Franz-Friedrich-Anton Mesmer est né en 1734 à Iznang près du lac de Constance. Son père, Anton, était Garde Forestier du Prince Archevêque.
Le jeune Franz passe ainsi les premières années de sa vie en contact étroit avec la nature ; il court les bois, piste les animaux, et prend un vif plaisir à remonter les cours d'eau et en trouver la source.
Il fréquente de ce fait, les sourciers du pays. Aurait-il déjà éprouvé dans cette jeunesse sylvestre l'influence du fluide magnétique qui fera sa renommée ? A t-il ressenti voire déjà expérimenté son pouvoir de guérisseur ?
Ses amis l'affirment.
En 1752, Franz-Anton Mesmer s'inscrit à l'Université jésuite de Dillingen et, en 1754, à la célèbre université d'Ingolstadt, pour sa troisième année de théologie. Il commence des études juridiques, en 1759, puis entre en médecine, l'année suivante, à l'Université de Vienne.
Il y soutient une thèse sur le thème De l'influence des astres, des planètes sur la guérison des maladies en 1766, dans laquelle on retrouve les thèmes chers aux alchimistes et astrologues judiciaires, tels Paracelse, le médecin de Bruxelle, Jan Baptist Van Helmont (Le traitement magnétique des plaies, 1621) ou le jésuite allemand Athanasius Kircher.
En janvier 1768, Mesmer épouse la riche veuve Maria-Anna Von Posch (Von Bosch dans la correspondance de Mozart). De nombreux musiciens viennois fréquentent leur maison, notamment Haydn, Gluck et Mozart qui immortalisera le docteur en l'integrant à son opéra Così fan tutte.
En 1773, Mesmer saisit l'occasion d'entreprendre un traitement médical basé de sa conception de l'existence d'un fluide universel, en assistant le père Maximilian Hell.
Ce vieux jésuite, était un universitaire renommé, professeur d'astrologie-nomie, installé à Vienne. Il opérait des soins au moyen d'un système de plaques aimantées, de son invention.
Considérant que les maladies proviennent d'une mauvaise répartition, ou circulation, des fluides à l'intérieur du corps humain, il prétendait, à l'aide de pièces aimantées, drainer ces fluides, rétablir leur circulation et ainsi obtenir la guérison des malades.
Dans un cas grave d'affection nerveuse chez la fille d'un membre de la Cours de l'Empereur d'Autriche, Mesmer, fut convaincu que la volonté de l'opérateur agissait autant sinon plus, que l'application des aimants, dans le phénomène de guérison. Cette observation, "parmi les plus belle qui aient jamais été faites" selon Deleuze, eut lieu le 29 juillet 1774.
Mesmer reconnaissait le peu de certitude de l'art de guérir et au milieu de la multitude des opinions et systèmes contradictoires, il crut pouvoir établir la médecine sur des bases plus naturelles.
Mesmer rapporte l'amélioration de la santé de la patiente mais ne fait pas mention de son observation sur l'importance capitale de la volonté du docteur dans la guérison.
Le Père Hell s'empressa cependant de publier des résultats qu'il attribuait à ses seuls aimants. Mais, contrairement aux conclusions de l'abbé, Mesmer continuait d'affirmer que le rôle de l'opérateur était plus important que celui de l'aimant.
Il fallut cinq mois au jeune assistant pour mûrir et coucher sur papier, dans une Lettre à un médecin étranger, sa découverte du Magnétisme Animal, fluide universel, aussi influent qu'impossible à saisir par les sens.
Un fluide vital, qui unirait l'homme à l'univers comme deux objets aimantés entre eux. Mais qui serait activé par la seule volonté du pratiquant, et donc différent dans son essence du magnétisme minéral bien connu, mécanique, de l'aimant.
De cet instant, d'aucuns susurrent, qu'ayant baffoué l'honneur d'un membre éminent de la Compagnie de Jésus, il fut décidé que Mesmer serait poursuivi à outrance et que le Magnétisme Animal serait proscrit.
Quelques mois plus tard, Mesmer se vit confier le cas d'une certaine demoiselle Paradis, pianiste de Cours, devenue complètement aveugle à la suite d'une attaque de goutte sereine accompagnée de convulsions dans les yeux. Après quatorze ans, aucun médecin à Vienne et alentour n'avait pu la soulager.
Mesmer, après quelques séances réussit à calmer les convulsions. Il insista pour que la jeune fille pris pension chez lui afin d'y recevoir des soins suivis. Elle retrouva la vue, mais se lia très fortement et de manière passionnée au praticien.
