APHORISMES DE

M.MESMER

Ses principes, sa théorie et les moyens de magnétiser

AVERTISSEMENT de L'EDITEUR DE 1793

Aphorismes de M.MESMER

Dictés à l'assemblée de ses élèves, dans lesquels on trouve ses principes, sa théorie et les moyens de magnétiser.

A Paris, 1785

Ouvrage mis au jour par M. C. de V. (Caullet de Veaumorel, Louis (1743-18..?). Éditeur scientifique)

Éditeur : M. Quinquet l'aîné (Paris), 1785. Monographie en Français, 176 p. ; in-24.

Domaine public

Source : Gallica, Bibliothèque nationale de France,

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Dévoué par goût à la physique et à la médecine, je me suis toujours occupé d'approfondir les faits les plus extraordinaires. De tous ceux qui ont piqué ma curiosité, aucun ne m'a aussi vivement frappé que le magnétisme animal.

J'entendais parler des phénomènes qu'il produisait et qui méritaient assurément l'attention de tout philosophe. Cependant il s'en fallait de beaucoup que j'ajoutasse foi à la plupart; ils me paraissaient si étonnants, que je les croyais enfantés par l'enthousiasme ou fondés sur des rapports.

On sait combien la vérité s'altère lorsqu'elle est transmise de bouche en bouche.

Cette incertitude me fit désirer de connaître par moi-même ce qu'on désignait sous le nom de magnétisme animal, et les propriétés de ce nouvel être.

Pour parvenir à s'éclaircir et à juger, il ne s'agissait pas seulement d'observer ce qu'éprouvaient les malades & les moyens qu'on employait pour leur procurer les effets dont je suis devenu témoin.

Je désirai me faire instruire, persuadé qu'en faisant un apprentissage j'aurais occasion de rencontrer dans des salles nombreuses la plupart des phénomènes qu'on m'avait dit avoir observés et qui tenaient du merveil- leux.

Je priai M. Deslon de m'instruire et de m'admettre à magnétiser à ses baquets. J'en reçus l'agrément avec l'honnêteté qu'il employait envers tous les médecins qui se présentaient à lui pour s'instruire. Je fis environ un mois d'apprentissage ; je désirai moi-même être soumis pendant ce temps à l'action du magnétisme animal, persuadé que pour définir parfaitement une maladie il fallait l'avoir éprouvée.

Je pris donc place au baquet, et j'observai avec la plus scrupuleuse attention les sensations que pouvaient me procurer les fers conducteurs et la corde dont je me ceignais le corps.

Je priai même tous les médecins magnétisants, dont le nombre, déjà grand, s'augmentait encore tous les jours, de me magnétiser. Je préférai ceux qui paraissaient mieux réunir la théorie à la pratique. Mais n'étant pas malade, et peut-être mauvais sujet magnétique, ce temps se passa sans avoir éprouvé aucune sensation.

Cependant les phénomènes que je voyais autour de moi ne me permirent pas de conclure, de ce que je n'éprouvais rien, que les autres devaient être des convulsionnaires ou visionnaires.

C'était au printemps et dans l'été. J'observai constamment que les jours de crises plus fortes et plus fréquentes étaient ceux où il devait y avoir de l'orage, et surtout après dîner, et que des circonstances variées contribuaient beaucoup à les augmenter ou à les diminuer.

En tout temps, une musique exprimant une tempête ou un bruit de guerre, etc., animait les crises languissantes et décidait celles qui restaient indécises, tandis que les personnes en crise violente trouvaient de l'adoucissement ou du calme dans un andantino affettuoso, ou dans quelque air pathétique en ton mineur. Toutes les fortes vibrations de l'air avaient également le pouvoir de décider les crises ou de les augmenter.

Le thermomètre et notre hygromètre ne m'ont point paru prédire les crises; mais le baromètre annonçant l'orage m'a rarement trompé, surtout l'après diner.

Je ne rapporterai point les différentes crises que j'ai observées. Tous les livres qui traitent sérieusement du magnétisme animal, même ceux qui l'ont tourné en dérision, en font assez mention pour que je ne cherche pas à les rappeler ici; d'autant plus que mon dessein n'est pas de publier une théorie des crises, mais de mettre au jour celle qu'emploie M. Mesmer pour produire les effets qu'il regarde comme des crises, parce qu'elles doivent tendre à rappeler la santé.

Les personnes maigres, bilieuses, sanguines, et dont le genre nerveux estirritable, sont communément celles sur qui le magnétisme animal m'a paru avoir plus d'action.

Je n'ai pas seulement fait ces observations dans les salles de M. Deslon; mais la plupart des baquets de Paris et des environs m'ont confirmé ces faits, et tous les phénomènes que j'y ai remarqués m'ont paru à peu près les mêmes.

Ils se sont toujours annoncés par les mêmes symptômes, soit pandiculations, bâillements, étouffements, petite toux, tremblement, sommeil, étonnement, palpitation de l'oeil, bourdonnement d'oreilles, flatuosité, gonflement de l'estomac, des hypocondres, etc.

Quelle qu'en soit la cause, j'ai remarqué des crises de la même nature à tous les baquets.

