétiseur de les calmer.

Si vous n'avez pas pris d'avance la ferme résolution de résister aux premières douleurs que le magnétisme pourra vous faire ressentir, si votre magnétiseur n'a pas assez de confiance et de force de caractère pour ne pas s'en alarmer, il vaut mieux que vous ne commenciez pas.

Le mouvement qui a été imprimé, n'étant plus soutenu et régularisé, deviendrait nuisible.

Je conviens qu'on a vu quelque­fois le magnétisme exciter une irritation nerveuse et un malaise qui durent après la séance, sans être suivis d'aucune crise.

On est alors fondé à supposer que le fluide du magnétiseur ne convient pas.

Mais cette irritation et ce malaise ne ressemblent point aux douleurs dont je parle, ni même aux convulsions qui ont lieu dans les maladies nerveuses, et que le magnétiseur peut toujours calmer.

Dans le chapitre suivant, où je traiterai de l'application du magnétisme aux diverses maladies, j'examinerai plus particulièrement dans quelle circonstances il est á propos d'en suspendre l'usage.

Pendant la durée du traitement magnétique, vous aurez soin de suivre un régime doux, d'éviter les excès de tout genre, les veilles, la fatigue de corps et d'esprit ; et tout ce qui peut exciter des émotions vives et troubler la paix de l'âme.

Vous ferez usage de l'eau magnétisée, autant que cela se pourra sans qu'on y fasse attention.

Si vous éprouvez une amélioration notable dans votre état, et que les gens de votre connaissance s'en aperçoivent, ne leur dites pas pour cela le moyen que vous avez employé : attendez que votre guérison soit assez avancée, pour qu'il n'y ait aucun doute sur l'efficacité du magnétisme.

Il est aussi utile que consolant de se flatter qu'on obtiendra une guérison complète ; mais il s'en faut de beaucoup qu'on parvienne toujours á ce résultat.

Dans les maladies anciennes il arrive souvent qu'on éprouve d'abord un mieux sensible, qui se soutient, mais qui n'augmente pas ; alors, après quelques mois de traitement, on cessera de se faire magnétiser tous les jours, on éloignera graduellement les séances, et l'on finira par n'avoir recours au magnétisme que lorsqu'on sentira quelque nouvelle douleur qu'il peut facilement dissiper.

Il faut éviter des se faire magnétiser lorsque cela n'est plus nécessaire. Si l'on continue après la guérison, ou même après qu'on a obtenu du magnétisme tout le bien qu'il peut produire, on en prend l'habitude ; et c'est un grand inconvénient chez les personnes sensibles à cette action, et surtout chez celles qui sont susceptibles de somnambulisme.

Quoique qu'un individu exerce sur un autre, plusieurs magnétiseurs pensent qu'on peut se magnétiser soi-même : cela est vrai, mais seulement pour certaines personnes et dans certains cas.

Lorsqu'un homme qui a l'habitude de magnétiser à une douleur locale, par exemple au bras, ou à la jambe, ou à l'estomac, il peut la dissiper ou l'adoucir en employant, avec attention, sur lui même les procédés magnétiques ; mais il faut pour cela qu'il soit en bonne santé.

Quand on est attend d'une maladie générale, quand on a la fièvre ou une affection organique, il est clair qu'on ne peut tirer de soi-même le remède ; puisque le fluide dont on dispose n'a plus les qualités nécessaires.

Parmi les personnes qui ont été longtemps magnétisées, il en est qui, par leur volonté, peuvent se mettre dans l'état magnétique.

Je crois que c'est une faculté dont il ne faut jamais faire usage ; parce qu'en l'exerçant on prend une habitude de concentration qui peut fatiguer le système nerveux et devenir fort nuisible, comme nous le dirons en parlant des dangers du magnétisme.

