BRAVE NEW WORLD

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Meilleur des Mondes

Aldous Huxley

Traduit de l'anglais par Denise Meunier.

Les extraits cités du Meilleur des Mondes ont été empruntés à la traduction de Jules Castier.

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X - Hypnopédie

Vers la fin de l'automne 1957, Woodland Road Camp, établissement pénitentiaire à Tulare County, Californie, fut le théâtre d'une expérience curieuse et intéressante.

Des haut-parleurs miniatures furent placés sous les oreillers d'un groupe de prisonniers qui s'étaient offerts à tenir le rôle de cobayes psychologiques.

Chacun des appareils était relié à un phonographe dans le bureau du directeur.

Toutes les heures, pendant la nuit, un murmure édifiant répétait une brève allocution sur « les principes d'une vie conforme à la morale ».

En s'éveillant à minuit, le détenu pouvait entendre cette petite voix exalter les vertus cardinales ou murmurer, au nom de ce qu'il y avait de meilleur en lui-même : « En mon âme et conscience, je suis empli d'amour et de compassion pour vous. »

Après avoir lu le récit de cette expérience, j'ai repris le deuxième chapitre du Meilleur des Mondes, celui où le directeur de l'Incubation et du Conditionnement pour l'Europe Occidentale explique à un groupe d'étudiants, le fonctionnement de ce système étatisé d'éducation morale, connu sous le nom d'hypnopédie au septième siècle après F.

Il raconte à son auditoire que les premiers essais avaient été mal orientés, donc infructueux.

Les éducateurs avaient essayé de donner une formation intellectuelle à leurs élèves endormis, mais une activité de ce genre est incompatible avec le sommeil.

L'hypnopédie ne réussit donc qu'à partir du moment où l'on s'en servit pour le dressage moral, en d'autres termes, pour le conditionnement des attitudes par la suggestion verbale dans un temps de résistance psychologique diminuée.

« Le conditionnement que des paroles n'accompagnent pas est grossier et tout d'une pièce, il est incapable de faire saisir les distinctions plus fines, d'inculquer les modes de conduite plus complexes exigés par l'Etat. Pour cela il faut des paroles, mais des paroles sans raison »... du genre qui ne nécessite aucune analyse pour être compris, mais peut être ingurgité en bloc par le cerveau endormi.

C'est cela la véritable hypnopédie, « la plus grande force moralisatrice et socialisatrice de tous les temps. »

Dans le Meilleur des Mondes, aucun citoyen des basses castes ne causait jamais la moindre difficulté. Pourquoi ?

Parce que dès l'instant où il pouvait parler et comprendre ce qu'on lui disait, il était exposé à des suggestions indéfiniment répétées, nuit après nuit, aux heures d'assoupissement et de sommeil.

Ces suggestions étaient « comme des gouttes de cire à cacheter liquide, des gouttes qui adhèrent, s'incrustent, s'incorporent à ce sur quoi elles tombent jusqu'à ce qu'enfin le roc ne soit plus qu'une seule masse écarlate.

Jusqu'à ce qu'enfin l'esprit de l'enfant, ce soit ces choses suggérées et que la- somme de ces choses suggérées ce soit l'esprit de l'enfant.

Et non pas seulement l'esprit de l'enfant, mais également l'esprit de l'adulte - pour toute sa vie.

L'esprit qui juge et désire et décide - constitué par ces choses suggérées. Mais toutes ces choses suggérées, ce sont celles que nous suggérons, nous - que suggère l'Etat... »

A la date d'aujourd'hui, la suggestion hypnopédique n'a été administrée que je sache, par aucun Etat plus considérable que Tulare County et la nature de ses conseils aux malfaiteurs est irréprochable.

Si seulement nous pouvions tous, et pas seulement les pensionnaires de Woodland Road Camp, être effectivement emplis d'amour et de compassion pour autrui pendant nos nuits !

Non, ce n'est pas le message transmis par le chuchotement inspirateur qui est critiquable, c'est le principe de l'enseignement pendant le sommeil par des organisations d'Etat.

Ce procédé fait-il partie des instruments que des personnages officiels, chargés d'exercer l'autorité dans une société démocratique, doivent être autorisés à manier comme bon leur semble ?

