Bâtir un État en Terre Apache

Charles D. Poston

III - L'Arizona en guerre

L'invasion de Sonora de l'été 1857 par les flibustiers de Californie, généralement appelée "Expédition Crabb," a fait tomber le voile de la mort sur la frontière du Mexique. Quarante-deux Américains avaient été massacrés à Caborca, et de nombreux Mexicains avaient été tués. La plaie était si profonde que les Américains n'étaient plus en sécurité sur la frontière mexicaine, et les Mexicains étaient en danger à l'intérieur des frontières des États-Unis.

Gabilonda, qui était le seul officier mexicain qui ait protesté contre le massacre, est passé très près d'être assailli par les Américains à Tucson, même s'il était parfaitement innocent de tout crime, - au contraire, il méritait la reconnaissance de son humanité pour avoir sauver le garçon Evans. Gabilonda a ensuite été jugé par une cours martiale mexicaine appelée par Pesquiera, le gouverneur de l'État de Sonora, et acquitté. Il a vécu jusqu'à un âge avancé, toujours vert comme receveur des douanes mexicains sur la ligne de démarcation, et mourut honoré et respecté.

Quand je suis rentré aux mines de San Francisco, à l'hiver 1857, le pays était paralysé; mais par le sésame des barres d'argent les mines ont été mises en service à nouveau, et les mineurs incités à venir du Mexique. La semaine de Noël les festivités habituelles ont été données à Arivaca, et tout le voisinage à une centaine de miles autour était invité.

En 1858, les affaires sur le Territoire avaient repris leur ancien cours, la prospérité revenue, les tristes événements de "l'Expédition Crabb" ont été effacés autant que possible. Le gouvernement avait financé un service postal par voie terrestre à près d'un million par an, appelée la ligne Butterfield, avec dépôts quotidiens de courriers de St. Louis à San Francisco, à travers l'Arizona. Le service de messagerie de l'Ouest a fait beaucoup pour construire le pays; et la population accourut sur le territoire avec de grandes promesses de prospérité.

Le Général Heintzelman a obtenu une permission, et est arrivé pour veiller sur les mines. Le Colonel Samuel Colt, célèbre pour son revolver, lui a succédé comme président de la société, comme il avait contribué à hauteur d'environ 250 000 dollars en argent et en armes sur ses propres ressources, avec l'intention d'engager le maximum de capital qui serait nécessaire de Nouvelle-Angleterre. Les machines étaient construites sur la côte atlantique, et étaient transportées jusqu'à nous par voie terrestre depuis le golfe du Mexique, - 1350 milles.

Les Apaches n'avaient jusqu'à présent causé aucuns troubles; mais au contraire, passaient en vue de nos troupeaux, se rendant à des centaines de miles à l'intérieur du territoire Mexicain pour leurs incursions plutôt que de rompre leur traité avec les Américains. Ils auraient facilement pu emporter notre bétail en tuant les quelques vaqueros qui les gardaient dans le champ, mais se sont abstenus de le faire pour des motifs bien compris sur les frontières. Il y a une loi non écrite entre les fermiers aussi vieille que le traité entre Abraham et Lot.

En 1857, une société de bûcherons du Maine, sous la direction d'un capitaine nommé Tarbox, a établi un camp dans les montagnes de Santa Rita pour tronçonner du bois à cent cinquante dollars par millier de pieds, et ils le faisaient bien, tant que la société achetait tout ce qu'ils pouvaient scier. Ils ont construit une maison et un corral sur la rive sud de la Santa Cruz, sur la route de Tucson à Tubac, à un endroit appelé le Canoa. Cette auberge au bord de la route a constitué une halte très pratique pour les voyageurs. Un jour, vingt-cinq ou trente Mexicains entrèrent dans Tubac, et déclarèrent que les Apaches avaient fait un raid sur leurs ranchs, et avaient emporté quelques centaines tête de chevaux et mulets au delà de la plaine de Babaquivera, ils avaient l'intention de traverser la rivière Santa Cruz entre Canoa et Tucson. Les Mexicains voulaient que nous nous joignons à eux dans une cortada (cut-off), pour libérer les animaux, en offrant de les partager avec nous en échange de notre aide; mais en souvenir de notre traité avec les Apaches, et comme ils l'avaient fidèlement respecté, nous avons décliné l'invitation. Ils sont allés à Canoa, et ont fait la même proposition aux bûcherons qui étaient dans le camp, ce qu'ils ont accepté, comme ils étaient de nouveau dans le pays ils avaient besoin de chevaux et de mulets. Les bûcherons ont rejoint les Mexicains, et comme ils pouvaient facilement suivre le parcours des Apaches par les nuages ​​de poussière laissés dans leur course, ils ont réussi à former une embuscade et ont tiré sur les Apaches quand ils atteignirent la rivière. Les Apaches ont fui le feu, laissant le bétail volé derrière eux.