Je ne crois pas devoir terminer ce chapitre sans répondre à une demande qui m'a été souvent adressée. Dans l'état actuel des choses, m'a-t-on dit, le magnétisme est si peu ou si mal connu, que beaucoup de malades ne sauraient trouver, ni dans leur famille, ni parmi leurs amis, quelqu'un qui puisse ou qui veuille les magnétiser.

Parmi ceux à qui l'on s'adresserai volontiers, les uns sont incrédules, d'autres croient à la réalité de l'agent, mais non à leur propre puissance ; d'autres manquent de loisir ; d'autre n'ont pas les dispositions physiques et la santé nécessaires pour suivre un traitement.

Quelques médecins ont confiance au magnétisme, mais il en est bien peu à qui leurs occupations permettent de le pratiquer.

Ne pourrait-on avoir un magnétiseur dont on reconnaîtrait les soins et qu'on dédommagerait du sacrifice de son temps ?

A cela je réponds qu'il y a à Paris plusieurs personnes qui se sont entièrement vouées à la pratique du magnétisme, et qui, lorsqu'elles ne sont pas déjà chargée de plusieurs malades, se rendent chez ceux qui les appellent.

Dans ce nombre il en est qui ont beaucoup d'expérience, qui sont douées des facultés les plus heureuses, et qui s'attachent vivement aux malades qu'elles ont entrepris de soigner.

J'en connais qui sentent le siége du mal, et modifient leur action en conséquence.

J'en connais même qui entrent dans un demi-somnambulisme, pendant lequel elles magnétisent avec beaucoup de discernement et d'efficacité.

Les personnes dont je parle n'ont point choisi l'exercice du magnétisme comme une profession lucrative. Après avoir été témoins des succès qu'elles ont obtenus le sont engagée à continuer.

Obligées alors de renoncer à tout autre moyen d'existence, il a bien fallu qu'elles en trouvassent un dans le parti qu'elles avaient pris.

Mais il ne suffit pas que quelqu'un soit connu pour exercer le magnétisme pour qu'on soit fondé à s'adresser à lui ; il faut auparavant s'informer si le magnétiseur proposé a réellement, et indépendamment de tout intérêt, une inclination décidée pour le magnétisme ;

s'il est disposé à s'attacher à ses malades ; s'il a quelques facultés instinctives, s'il a les qualités morales qu'on désirerait dans un ami ; s'il n'est pas déjà chargé de plusieurs malades ; s'il n'est pas livré à d'autres occupations qui le distraient.

En supposant qu'on soit satisfait sur tous ces points, on peut avoir recours à lui pour essayer d'abord de son influence, et pour s'y livrer ensuite si l'on s'en trouve bien, et si le médecin qui a approuvé qu'on entreprit le traitement juge qu'il produit des effets salutaires.

Alors le magnétisé traitera le magnétiseur avec amitié ; car s'ils n'ont pas de l'affection l'un pour l'autre, il est impossible qu'il s'établisse un rapport parfait.

Quoique le magnétiseur reçoive des honoraires comme un chirurgien qui viendrait panser une plaie, ce ne sera point ce motif qui le fera agir, mais le désir de faire du bien ; et, et quoique le magnétisé paye une rétribution, il ne se montrera pas moins sensible aux soins qu'on lui donne.

Les relations peuvent cesser après la fin du traitement ; mais tant que le traitement dure elles doivent être de confiance et d'amitié.

Si le malade devenait somnambule, il aurait auprès de lui un parent ou un ami qui prendrait note de ce qu'il aurait dit en somnambulisme, et qui s'adresserait à un médecin pour savoir ce qu'il faut penser de sa clairvoyance.

Il ne faudrait pas permettre qu'on admît à la séance un autre témoin que celui qu'on aurait d'abord choisi.

De son côté le magnétiseur doit s'engager à ne jamais faire connaître aucun des phénomènes qui ont eu lieu pendant le traitement, à moins qu'on ne l'y ait librement autorisé.