Dans le cas qui nous occupe, ils ne font usage que de volontaires et dans les meilleures intentions, mais rien ne garantit qu'elles seront aussi louables dans d'autres circonstances, ni que l'endoctrinement sera réservé à des volontaires.

Toute loi ou disposition sociale qui risque d'induire les dirigeants en tentation est mauvaise. Toute loi ou disposition qui leur évite la tentation d'abuser, pour leur profit ou celui de l'Etat, ou celui. de quelque organisation politique, économique, ecclésiastique, des pouvoirs qui leur ont été délégués, est bonne.

L'hypnopédie, si elle est efficace, constituerait un instrument d'une redoutable puissance entre les mains de quiconque serait en mesure d'imposer des suggestions à un auditoire captif. Une société démocratique est celle qui se fonde sur la conviction que l'on abuse souvent du pouvoir et qu'il convient, par conséquent, de ne le confier aux fonctionnaires qu'en quantités limitées et pour des périodes de temps limitées. Dans une telle société, la loi devrait réglementer l'usage de l'hypnopédie par les représentants du gouvernement, supposé, bien sûr, qu'il s'agisse vraiment là d'un instrument de puissance.

Est-ce le cas? Le procédé fonctionnera-t-il aussi bien que je l'avais imaginé dans mon anticipation? Examinons les faits d'expérience.

Dans le Psychological Bulletin de juillet 1955, Charles W. Simon et William H. Emmons ont analysé et critiqué les dix plus importantes études faites dans ce domaine. Toutes concernaient la mémoire. L'enseignement pendant le sommeil aide-t-il l'élève quand il s'agit d'apprendre mécaniquement?

Dans quelle mesure un sujet se rappelle-t-il le lendemain au réveil, les connaissances qu'on lui a chuchotées à l'oreille pendant son sommeil?

Simon et Emmons répondent comme suit : « Dix études sur l'enseignement pendant le sommeil ont été passées en revue.

Beaucoup d'entre elles ont été citées sans discrimination par des entreprises commerciales ou dans des revues populaires et des articles de journaux comme autant de preuves en faveur d'une possibilité d'apprendre pendant que l'on dort.

Une analyse critique a été faite de l'organisation des expériences en cause, des statistiques, de la méthodologie et des critères employés pour définir le sommeil. Toutes les études ont révélé des faiblesses dans un ou plusieurs de ces domaines. Elles n'établissent pas avec une netteté sans équivoque que des connaissances sont assimilées pendant que le sujet dort véritablement.

Il semble pourtant qu'un genre d'acquisition se produise dans un état de veille particulier, tel que les sujets ne se rappellent plus par la suite s'ils étaient éveillés. Ce phénomène est susceptible d'avoir une grande importance pratique si l'on considère l'économie du temps d'études, mais il ne peut être interprété comme un enseignement pendant le sommeil...

Le problème est en partie obscurci par une définition insuffisamment précise du sommeil. »

Cependant le fait demeure que dans l'armée américaine, au cours de la dernière guerre mondiale (et même pendant la première, à titre expérimental), des cours de code Morse et de langues étrangères donnés pendant la journée étaient complétés par des instructions durant le sommeil - avec des résultats satisfaisants, apparemment.

Depuis la fin des hostilités, plusieurs entreprises commerciales aux U.S.A. et ailleurs ont vendu de grosses quantités de haut-parleurs pour oreiller, de phonographes avec système d'horlogerie et de magnétophones à des acteurs qui se hâtaient d'apprendre leurs rôles, à des politiciens et des prédicateurs qui voulaient donner l'illusion d'une éloquence naturelle, à des étudiants se préparant aux examens et enfin à ceux, innombrables, qui ne sont pas satisfaits d'eux-mêmes et voudraient que la suggestion, ou l'auto-suggestion les aidât à devenir autres.

Il est facile à chacun d'enregistrer ses propres messages inspirateurs sur une bande magnétique et de les écouter, inlassablement répétés, le jour et pendant le sommeil.

Ceux de l'extérieur peuvent être achetés sous forme de disques portant une variété extrêmement considérable de conseils salutaires.

Il en existe sur le marché pour détendre et amener une relaxation profonde, pour favoriser la confiance en soi (très demandés par les représentants de commerce), pour augmenter le charme et rendre la personnalité plus attirante.

