La MAISON de KAFFRINE

Toubabou fait construire sa maison au pays de l'arachide...

Tout allait bien à l'étage ! Le deuxième niveau était en bonne voie d'achèvement et le moral sur le chantier était au beau fixe quand Toubabou a dû reprendre la mer.

Il n'imaginait pas qu'une certaine intervention extérieure contribuerait à semer la discorde...

Jusqu'ici, tout allait bien, comme sur des roulettes... Puis les nuages se sont accumulés dans le ciel bleu de Kaffrine. C'est une image, bien sur, car le temps reste au beau-fixe.

La chappe de l'étage a été posée, les travaux d'étanchéisation pouvaient commencer dans la joie, quand Toubabou surgit sur le toit, visiblement mécontent. Par deux fois il avait trébuché dans l'escalier, manquant de peu la chute.

L'élément central de la maison, l'artère principale de la structure, l'escalier, pourtant essentiel, était bancale et il boitait ! Au beau millieu du colimaçon deux marches ne se mettaient pas d'accord. Elles n'affichaient pas la même hauteur, l'une rendant 7 cm à l'autre.

C'est ballot... et dangereux ! On trébuche sur l'une, on bute sur l'autre, et c'est la chute assurée.

Impossible de risquer les articulations, cols-du-fémur et autres rotules, d'éventuels locataires, invités ou du Maître-de-maison, lui même.

Toubabou demande à Abdul le chef de chantier : "Que s'est-il passé ?"

Abdoul répond : "Il faut demander au maçon".

Toubabou demande au maçon : "Que s'est-il passé ?"

Le maçon répond : "Je ne sais pas, ce n'est pas de ma faute".

Toubabou dit : "Qui a coulé le béton ?"

Le maçon dit : "C'est moi ! "

Toubabou dit : "C'est donc toi le responsable"

Le maçon dit : "Non, non, moi j'ai bien pris toutes les mesures. Ce n'est pas ma faute"

Toubabou dit : "C'est la faute de qui alors ?"

Le maçon dit : "Ça, c'est la faute de l'Intervention Divine !"

"L'Intervention Divine" ?

De fait, persuadé d'avoir correctement pris les mesures, pour le maçon, il ne pouvait s'agir que d'une "intervention divine".

Quoi d'autre ? Il savait lire un mètre, il savait additionner sept et sept, quatorze et quatorze, même, s'il le fallait... Allait-on l'accuser d'incompétence ou de négligence ? Allait-il porter le poids des retards, seul ?

Non seulement, il refusait d'endosser la responsabilité de l'erreur mais, de plus, il renaclait à défaire ce que la main invisible lui aurait fait faire. En un mot il refusait de détruire à coups de burin l'œuvre du Tout-Puissant.

Mais les trompettes ne résonnent pas du même air dans le ciel du babtou, et la notion "d'intervention divine" n'entre généralement pas en considération dans les devis de maçonnerie...

Bravant les foudres des cieux, Toubabou a insisté, réclamé, grondé, faisant valoir son bon droit pour finalement menacer de ne plus montrer la couleur de l'argent si cela n'était pas rectifié au plus vite...

A contre-cœur et dans la crainte des foudres celestes, le burin a grignotté les centimètres en trop. L'incident est clos et les travaux d'imperméabilisation peuvent continuer sous des cieux qui sont restés cléments.

Amen.

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