Les Mexicains ont fait un partage équitable, et le commerce de mule fut animé entre les bûcherons et les marchands à Tucson. Avec le produit de leur aventure les bûcherons ont ajouté beaucoup de confort et de luxe à leur camp de Canoa sur la Santa Cruz, et les voyageurs se délectaient de cristal et whisky.

À la pleine lune qui suivit cet événement, nous passions calmement comme à l'habitude le dimanche à Tubac, quand un vaquero Mexicain arriva au galop furieux dans la place, en criant: " Apaches Apaches Apaches !! " Dès qu'il eut récupéré suffisamment pour parler, nous avons appris que les Apaches avaient fait une attaque sur Canoa, et tué tous les colons.

Il était tard dans la journée; les hommes étaient presque tous allés dans les mines, et nous ne pouvions rassembler qu'une douzaine d'hommes et de chevaux; nous avons donc dû attendre la première heure du lendemain matin, tandis que le Mexicain disait qu'il y avait "Muchos Apaches."

Lorsque nous avons atteint le Canoa, un peu après le lever du soleil, l'endroit était dans le même état que si il avait été frappé par un ouragan. Les portes et les fenêtres étaient enfoncées, et il ne restait de la maison qu'un tas de ruines fumantes. Les anciens détenus gisaient autour morts, et trois d'entre eux avaient été jetés dans le puits, la tête la première. Nous avons enterré sept hommes dans une fosse, devant les maisons brûlées.

D'après ce qu'il pouvait être déduit des traces laissées, il devait y avoir au moins quatre-vingts Apaches à cheval. Ils emportèrent avec eux par ce raid 280 têtes d'animaux de Canoa et des ranchs voisins.

Il y avait quelques compagnies de Premiers Dragons qui se repaissaient de bœuf à Fort Buchanan. Le commandant a été prévenu, et a envoyé des troupes à leur poursuite, mais les Apaches étaient rentrés dans leurs fiefs bien avant que les Dragons ne sellent leurs chevaux.

La poursuite des Apaches est extrêmement dangereuse, car ils sont très habiles pour tendre des embuscades, et ne livrent jamais un combat loyal sur un champ de bataille ouvert. Leur art équestre est de loin supérieur à celui des troupes américaines, qui sont pour la plupart des étrangers, excessivement maladroits.

Le deuxième accrochage sérieux avec les Apaches a été provoqué par une cause beaucoup plus stupide que le premier, et fut pourtant beaucoup plus désastreux.

À l'hiver 1857 un fils d'Erin de couleur sombre est arrivé à pied au presidio de Tubac, et a sollicité notre hospitalité, de la nourriture et un feu. Qu'il ait été chassé de Californie par le Comité de vigilance, comme beaucoup de nos "invités" l'avait été, ou qu'il tente d'échapper à la légitime justice, n'était pas de propos; les besoins impérieux de l'estomac ne s'embarrassent pas de cérémonie; alors j'ai invité John Ward à dîner, et lui ai procuré tous les conforts de la maison.

À l'heure du coucher, il m'a demandé si il pouvait dormir dans la salon devant le feu; ce à quoi je consentis, en prenant bien soin de verrouiller et de barrer la porte entre nous.