Parmi les plus en vogue, on range ceux qui permettent de réaliser l'harmonie sexuelle et ceux qui s'adressent aux personnes voulant perdre du poids (« Je suis indifférent(e) au chocolat, insensible à l'attrait des pommes de terre, totalement impassible devant les croissants »).

Il y a des disques pour une meilleure santé et même pour gagner plus d'argent.

Le plus remarquable, c'est que, selon les témoignages envoyés sans qu'on les en prie par les acheteurs reconnaissants, nombreux sont les hommes d'affaires qui gagnent effectivement plus d'argent après avoir écouté les suggestions hypnopédiques, les grosses dames qui perdent du poids, les couples à la veille de divorcer qui parviennent à l'harmonie sexuelle et vivent désormais heureux.

Dans ce contexte, un article de Theodore Barber, « Sommeil et hypnose », publié par The Journal of clinical and experimental hypnosis (octobre 1956), est des plus révélateurs.

L'auteur souligne qu'il existe une différence importante entre le sommeil léger et le sommeil profond.

Dans le second cas, l'électroencéphalographe n'enregistre aucune onde alpha, alors qu'elles apparaissent dans le premier et, vu sous cet aspect, on peut dire que le sommeil léger est plus proche des états de veille et d'hypnose (où elles sont présentes) que du sommeil profond.

Un bruit violent éveillera une personne profondément endormie; un stimulus moins énergique fera réapparaître les ondes alpha sans provoquer le réveil et succéder le sommeil léger au sommeil profond.

Une personne profondément endormie n'est pas apte à recevoir des suggestions, mais si elle ne dort que légèrement, Mr. Barber a noté qu'elle y réagissait de la même manière qu'en état d'hypnose.

Beaucoup de ceux qui ont exploré dans les premiers le domaine de l'hypnotisme ont fait des expériences similaires.

Dans son ouvrage classique History, Practice and Theoty of Hypnotism, publié en 1903, Milne Bramwell indique que « beaucoup de spécialistes faisant autorité assurent avoir transformé le sommeil naturel en hypnose.

Selon Wetterstrand, il est souvent très facile de se mettre en rapport (12) avec des sujets endormis, surtout des enfants...

Wetterstrand estime que cette méthode pour provoquer l'hypnose a une grande valeur pratique et assure qu'il l'a souvent utilisée avec succès ».

Bramwell cite dans le même sens de nombreux autres hypnotiseurs expérimentés (entre autres d'éminents spécialistes comme Bernheim, Moll et Fore!).

Aujourd'hui, un expérimentateur ne parlerait pas de « transformer le sommeil naturel en hypnose ».

Tout ce qu'il se déclare prêt à affirmer, c'est que le sommeil léger (en opposition au sommeil profond sans ondes alpha) est un état dans lequel beaucoup de sujets acceptent les suggestions aussi volontiers que dans celui d'hypnose.

Par exemple, après qu'on leur a dit, alors qu'ils dorment légèrement, qu'ils vont s'éveiller dans un petit moment très altérés, beaucoup en effet reviennent à l'état de veille avec la bouche sèche et une soif ardente.

L'écorce cérébrale est peut-être trop inactive pour penser juste, mais assez en alerte pour réagir aux suggestions et les transmettre au système nerveux autonome.

Comme nous l'avons déjà vu, le médecin et expérimentateur suédois très connu, Wetterstrand, réussissait particulièrement bien dans le traitement par hypnose des enfants endormis.

De nos jours, ses méthodes sont suivies par nombre de pédiatres qui apprennent aux jeunes mères l'art de faire des suggestions salutaires à leurs enfants pendant les heures de sommeil léger.

Ce genre d'hypnopédie permet de guérir l'incontinence d'urine et l'onychophagie, de préparer les petits malades à subir une intervention chirurgicale sans appréhension, à leur donner confiance et assurance lorsque, pour une raison ou une autre, les circonstances de leur vie sont devenues angoissantes.

J'ai personnellement constaté les résultats remarquables obtenus par ce procédé chez des enfants et il est probable qu'il serait aussi efficace pour des adultes.

Pour un aspirant-dictateur la morale de toute cette histoire est évidente.

Appliquée dans de bonnes conditions, l'hypnopédie est efficace -autant semble-t-il que l'hypnose.

La plupart des choses que l'on. peut faire à une personne hypnotisée et avec elle, peuvent être faites à une personne qui dort légèrement et avec elle.