Il serait inutile dans ce moment de donner au public la théorie que je me suis faite sur cette cause. Elle serait d'autant plus déplacée, que pour publier une théorie et l'exposer au jugement public, il faudrait la donner à des personnes qui eussent au moins l'idée de ce qu'est le magnétisme animal, et qui pussent la vérifier en magnétisant eux-mêmes.

Ceux qui seront dépourvus de préjugés pourront être les vrais juges de la question qui occupe le public incertain. L'expérience seule fixera leur opinion sur le jugement qu'ils auront à porter, et la public instruit, ayant une idée nette des principes et des effets du magnétisme animal, se mettra à même de jouir des avantages qu'il y aura reconnus.

Je mets ces aphorismes au jour principalement pour les médecins dont l'opinion est suspendue, et qui, dans l'incertitude, ne sont pas portés à sacrifier une somme et à se déplacer de chez eux, pour venir écrire ces dictées, pratiquer le magnétisme animal hors du sein de leurs affaires.

C'est à leurs sollicitations que je me rends en publiant cet ouvrage, qui m'a été donné par un des élèves de M. Mesmer.

J'espère que l'auteur ne s'offensera pas de cette publicité. L'extension de sa doctrine a souvent été le vœu de ses écrits.

Je n'ai absolument rien changé à ces dictées, afin de ne pas être accusé d'y avoir voulu introduire quelque chose d'étranger à sa doctrine.

Les imperfections de style n'étonneront sûrement pas ceux qui sauront que ces dictées n'ont point été données pour être imprimées.

D'ailleurs on trouvera que M. Mesmer, quoique étranger, s'y fait fort bien entendre.

J'ai mis ces cahiers en ordre d'Aphorismes, pour donner au public la facilité de faire des notes sur chaque paragraphe, et afin de pouvoir appliquer, dans quelque temps, les commentaires que me fourniront les expériences et les réflexions des philosophes qui s'en seront occupés.

Ils m'obligeront en me les adressant port franc. Je les emploierai avec reconnaissance, autant qu'ils ne seront point dictés par l'enthousiasme. Je mettrai même le nom de ceux qui me les auront fait passer, afin que je puisse donner au public des preuves de l'impartialité qu'on refuse à mon état. Ceux qui désireront que leur nom reste inconnu seront désignés par la lettre qu'ils indiqueront. Ils auront la complaisance de marquer le numéro du paragraphe auquel auront rapport leurs notes, pour qu'elles soient directement placées sous chaque aphorisme, dont elles deviendront le commentaire.

Mon intention est de donner au public un recueil d'opinions qu'il m'aura remis lui-même en détail.

Disciple de M. Deslon, je n'enfreindrai point la parole d'honneur que j'ai signée chez lui de n'instruire personne de ses procédés sans le consentement du comité.

Mais comme sa méthode lui est personnelle et qu'il n'a jamais prétendu qu'elle fùt celle de M. Mesmer, je me fais une loi de ne point amplifier celle-ci aux dépens de l'autre, même d'une troisième méthode intéressante que je connais.

Les médecins instruits de la doctrine de M. Deslon s'empresseront de la confronter avec celle de M. Mesmer, et je ne doute pas que les élèves de celui-ci n'éprouvent le même empressement, lorsque M. Deslon aura tenu la promesse qu'il a récemment donnée de faire connaître sa propre doctrine.

Cette collection tournera au profit du public, qui pour lors jugera lui-même les effets et les propriétés du magnétisme animal.

Je me permettrai seulement les deux remorques suivantes, pour démontrer qu'il ne faut absolument pas dédaigner les phénomènes que nous offre la nature.

Qu'on imagine ce qu'on aurait pensé d'un homme qui aurait dit, il y a deux cents ans, qu'un corps vitrifié était naturellement entouré d'un fluide dont la subtilité pénétrait invisiblement presque tous les corps, et dont l'activité, semblable à la foudre, était aussi propre à détruire l'économie animale qu'à rappeler les organes du corps humain à leurs fonctions naturelles.

Si quoiqu'un même, dans ce siècle éclairé, disait qu'il n'est pas indifférent d'avoir les mains couvertes d'huile de vitriol, exposées au soleil ou à l'ombre, on pourrait négliger cette découverte.

Mais on serait cependant bien surpris si la même personne, faisant cette expérience sans aucune préparation préliminaire et à l'ombre où cette huile le brûlerait, démontrait ensuite que les rayons du soleil arrêtent cette brûlure, et qu'en y exposant ses mains il peut se laver avec la même huile, sans éprouver aucune sensation désagréable.

Cette nouvelle découverte, dont on pourra sans doute tirer parti, est due à M. Quinquet, maître en pharmacie, déjà connu par des expériences intéressantes sur l'électricité, et par ses lampes à courant d'air et à cylindre de verre, dent il est l'inventeur, et auxquelles la perfection qu'il vient d'y ajouter assure à jamais son nom.

Comme je me suis attaché à laisser les principes, la doctrine et les procédés du magnétisme animal dans l'état où ils me sont parvenus, je crois nécessaire de prévenir les contrefaçons, en ajoutant mon nom à la fin de ces aphorismes sur une feuille blanche qui pourra être coupée, parce que nous ne vendrons l'ouvrage qui suivra celui-ci, et pour lequel j'ai déjà reçu beaucoup de notes, qu'à ceux qui m'enverront cette feuille sur laquelle sera ma signature,

1785, Caullet DE VEAUMOREL

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