Le lendemain matin, après le petit déjeuner, j'ai donné un casse-croûte à John Ward, et lui ai conseillé de pousser jusqu'à Fort Buchanan, sur la Sonoita, où il pourrait probablement trouver du travail.

Il est allé à la Sonoita et a pris un ranch, formant un partenariat temporaire avec une femme mexicaine, selon les coutumes du pays à cette époque.

Elle avait un petit garçon qui semblait également être en partie d'ascendance celtique, comme il avait une chevelure rousse, il était surnommé "Micky Free." Ce fut probablement le seul lien matrimonial entre John Ward et sa femme mexicaine. Au cours du temps John Ward a obtenu un marché pour le foin, un chariot, et quelques paires de bœufs, et prospérait sur le dos de l'Oncle Sam. Fort Buchanan comptait en garnison une partie du premier régiment de Dragons. La plupart de ces hommes étaient Allemands, et ne pouvait pas monter à cheval sans escabeau.

Au début de l'année 1858 John Ward s'était saoulé, et s'est mis à battre son beau-fils Micky Free jusqu'à ce qu'il s'enfuit à Sonora. Ward était tellement ivre-mort qu'il ne pouvait pas retrouver ses bœufs; il est donc allé au Fort et s'est plaint au Major Stein, le commandant, que les Apaches avaient volé ses bœufs et enlevé le fils de sa femme.

Major Stein était un homme très bon, et tout à fait apte à faire tourner une scierie dans le Missouri, d'où il venait. Il a écouté le récit de ce John Ward de malheur, et a ordonné à un détachement de Premiers Dragons, sous le commandement du lieutenant Bascomb, de poursuivre les Apaches et de récupérer Micky Free et les bœufs Bascomb était un jeune homme de belle apparence, du Kentucky, un West-Pointer, et bien sûr un gentleman; mais c'était malheureusement un imbécile; bien que son oncle, le Prédicateur Bascomb, de Lexington, ait été compté parmi les pasteurs de première importance de l'Église presbytérienne. C'est une famille très différente de Bascomb des routes confédérées X.

Le détachement emmené par le lieutenant Bascomb a poursuivi quelques Apaches, qui avaient mené une razzia à Sonora, dans les montagnes de Whetstone, où ils ont demandé à parlementer. Les Apaches ont été convoqués au camp sous un drapeau blanc; et se sentaient parfaitement innocents d'avoir commis un crime contre les Américains, ils se sont présentés courageusement devant le lieutenant Bascomb et ses hommes en bleu. Ils ont nié positivement avoir vu le garçon ou volé les bœufs; et ils disaient la vérité, comme ce fut bien établi par la suite; mais le lieutenant n'était pas satisfait, et a ordonné qu'ils soient arrêtés et exécutés.

Quatre chefs Apache ont été arrêtés et attachés. Cochise (dans le dialecte Apache Forêt) a réussi à mettre la main sur un couteau, qu'il avait caché, à couper ses liens et s'échapper. Il était un chef très courageux, et après avoir mené une vengeance terrible pour la trahison des troupes américaines contre les Apaches, est mort en paix à l'Agence indienne dans les montagnes Chiricahua, en 1874.

La guerre ainsi lancée par ce chef Apache a duré quatorze ans, et n'a guère d'équivalent parmi les horreurs ds guerres indiennes. Les hommes, les femmes et les enfants, tués; la propriété détruite, et le préjudice subit par la colonie de l'Arizona ne peut être calculé. Le coût de la guerre contre Cochise aurait acheté à John Ward une chaîne de paires de bœufs qui aurait pu relier l'Atlantique au Pacifique; de même pour le fils de sa femme, Micky Free, qui devint par la suite un éclaireur indien et interprète, et à peu près aussi infâme scélérat que tous ceux qui composent généralement cette profession. Je suis en très bons termes avec lui et toute sa famille, et n'écrirais pas un mot en dénigrement de son caractère ou de son beau-père, John Ward, sauf pour venger l'histoire.