Les suggestions verbales sont transmises par l'intermédiaire de la substance corticale somnolente au cerveau moyen, à la moelle allongée et au système nerveux autonome.

Si ces instructions sont bien conçues et souvent répétées, les fonctions organiques du dormeur peuvent être améliorées ou inhibées, de nouveaux sentiments implantés et les anciens modifiés, des ordres post-hypnotiques donnés, des slogans, formules et mots-déclencheurs profondément gravés dans la mémoire.

Les enfants sont de meilleurs sujets que les adultes et le dictateur ne manquera pas d'exploiter à fond cette particularité.

Les bébés des garderies et des écoles maternelles recevront des suggestions hypnopédiques pendant leur sieste de l'après-midi ; pour les plus grands - surtout ceux des membres du parti, destinés à former les cadres - il y aura des pensionnats où l'excellente instruction donnée dans la journée sera complétée la nuit.

Dans le cas des adultes, les malades seront l'objet d'une attention particulière.

Ainsi que Pavlov l'a démontré, il y a bien des années, des chiens volontaires et résistants deviennent parfaitement aptes à être suggestionnés après une opération ou pendant une maladie débilitante.

Notre dictateur veillera donc à ce que chaque salle d'hôpital soit munie des appareils de sonorisation voulus.

La résection d'un appendice, un accouchement, une pneumonie ou une crise de foie pourront servir de prétexte à un cours intensif de loyalisme et de ferveur dirigée, ou à une remise en mémoire des principes de l'idéologie locale.

D'autres auditoires captifs peuvent se trouver dans les prisons, les camps de travail, les casernes, les navires en mer, les trains et les avions, la nuit, les lugubres salles d'attente des gares ferroviaires et routières.

Même si les suggestions hypnopédiques faites dans ces conditions n'avaient qu'un rendement de dix pour cent, les résultats seraient encore impressionnants et, pour un dictateur, extrêmement précieux.

De la suggestibilité accrue associée au sommeil léger et à l'hypnose, passons à celle, normale, des sujets qui sont en état de veille, ou du moins qui le croient. (En fait, comme l'assurent les Bouddhistes, la plupart d'entre nous sont constamment à moitié endormis et traversent la vie en somnambules obéissant aux suggestions de quelqu'un d'autre).

L'illumination est l'éveil total.

Le mot « Bouddha » peut se traduire par 1'Eveillé aussi bien que par l'Illuminé.

Au point de vue génétique, chaque être humain est unique et différent de tous les autres par bien des aspects.

L'éventail des variations individuelles en marge des normes statistiques est étonnamment ouvert et n'oublions pas que ces fameuses normes ne peuvent servir qu'aux calculs des actuaires, jamais dans la vie réelle où l'homme moyen n'existe pas.

Il n'y a que des individus distincts, chacun avec ses caractères particuliers innés, physiques et mentaux, qui essaient tous (ou qui sont tous contraints) de comprimer leur diversité biologique dans le moule d'une culture uniforme.

La suggestibilité est l'un de ces traits qui varient considérablement d'un individu à l'autrè.

Le milieu et ses facteurs jouent à coup sûr un rôle dans cette diversité, mais il est non moins certain qu'il existe des différences tenant à la constitution même des sujets.

La résistance extrême est assez rare, heureusement, sans quoi la vie en société serait impossible.

Les collectivités humaines peuvent fonctionner dans des conditions acceptables d'efficacité uniquement parce que la plupart des gens sont, à des degrés divers, assez sensibles à la suggestion.

L'extrême suggestibilité est à peu près aussi rare que son contraire et aussi heureusement, car un choix libre et rationnel deviendrait virtuellement impossible pour la majorité des électeurs et les institutions démocratiques ne survivraient pas - elles ne prendraient même pas naissance.

Il y a quelques années, à l'hôpital du Massachusetts, une équipe de chercheurs fit une série d'expérience des plus révélatrices sur les effets analgésiques des placebos (il s'agit d'une substance quelconque que le malade croit efficace, mais qui est en réalité tout à fait neutre au point de vue pharmaceutique).

Les sujets étaient 162 malades que l'on venait juste d'opérer et qui souffraient énormément. Chaque fois que l'un d'eux un remède pour soulager on lui faisait une piqûre soit de morphine, soit d'eau distillée; tous, à un moment ou un autre, reçurent des injections des deux.