Le père de cette dernière, enthousiasmé par l'amélioration visible de la vue de sa fille, fit publier une relation de cette cure dans les journaux et invita les médecins de Vienne à venir constater les faits.
Mesmer refusa qu'elle réintègre le domicile familial, pour ne pas interrompre la cure. Face au scandale orchestré par les parents, il dut cependant se soumettre. Privée de soins, sa santé de la pianiste se dégrada rapidement et elle perdit la vue de nouveau.
L'histoire ajoute que, devenue complètement aveugle, elle aurait recroisé le chemin de Mesmer lors d'un récital qu'elle donna à Versailles en 1784...
Pour échapper au scandale provoqué par le cas Paradis, Mesmer se rendit à Vienne dans l'espoir de se faire entendre. Mais en dépit des guérisons qu'il obtenait, en lutte avec ses confrères, il est invité à ne pas compromettre la réputation de la Faculté de médecine avec des innovations de ce genre.
Pourtant, Mesmer comme d'autres médecins de l'époque, contribuait à mettre en évidence le rôle du système nerveux dans la maladie et sa guérison.
Il imaginait que ce dernier dépendait d'un fluide subtil soumis à différents agents internes et externes, comme l'océan est soumis aux marées et prétendait avoir trouvé le secret de ce fluide.
Expulsé de l'Université en 1778 pour pratiques charlatanesques, Mesmer séjourne à Paris. Sa réputation l'ayant précédé, il est accueilli par une foule de curieux.
"Curiosité superficielle et inquiète qui veut tout voir sans rien approfondir qui est le goût dominant de Paris".
Il fut présenté au premier médecin du Duc d'Artois, M. d'Eslon, qui fut témoin de certains résultats étonnants qu'obtenait le médecin autrichien sur certaines pathologies.
Ce dernier l'incita à écrire un premier "Mémoire sur la découverte du magnétisme" [lien] pour se présenter à l'Académie des Sciences.
En dépit de l'intérêt porté par certains de ses membres, l'Académie lui retourna le plus profond mépris, sinon une hostilité revêche, et menaça les docteurs d'être rayés du tableau s'ils pratiquaient le magnétisme.
En dépit de l'anathème des savants, Mesmer trouva un accueil très favorable à la Cours de France.
M. de Breteuil lui offrit de la part de la Reine, autrichienne comme lui, une pension de 30 000 Livres. D'autre part, il mit en place un enseignement de sa méthode contre une souscriptions de 100 Louis, ce qui contribua à ancrer durablement sa réputation d'homme vénal.
Pourtant, certains assurent l'avoir vu retourner la souscription à des adhérents dans le besoin.
Les quelques deux cents souscripteurs se réunirent sous l'appellation de Société de l'Harmonie.
Le Magnétisme connut alors un developpement rapide sous l'impulsion d'homme tels que les marquis de La Fayette et de Tissard, les comtes de Puységur, d'Avaux, messieurs Duval d'Espréménil et de Prat, conseillers aux Parlements de Paris et Bordeaux, ainsi que nombre de médecins, outrepassant l'injonction de l'Académie.
Arrivé à Paris en 1778, il officie l'hôtel Bourret place Vendôme puis à l'hôtel Bullion, près de Saint-Eustache, et encore à l'hôtel de Coigny, rue du Coq-Héron. Il invitait les malades à se rassembler autour de baquets, qu'il avait conçu. Sa clientèle s'accroissant, il s'établit à Créteil.
Mesmer préférait pratiquer des thérapeutiques de groupe, qui décuplaient, selon son expérience, la puissance du fluide. Les patients se disposaient, autour d'un baquet de bois circulaire, fermé, rempli de bouteilles d'eau - magnétisées par le maitre - disposées tète-bêche, en alternance avec des couches de limaille de fer, également magnétisée.
Des tiges de fer sortent de l'installation, pour que les patients les mettent en contact avec l'endroit du corps qui les fait souffrir.
Mesmer aimait à se promener au milieu de la foule en compagnie de ses "valets toucheurs", élégamment vêtu d'un habit de soie lilas, apposant les mains ou une baguette de fer magnétisée, ici ou là, sur les malades, en marmonnant des incantations.
Ces traitements collectifs donnaient parfois lieu à des crises où les sujets étaient pris de convulsions, signe que le fluide faisait son effet, selon le maître de cérémonie.
« L'homme qui magnétise a ordinairement les genoux de la malade renfermés dans les siens.
La main est appliquée sur les hypocondres et quelques fois plus bas sur les ovaires, il passe la main droite derrière le corps de la femme.
L'un et l'autre se penchent pour favoriser ce double attouchement. »
Mozart et la Reine Marie-Antoinette notamment, auraient figuré parmi ses patients.