Le traitement fini, il pourra publier ceux des phénomènes dont la connaissance serait utile, mais avec la précaution de taire le nom des personnes, et de dissimuler les circonstances qui pourraient les désigner.

Ce que j'ait dit des rapports que le magnétisme établit entre celui qui agit et celui qui reçoit l'action, et de l'influence que le premier exerce momentanément sur le second, montre assez que, dans l'état actuel de la société, il serait presque toujours inconvenant qu'un maître se fît magnétiser par son domestique.

Toutefois déjà se peut lorsque le maître joint à de l'amitié pour domestique une entière confiance en lui, et que le domestique a pour son maître l'affection, le respect et le dévouement qu'il aurait pour un père.

Il n'est pas rare qu'une femme de chambre magnétise sa maîtresse avec autant de zèle que d'intelligence, sans jamais se prévaloir du bien qu'elle lui fait.

M. le marquis de Puységur a depuis quarante-cinq ans à son service un valet de chambre, nommé Ribault, qui le supplée dans ses traitemens magnétiques, qui a fait, de concert avec lui, des guérisons surprenantes, et qui l'a magnétisé avec autant de succès que de zèle, dans plusieurs maladies graves.

C'est un homme de bien, qui, s'étant instruit et parfaitement convaincu en voyan agir son maître, magnétise avec beaucoup de calme et d'énergie, sans chercher la raison des effets qu'il produit.

Voici comment M. de Puységur s'exprime à son sujet dans une note de l'ouvrage qu'il a publié en 1811 :

"Cet honnête homme est le même qui j'avais pur aide magnétiseur en 1784 et 1785, et dont j'ai parlé dans mes Mémoires d'alors.

Son attachement pour moi depuis plus de trente ans, et l'estime et l'amitié que je lui porte établissent entre nous ce rapport d'intention et de volonté reconnue si nécessaires à l'unité d'action magnétique."

Je n'ai pas besoin de faire observer que cette note est aussi honorable pour celui qui l'a écrite que pour celui qui en est l'objet.

Pourquoi de tels exemples ne sont-ils pas plus fréquens ?

"J'ai vu plusieurs fois des domestiques devenus somnambules magnétiser à merveille dans l'état de somnambulisme.

C'est un grand bonheur d'a­voir au­près de soi un somnambule dont on peut disposer ; mais, quelque reconnaissance qu'on ait pour les services qu'on reçoit de lui, on doit autant que possible lui cacher qu'il est somnambule : Il est surtout très essentiel de ne pas lui laisser soupçonner qu'il magnétise en somnambulisme."

 

Sur M. Le Marquis de Puységur.

Au moment où je reçois cette dernière feuille, j'apprends la mort de M. le marquis de Puységur, qui avait bien voulu accepter la dédicace de mon ouvrage.

Dans la douleur qui m'accable, ce serait une consolation pour moi de tracer ici le tableau des services qu'il a rendus à l'humanité ; mais un sujet si vaste ne saurait être traité à la hâte.

Le sentiment dont je suis pénétré ne suffit pas, et j'ai besoin d'avoir recueilli des détails pour justifier, aux yeux de ceux qui n'ont pas connu M. de Puységur, le tribut d'admiration que je crois devoir payer à sa mémoire.

Je ne puis aujourd'hui que me rappeler avec attendrissement l'amitié dout il m'honorait, les instruction que j'ai reçues de lui, et les exemples qu'il m'a donnés de la charité la plus active, de la modestie la plus sincère, et d'un dévoûment sans bornes à la propagation des vérités utiles.

Je me plais à croire que dans le séjour de paix, où il reçoit maintenant la récompense de ses vertus, il est encore sensible à l'attachement de ses amis, et à la reconnaissance de ceux qui lui ont comme moi de grandes obligations.

Si la doctrine exposée dans cet ouvrage conduit quelques personnes à faire du bien, je les prie de se souvenir que cette doctrine est la conséquence des principes établis et des faits observés par M. de Puységur.