Le Comité de vigilance de San Francisco a envoyé un nombre considérable d'immigrants peu recommandables en Arizona, ce qui, avec les réfugiés en provenance du Mexique, du Texas et de l'Arkansas, avait rendus la propriété des mules plutôt précaire dans les premiers jours. Le jeu a été une activité industrielle depuis le premier établissement au pays, et l'activité des Saloons s'épanouit avec la prospérité de l'époque. Chose étrange à dire, au milieu de cette population hétérogène n'y a jamais eu de comité de vigilance.

La Compagnie et le pays (termes synonymes) ont continué de s'améliorer, avec des interruptions occasionnelles par les Apaches, jusqu'au début de 1861, lorsque les échos du canon tiré à Sumter ont été entendus dans les montagnes d'Arizona. Un journal avait été lancé par la société à Tubac, appelé "L'Arizonien". Notre courrier arrivait par voie terrestre par les diligences Butterfield, à raison d'une centaine de miles par jour, mais finalement nous avons attendu "le courrier qui n'est jamais arrivé." Au printemps de 1861 une diligence est partie du Rio Grande avec treize des plus braves garçons en daim de l'Ouest, et dix ou douze mille dollars en or, pour rembourser la ligne et se retirer du service; mais les Apaches ont attaqué la diligence dans la Passe Stein, tué tous les hommes, et emporté l'or.

Au mois de Juin les machines tournaient bien à Arivaca, les mines rendaient grassement, et deux cent cinquante employés travaillaient pour de bons salaires, qui étaient payés ponctuellement tous les samedis après-midi.

Un jour, une estafette de Fort Buchanan chevaucha jusqu'au quartier général et m'a remis une note du lieutenant Chapin, joignant une copie de l'ordre du commandant du Département militaire: -

Santa Fé, Juin 1861,

Commandement, Fort Buchanan: -

Dès réception de cette lettre vous abandonnerez et détruirez votre camp; brûlez votre réserve et les magasins d'intendance, et tout ce, entre le Colorado et le Rio Grande, qui pourrait nourrir une armée.

Patrouillez avec vos fusils chargés, et n'autorisez aucun citoyen de pénétrer à plus de quinze miles à l'intérieur de vos lignes.

(Signé) Major général Lynde

 

Un conseil des principaux employés a été appelé, et l'ordre déposé devant eux. Le plus sage a dit que nous ne pouvions pas tenir le pays après que les troupes l'aient abandonné, - que les Apaches allaient nous tomber dessus par centaines, et que les Mexicains s'empresseraient de venir nous égorger. Il a été décidé de réduire le minerai que nous avions extrait, qui se montait à environ un millier de dollars par jour, payer les ouvriers, et se préparer au pire.

Environ une semaine après, les Apaches sont descendus par la ruse, et ont emporté hors du corral cent-quarante-six chevaux et mulets.

Les Apaches sont très habiles dans le vol de bétail, et en ont sans doute hérité la compétence après plusieurs générations de voleurs. Les enclos étaient généralement construits en pisé, avec une porte ou des barres à l'entrée. C'était une pratique habituelle pour les Apaches de découper une entrée dans le mur avec leurs cordes en crin de cheval (de cabrestas).

Le corral à Arivaca a été construit en pisé, avec une couche de pôles de cactus (ocquitillo) dans la longueur entre chaque couche de terre. Les Apaches ont essayé avec leur scie en crin, mais les cactus coupaient les cordes. Les barres étaient montées, avec une chaîne enroulée autour de chaque barre et verrouillée au poste; mais ils ont enlevé les barres tranquillement en enveloppant leurs abrasif autour de la chaîne, pour éviter le bruit qui alarmerait le gardien. La machine à vapeur marchait jour et nuit, et le gardien avait l'ordre de faire le tour de l'endroit toutes les heures pendant la nuit; mais les Apaches étaient si habiles et discrets dans leurs mouvements que pas le moindre indice de leur présence sur place n'a été observée, - pas même par les chiens de garde, qui ont généralement un flair aiguisé pour les Indiens.

A la pointe du jour, les Apaches ont lancé un cri, et disparut avec l'ensemble du troupeau devant le regard étonné des cinq gardiens, qui dormaient sous un porche à trente yards. Une chasse a été organisée dès que possible; mais les poursuivants se sont précipités dans une embuscade tendue par les Apaches dans leur retraite, trois ont été tués et deux blessés. Le reste est rentré sans avoir récupéré le bétail.