Environ trente pour cent (30%) des patients n'éprouvèrent jamais aucun effet du placebo, mais par contre quatorze pour cent (14%) furent soulagés après toutes les piqûres d'eau distillée. Les cinquante-cinq pour cent (55%) restants éprouvèrent des résultats tantôt positifs tantôt négatifs selon les occasions.

En quoi ces groupes se distinguaient-ils les uns des autres?

Des études approfondies et minutieuses révélèrent que ni l'âge ni le sexe ne jouait un rôle important.

L'intelligence, évaluée d'après les tests classiques, non plus.

C'est essentiellement par le tempérament, l'attitude qu'ils avaient vis-à-vis d'eux-mêmes et des autres que les deux groupes différaient.

Les malades qui réagissaient étaient plus disposés à coopérer, moins critiques et soupçonneux que les autres.

Ils ne donnaient pas de peine aux infirmières et trouvaient que les soins de l'hôpital étaient tout simplement « merveilleux ».

Mais, bien mieux disposés à l'égard des autres, ils étaient généralement beaucoup plus inquiets de leur santé personnelle.

Sous l'effet de la tension, cette anxiété tendait à se traduire par divers symptômes psychosomatiques, tels qu'indigestions, diarrhées et maux de tête.

Malgré leur inquiétude ou à cause d'elle, la plupart de ceux qui réagissaient au placebo faisaient montre de moins de retenue dans les manifestations de leurs émotions et parlaient davantage.

Ils étaient aussi beaucoup plus religieux, prenaient une part beaucoup plus active à la vie de leur église et se préoccupaient beaucoup plus au niveau du subconscient, de leurs organes pelviens et abdominaux.

II est intéressant de comparer les chiffres de ces réactions aux placebos avec les estimations faites, dans leur domaine propre, par les spécialistes de l'hypnotisme.

Ces derniers nous apprennent qu'un cinquième de la population peut être hypnotisé très facilement, un autre cinquième est tout à fait réfractaire, ou ne cède qu'une fois sa résistance psychologique diminuée par des drogues ou la fatigue; les trois autres cinquièmes sont un peu plus réfractaires que le premier groupe, mais considérablement moins que le second.

Un fabricant de disques hypnopédiques m'a dit que vingt pour cent (20%) de ses clients environ sont extrêmement enthousiastes et signalent des résultats marquants obtenus, en très peu de temps, mais qu'à l'autre extrémité du spectre de la suggestibilité, une minorité de huit pour cent (8%) demandait régulièrement à être remboursée.

Entre ces deux extrêmes se situent tous ceux qui n'ont pas de résultats rapides, mais sont assez réceptifs pour être influencés à la longue. S'ils écoutent avec persévérance les instructions hypnopédiques, ils finissent par obtenir ce qu'ils veulent, la confiance en soi ou l'harmonie sexuelle, une diminution de poids ou une augmentation de fortune.

Les idéaux de la démocratie et de la liberté se heurtent au fait brutal de la suggestibilité humaine.

Un cinquième de tous les électeurs peut être hypnotisé presque en un clin d'oeil, un septième soulagé de ses souffrances par des piqûres d'eau, un quart suggestionné avec rapidité et dans l'enthousiasme par I'hypnopédie.

A toutes ces minorités trop promptes à coopérer, on doit ajouter les majorités aux réactions moins rapides dont la suggestibilité plus modérée peut être exploitée par n'importe quel manipulateur connaissant son affaire, prêt à y consacrer le temps et les efforts nécessaires.

La liberté individuelle est-elle compatible avec un degré élevé de suggestibilité ?

Les institutions démocratiques peuvent-elles survivre à la subversion exercée du dedans par des spécialistes habiles dans la science et l'art d'exploiter la suggestibilité à la fois des individus et des foules ?

Jusqu'à quel point une vulnérabilité excessive à ces sollicitations, mettant en danger la personnalité et la société démocratique, peut-elle être corrigée par l'éducation ?

Dans quelle mesure l'exploitation de cette faiblesse par des politiciens, au pouvoir ou non, des hommes d'affaires et des ecclésiastiques peut-elle être contrôlée par la loi ?

Explicitement ou implicitement, les deux premières questions ont été étudiées au cours des chapitres précédents.

Dans ceux qui suivent, je vais aborder les problèmes de la prévention et de la guérison.