Certains baquets pouvaient traiter jusqu'à 20 personnes à la fois et Mesmer en avait installé quatre dans son salon, dont un gratuit, réservé aux pauvres.
Pour répondre à l'engouement suscité par le phénomène, Mesmer magnétisait les arbres de son jardin et invitait ceux qui ne trouvaient pas de place autour des baquets à les enlacer !
Apparaissent alors les premiers démêlés avec l'Académie des Sciences et la Société Royale de Médecine qui s'émeuvent de voir ainsi leurs femmes se pâmer et voient dans les méthodes de Mesmer une atteinte à la moralité publique :
« Ce sont toujours les hommes qui magnétisent les femmes... D'ailleurs la plupart des femmes qui vont au magnétisme ne sont pas réellement malades; beaucoup y vont par oisiveté et désœuvrement... »
« La proximité longtemps continuée, l'attouchement indispensable, la chaleur individuelle communiquée, les regards confondus, sont les voies connus de la nature pour opérer immanquablement la communication des sensations et des affections... »
« La respiration est courte, entrecoupée, la poitrine s'élève et s'abaisse rapidement. les convulsions s'établissent le souvenir n'en est pas désagréable et les femmes n'ont pas de répugnance à le sentir à nouveau... »
En 1784, à la demande de Louis XVI, le gouvernement nomme deux Commissions Royales d'Enquête composées de médecins et de scientifiques.
Antoine Lavoisier, Benjamin Franklin (ambassadeur des États-Unis à Paris), le mathématicien Jean Sylvain Bailly ou Joseph Guillotin sont chargés d'évaluer la rigueur scientifique du Magnétisme Animal.
Franklin, refusant de se déplacer à cause de sa mauvaise santé, les travaux chargés d'évaluer la rigueur scientifique du Magnétisme Animal, ne furent pas conduits dans les lieux où Mesmer opérait mais à la résidence de l'américain, à Passy.
De plus, en l'absence du principal interressé, ce fut un certain M. d'Eslon, réfuté par Mesmer pour n'avoir pas acquis officiellement sa méthode.
Mesmer contesta la présence de ce dernier et s'en plaignit par écrit à Franklin qui ne daigna pas accorder d'intérêt à un détail qui ne remettait pas en cause, selon lui, la rigueur scientifique.
Le personnage de Franklin revêt une importance méconnue dans les affaires de son temps. Son imposante correspondance avec de nombreuses personalités de la Cours de France l'atteste.
Lors de l'étude du cas Mesmer, l'influence de l'ambassadeur américain a été décisive.
Son refus de se déplacer ainsi que le fait de choisir un expérimentateur non accrédité montre finalement le peu de rigueur scientifique de la contre-expérimentation. On eut voulu mettre la lumière sous le boisseau qu'on ne s'y serait pas pris différemment.
Le rapport conclut rapidement qu'il n'y avait aucune évidence scientifique du phénomène et que les effets observés étaient le fruit de l'imagination :
« Ayant démontré par des expériences décisives que l'imagination sans magnétisme produit les convulsions, et que la magnétisme sans imagination ne produit rien.
Concluons d'une voix unanime que rien ne prouve l'existence du fluide magnétique animal, que ce fluide sans existence est par conséquent sans utilité. »
À la suite de la publication du rapport, Mesmer quitta Paris en 1785 pour retourner à Vienne.
Bien que condamné, le Magnétisme Animal se développe, diffusé par la Société de l'Harmonie Universelle et la découverte du somnambulisme magnétique par des disciples de Mesmer, comme le marquis de Puységur ou l'Abbé de Faria, moine portugais célèbre pour son apparition dans le Comte de Monte-Cristo, de Dumas.
Mesmer s'installe en Suisse où il continue ses recherches. En 1799 il publie un deuxième mémoire et se retire sur les bords du lac de Constance où il meurt le 15 mars 1815.
Sa tombe 'illuminée' d'un Delta Mystique révélateur...
Mesmer refait surface au XIXe siècle, quand des partisans du docteur fondent la Société du Magnétisme Animal.
L'intérêt pour le somnambulisme magnétique est alors à son comble : médecins, chirurgiens, artistes suivent les enseignements du docteur devenant des mesmériens.
La condamnation en France du somnambulisme magnétique prononcée par l'Académie de médecine en 1837 marque un temps d'arrêt pour une thérapeutique mesmérienne pratiquée au grand jour, et en particulier àl'hôpital.
Elle ne cesse pas pour autant mais est contrainte à la discrétion.
Elle se cantonne désormais au monde du spectacle.