La perte du troupeau a rendu les heures très solitaires à Arivaca, comme il ne pouvait pas être remplacé dans le pays, et que nous n'avions pas d'animaux pour transporter les minerais, combustibles, ou provisions; seulement quelques coursiers et chevaux de bât, des animaux qui devaient être gardés dans des étables et nourris au grain.

A la même époque les Apaches ont fait une descente sur l'hacienda Santa Rita Mining, et la rive est de la rivière Santa Cruz a dû être abandonnée.

A Tubac, au siège de la société, où l'ancien quartel mexicain fournissait un ample espace pour le stockage, une valeur de cent cinquante mille dollars de marchandises, machines et fournitures ont été stockées. Les Apaches, au nombre de près d'une centaine, ont encerclé la ville et contraint son évacuation. Le pillage et la destruction de la propriété était achevé. Nous avions à peine un endroit sûr pour dormir, et dormir à même le sol.

Les femmes et les enfants ont été escortés jusqu'à l'ancien pueblo de Tucson, où les quelques personnes qui restaient sur le territoire avaient été concentrées; et ils y sont restés dans un état misérable jusqu'à ce que les troupes n'arrivent de Californie sous le commandement du Général James A. Carlton, de l'Armée des États Unis, communément appelé "Colonne Carlton."

Le Général Carlton, arrivant dans le territoire, a rendu une ordonnance déclarant la loi martiale entre le Colorado et le Rio Grande. Ces troupes étaient en garnison dans le pays entre les fleuves, et ils en chassèrent les troupes rebelles, qui avaient fait une incursion du Texas sous gouvernement confédéré.

Après l'abandon du territoire par les troupes des États-Unis des Mexicains armés en nombre considérable ont franchi la ligne de démarcation, déclarant que le gouvernement américain a été brisé, et qu'ils étaient venus reprendre leur pays. Même les quelques Américains restés dans le pays n'étaient pas en paix entre eux, le fait était que si vous vous croisiez sur la route les armes jaillissaient et de demander si vous étiez pour le Nord ou pour le Sud.

Les Mexicains dans les mines ont assassiné tous les hommes blancs dans leur sommeil, ont pillé le lieu, et se sont enfuit en traversant la frontière vers le Mexique. La fumée des champs de blé en feu pouvait être vu d'amont en aval de la Santa Cruz, où les troupes s'étaient retirées, détruisant tout devant et derrière eux. Le gouvernement des États-Unis a abandonné les premiers colons de l'Arizona aux Apaches impitoyables. Il était impossible de rester dans le pays et continuer l'activité minière sans animaux pour le transport, il n'y avait donc rien à faire d'autre que de charger nos biens transportables sur les quelques animaux que nous gardions dans les écuries, et de filer à travers les déserts vers la Californie.

Avec comme seul compagnon, le professeur Pumpelly, et un nègre fidèle et quelques Indiens amicaux comme porteurs, nous avons fait le voyage à destination de Yuma le quatre Juillet, où nous avons entendu parlé pour la première fois de la bataille de Bull Run. Un autre voyage nous a emmenés à travers le désert du Colorado à Los Angeles, et de là nous sommes allés en bateau à vapeur à San Francisco, et de là via Panama à New York.

C'était triste de laisser le pays qui avait coûté tant d'argent et de sang en ruines, mais cela semblait inévitable. L'équipement de la Société à cet instant en machines, matériaux, outils, provisions, animaux, chariots, etc., s'élevait considérablement à plus d'un million dollars, mais la plus grande claque a été la destruction de nos espoirs, - non pas tant de faire l'argent que de faire un pays. De tous les sons isolés dont je me souvienne (et cela semble ridicule aujourd'hui), le plus distinct est le chant des coqs dans les fermes désertes. Les derniers poulets semblaient savoir qu'ils avaient été abandonnés.

Nous étions suivis tout le chemin vers Yuma par une bande de voleurs mexicains, comme il était envisagé nous transportions une grande part de trésor, et la fatigue du voyage de jour en plus de la garde toute la nuit se ressentaient sur les constitutions dans la chaleur de l'été du mois de Juin.

Un compte rendu de la faillite de l'Arizona et de notre voyage à travers les déserts de Californie a été donné par le professeur Pumpelly, dans son livre, "A travers l'Amérique et l'Asie." Le sujet est tellement répugnant que les scènes déchirantes qui précédent et l'abandon du pays ne sont exposés que brièvement.

La guerre civile était au comble de la conflagration à mon arrivée à New York, et le changement de lieu avec les terres Apaches n'était pas pacifique. Tout ce qui équilibrait un peu mon crédit des mines d'argent était avec William T. Coleman & Co., 88 Wall Street, et j'ai placé en titre l'or à 132 dollar et l'ai vendu à 250 dollar.

Après être resté un certain temps à New York, je suis allé à Washington, où j'ai retrouvé mon vieil ami le général Heintzelman aux commandes de ce qui a été techniquement appelé "les défenses de Washington." La capitale de la nation était assiégée!

La guerre civile et ses conséquences ont fait retourner l'Arizona une vingtaine d'années en arrière.

L'emplacement de la donation Iturbide avait été poursuivi en Sonora et en Basse-Californie, sous la direction du capitaine - futur général - Stone, un officier de l'armée des États-Unis, ayant des aptitudes d'ingénierie. Je m'étais d'abord familiarisé avec lui quand il était intendant à Benicia Barracks, en Californie, et l'ai rencontré la dernière fois quand il était chef de cabinet du Khédive d'Égypte au grand Caire, sur le Nil.

Pesquiera, le gouverneur de l'État de Sonora, a tenu l'état en quasi-indépendance à l'égard du Mexique, et a conduit l'équipe d'arpenteurs sous l'autorité de Stone hors du Mexique par la force des armes.

Les fonds pour l'emplacement et de la délimitation de la donation Iturbide avaient été fournis par les banquiers français à San Francisco, et mis à disposition par leurs correspondants à Paris. Une grande partie de l'argent avait été collecté à la Cours du Second Empire sous Napoléon, les Français étant désireux de prendre pied au Mexique. L'expulsion des équipes de localisation et d'arpentage de Stone a été considérée comme un affront par la France, car la délimitation et la localisation ont été entreprises dans le cadre d'une concession de terres faite par le gouvernement mexicain, et les Français n'étaient pas satisfaits de perdre les millions de francs qu'ils avaient investis dans l'entreprise. L'influence des actionnaires dans la localisation des terres de la donation Iturbide a finalement provoqué l'intervention du gouvernement français.

On se souviendra que la première intervention était une occupation conjointe de Vera Cruz par français, anglais et espagnol; mais les Anglais et espagnol se sont retirés, laissant les Français tirer leurs propres marrons du feu.

Le temps n'était pas mûr pour l'intervention française au Mexique jusqu'à ce que nous soyons au milieu de la guerre civile, lorsque Napoléon a saisi l'occasion d'instituer Maximilien d'Autriche, empereur du Mexique, protégé par les forces françaises sous le commandement de Bazaine.

Nul doute, que Napoléon et les fonctionnaires du Second Empire aient sympathisé avec le gouvernement des États confédérés, et leur auraient apporté une aide substantielle s'ils avaient osé; mais le tsar russe avait envoyé une flotte à New York en avertissement, - et les Français en avait assez d'avoir les Russes sur leur traces.

Il a été expressément stipulé en France, à propos de la création de l'Empire Maximilien, que les obligations émises pour lever les fonds nécessaires pour mener la délimitation et la localisation de la donation Iturbide devraient être inscrites et reconnues comme une dette publique de l'Empire, et c'est ainsi que cette question restera dans l'histoire. Beaucoup de Français, sans doute, les gardent comme souvenirs en compagnie des obligations du canal de Panama. La donation n'a jamais été localisée, et le gouvernement mexicain doit encore aux héritiers, en équivalent, le million de dollars d'origine.

Les Français, sous Maximilien, ont occupé le Mexique jusqu'à la frontière américaine, et de nombreux Mexicains se sont réfugiés aux États-Unis, - parmi eux Pesquiera, le gouverneur de l'État de Sonora. Son camp était installé dans l'ancienne mission de Tumucacori, dans la vallée de Santa Cruz et sa femme y est enterré.

Président Juarez, du Mexique, était réfugié à El Paso del Norte pendant le règne de Maximilien, dans le dénuement, quand j'ai pu lui fournir une centaine de milliers de dollars en or sur une concession de la Basse-Californie. Les circonstances ont été récemment décrites pour l'Examiner de San Francisco, par Senor Romero, l'ambassadeur du Mexique à Washington.

Au cours de la brève existence de l'Empire Maximilien au Mexique, de nombreux Américains ont afflué dans la capitale pour l'aventure, comme des sympathisants du gouvernement confédéré, et par conséquent avec l'occupation du Mexique.

Le regretté sénateur Gwin de Californie a été le leader reconnu des Américains, et il a été dit qu'il devait être institué duc de Sonora, mais je n'ai jamais cru que cet ancien excellent démocrate ait accepté un titre de noblesse.

La bataille de Gettysburg a scellé le sort de l'Empire Maximilien, ainsi que le sort de l'empire des États-Unis. L'Empire du Mexique et de l'Empire français ont tous deux passé comme des rêves, mais l'Empire du peuple devient plus fort chaque année.

BUILDING A STATE IN APACHE LAND, Charles D. Poston

Gutenberg.org (Ang.)

Bâtir un État en Terre Apache, est un recueil d'articles de Charles D. Poston, parus dans le "Overland Express" en 1894 .

En anglais :

EBook #11226

L'Affaire Bascom ou La Bataille d'Apache Pass


Apache Pass

L'Affaire Bascom (4 Février 1861) a été l'évènement déclancheur des Guerres Apaches, qui opposèrent les soldats américains aux tribus d'Arizona et du Nouveau-Mexique. Le 27 janvier 1861, un certain John Ward à Sonoita Creek, accuse les Apaches d'avoir effectué un raid sur son ranch et d'avoir enlevé son fils adoptif, Félix, connu plus tard sous le sobriquet de Mickey Free, et son bétail. Trois mois plus tard, le 2nd Ltt. George N. Bascom, du 7ème reg. d'Infanterie, était chargé de se rendre à Apache Pass, à 150 milles du fort, avec 54 hommes et autant de mules, pour retrouver le garçon et le bétail volé.


George N. Bascom

Bascom et sa troupe arrivent au relai de dilligences Buterfield à proximité d'Apache Pass, le 3 février, et s'installent à coté du camp de Cochise, qui, accompagné par sa famille, se rend au camp de Bascom, pour saluer les nouveaux arrivants selon la tradition Apache. Ward le désigne aussitôt comme étant l'auteur du raid, et Bascom décide de les retenir tous en otage jusqu'à ce que le garçon soit rendu, bien que Cochise conteste les accusations. Cochise sort alors son couteau et découpe la toile de tente pour s'enfuir en courrant vers les collines, sous une volée de plomb. Sa famille reste captive. Cochise capture un des trois hommes envoyés pour parlementer et tue les deux autres. Plus tard, après un raid contre un convoi, il fait trois otage de plus. Après une embuscade sur un ravitaillement en eau de Bascom, à Dragon Spring, deux compagnies de Dragons sont envoyées en renfort de Tucson. Ils sont rejoints par le propriétaire des relais Butterfield et ses hommes de main.


Cavaliers Apaches

Le 14 février, le Ltt Moore, et ses Dragons arrivent au relai d'Ewell Spring. Cochise lance alors une attaque meurtrière sur un Ranch, à un mille à l'ouest d'Apache pass, et expose les corps des Américains méconnaissables, horriblement mutilés. Après la macabre découverte les soldats, réclament le lynchage des proches de Cochise encore captifs. Bascom s'y oppose mais Moore, son supérieur, prend la responsabilité de les éxécuter. Le 19 février 1861, les captifs sont pendus aux branches des arbres au dessus des tombes des victimes des raids. Les corps des Apaches étaient toujours visible en juillet, quant les troupes de Fort Breckinridge et Fort Buchanan se retirèrent vers le Nouveau Mexique. Bascom de retour à Fort Buchanan fit un rapport au Ltt. Colonel Morrison qui le recommanda chaudement pour une nomination au grade de Capitaine. Il obtient le commandement du 16ème Régiment d'Infanterie pendant la guerre civile et est tué à la Bataille de Valverde, au Nouveau Mexique, le 21 février 1862. Son rapport sur l'affaire d'Apache Pass n'a jamais été retrouvé. Après le départ des soldats, les Apaches redoublèrent de pillages, de nombreux blancs furent tués et des villes entières furent abandonnées. Tucson, la Mine d'argent Patagonia, de Sylvester Mowry et le Ranch de Pete Kitchen, au nord de la frontière du Mexique furent épargnés. L'Affaire Bascom a déclenché une guerre de 11 ans, qui a influencé le cours de la Guerre Civile en Arizona et au Nouveau Mexique. Les Confédérés ont essuyé des pertes importantes dans les embuscades indiennes, de même, la progression des Volontaires de Californie vers Fort Yuma par le Rio Grande, fut grandement ralentie. Les Volontaires de Californie combattirent les Indiens jusqu'à leur retrait en 1866 quand l'Armée Régulière reprit le combat, jusqu'à la reddition finale des Apaches.

Dossier : Jean-Marc Duprat.

Battle_of_Apache_Pass [wiki]

Cochise.html

Bataille de Bull Run

La bataille de Bull Run marque le début de la guerre de Sécession.

Le 21 juillet 1861, pour la première fois de leur Histoire, les Américains s'affrontent sur un champ de bataille, de part et d'autre de la rivière Bull Run, en Virginie, à 60 kilomètres au sud de Washington. Les forces nordistes, composées de 35.000 hommes non expérimentés et mal commandés, s'apprêtent à franchir un pont quand elles sont assaillies par les forces sudistes, aussi nombreuses mais commandées par des officiers aguerris. Les Nordistes doivent se replier et les Sudistes se prennent à croire à la victoire. Bull Run marque le début de la guerre de Sécession, plus communément appelée Civil War (guerre civile). Elle a déchiré les États-Unis pendant 4 ans et fait 617.000 morts parmi les combattants.

http://www.herodote.net

Benjamin Wade

(Wikipedia)

Benjamin Franklin Wade

Né le 27 Octobre 1800 à Springfield, (Mass.) ; mort le 2 Mars 1878, à 77 ans. Politicien Whig et Republicain, juriste, Senateur de l'Ohio de 1851 à 1869 ; President pro tempore des États Unis de 1867 à 1869. Benjamin Franklin "Bluff" Wade fut un sénateur des États Unis durant la reconstruction, après la Guerre Civile. Il est connu pour son rôle de meneur des "Radical Republicans". Il commença à travailler comme ouvrier sur le canal Érié avant d'étudier le Droit. Il est admis au barreau en 1828. Wade est élu Senateur de l'Ohio, pour le Whig Party, pour deux mandats entre 1837 and 1842. Il rejoint les Republicains, et retrouve sa place au Sénat, sous cette banière en 1851. Il combat les controversés Fugitive Slave Act et Kansas–Nebraska Act, associé à d'autres Republicains Radicaux comme Thaddeus Stevens et Charles Sumner. Il fut l'un des homme politique les plus radicaux d'Amerique, supportant le vote des femmes, les droits syndicaux, et l'égalité pour les anciens esclaves. En Juillet 1861, Wade assiste à la défaite de l'Armée de l'Union à Bull Run. De retour à Washington, il villipende l'incompetence de l'État Major de l'Armée de l'Union, et particulièrement, de Lincoln. De 1861 à 1862 il préside le Joint Committee sur la Conduite de la guerre, et est l'artisan de l'abolition de l'esclavage. [à suivre page suivante]